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L’Inde et son art

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art de l’Inde: écrit par Vincent Arthur Smith, publié par Parkstone International.

L’art ne peut pas être confiné, pour le moins tant que les sciences humaines sur lesquelles notre culture est basée ont une signification. De nos jours, l’éloignement ne devrait plus être un obstacle pour l’apprécier, mais plutôt une incitation supplémentaire, alors que nos explorations se limitent pour la plupart à notre créneau horaire. Il est regrettable que dans l’imaginaire de beaucoup de gens, l’Orient évoque un certain romantisme qui les attire, bien que vague. Celui-ci accentue le fait que cela ne relève que de l’exceptionnel, et a pour conséquence que seule la curiosité se substitue à l’admiration.

Quatre ganas (créatures célestes) flottant parmi les nuages apportent des fleurs en offrande au Bouddha. Le rendu de leurs corps ressemble aux chérubins rondelets représentés dans l’art de la Renaissance en Europe, environ 600 après J.-C.
Détail du plafond de la chapelle principale.
Grottes d’Ajanta (grotte no II), près d’Aurangabad, Maharashtra.

La peinture et la sculpture modernes offrent un progrès certain et un enseignement logique. Ainsi, beaucoup d’artistes d’écoles plus récentes pourraient être qualifiés d’ « académiciens ». Ce processus est comparable à celui des méthodes scientifiques modernes : l’art moderne est, en effet, le résultat de recherches esthétiques et méthodiques. Des tableaux de Manet, en passant par Cézanne, jusqu’aux artistes actuels, l’histoire ne peut se raconter que dans le cadre d’une aventure intellectuelle et d’une découverte esthétique.

Scène humoristique : singes jouant avec un éléphant qui a été attaché avec une corde. Il est très probable que l’éléphant soit un bodhisattva qui supporte à contrecoeur la torture causée par les singes qui sont connus pour leur espièglerie, début du IIe siècle avant J.-C., dynastie des Sunga, Bharhut, Madhya Pradesh.
Médaillon sculpté d’une barre transversale, grès rouge. Indian Museum, Calcutta, Bengale occidental.

La vision personnelle des créateurs de l’art moderne a eu pour effet d’élargir nos intérêts esthétiques et de réévaluer les choses ignorées ou sous-estimées pendant longtemps : la peinture et la sculpture chinoise, la sculpture gothique, la sculpture grecque archaïque, la sculpture africaine, la finesse des tapisseries ou la puissance des dessins primitifs, sans oublier, et non le moindre, l’art indien sous toutes ses facettes. En considérant toutes ces richesses autrefois si souvent refusées et méprisées, les dogmes des générations passées avec leur suffisance, leur intolérance et leur ignorance, semblent se complaire dans leurs contraintes et l’appauvrissement de leur vie.

Une Femme rendant visite pendant la nuit à une yogini et ses compagnons,
1800, dynastie moghole (Shah Alam II / Akbar Shah II), Patan, Gujarat.
Aquarelle opaque sur papier, 24,6 x 16,7 cm.
Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, Virginie.

Ce mouvement est si essentiel et si justifié que j’ai choisi d’aborder l’art indien sous un angle artistique plutôt qu’archéologique. C’est pourquoi je me suis appuyé sur les témoignages des artistes vivants dont la vision créative et l’appréciation amicale furent la pierre angulaire d’une critique plus précise que la logique de l’archéologie et d’autres sciences, avec lesquelles chaque discussion mène toujours au-delà de la thématique de l’art. Il n’est ni nécessaire ni souhaitable d’introduire l’analyse d’une oeuvre d’art avec une profusion de mots, ou de faire une dissertation, qui détourne d’une vraie compréhension de l’art visuel vers la littérature, l’histoire ou la métaphysique, et ne peut pas être considérée comme une critique solide. Quelles que soient les raisons, il est toujours regrettable de renoncer à une critique artistique.

Qutb Minar, 1192 à 1368, période du sultanat (Delhi).
Grès rouge et jaune clair, diamètre de la tour à la base : 14,32 m, diamètre au sommet : 2,75 m, hauteur : 72,5 m.
Mehrauli, Delhi.
Parinirvana : le nirvana final, quand Bouddha, après la mort, a atteint
l’éveil pur et parfait (bodhi), fin du VIe siècle après J.-C., période Gupta.
Relief en pierre taillée du mur gauche, longueur : 707 cm.
Grottes d’Ajanta (grotte no XXVI), près d’Aurangabad, Maharashtra.

Paul Gauguin (1848-1903) écrivit en 1897 : « […] Ayez toujours devant vous les Persans, Cambodgiens et un peu les Égyptiens. » On se demande ce qu’il aurait bien pu dire s’il avait connu les fresques d’Ajanta avec leurs traits superbes incroyablement maîtrisés, et leur rendu plastique délicat. L’exposition de sculptures indiennes datant du Moyen Âge tardif au musée du Trocadéro, à Paris, peut être considérée comme un premier pas que fit l’Occident envers l’art indien.

Le 28 février 1910, on pouvait lire dans le Times au-dessus des signatures de treize excellents artistes et critiques, la déclaration suivante :  

Taj Mahal, 1638-1648, dynastie moghole (Shah Jahan).
Marbre blanc, jaspe, jade, cristal, turquoise, lapis-lazuli, saphir, cornaline, etc.
Agra, Uttar Pradesh.

« Nous, les artistes, critiques et étudiants d’art, signataires ci-dessous, […] pensons que ce qu’il y a de mieux dans l’art indien est l’expression noble et juste de l’émotion religieuse d’un peuple ainsi que son plus sincère ressenti du divin. Nous reconnaissons dans la représentation sacrée de Bouddha l’une des inspirations artistiques les plus grandes du monde. Nous comprenons que l’existence d’une tradition artistique puissante, fleurissante et indépendante, représente pour le peuple indien une valeur inestimable et que tous ceux qui estiment la culture dans cette région et l’admirent, devraient la sauvegarder avec respect et amour. Opposés aux stéréotypes de certaines formes d’art traditionnelles, nous pensons que le chemin vers le vrai progrès passe par le développement naturel de l’art national du passé historique. Nous sommes convaincus que nous exprimons l’opinion d’une majorité d’Européens qualifiés et nous voudrions assurer nos collègues indiens, qu’ils soient professionnels ou étudiants, de notre admiration et de notre soutien envers leur école nationale des arts qui continue de faire preuve de vitalité et de liberté à interpréter la vie et la philosophie indienne, tant qu’elle reste fidèle à elle-même. Nous ne méprisons rien de ce qui provient de sources étrangères et nous croyons que le caractère unique sera jalousement préservé, qui est la conséquence naturelle de l’histoire et des conditions de vie de ce pays, ancré dans leurs conceptions antiques et profondément religieuses, symbolisant la fierté de l’Inde et du monde oriental dans son ensemble. »

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