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L’Art Noir Compte

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Les Arts de l’Afrique noire: écrit par Maurice Delafosse, publié par Parkstone International.

Il est incontestable que le sens artistique est très développé dans la race noire. C’est là une vérité que le comte de Gobineau lui-même n’hésitait pas à reconnaître. Toutefois, il ne l’est pas à un même degré dans tous les arts et, presque partout où il se manifeste, c’est surtout dans le sens de l’effet décoratif ou celui de l’impression produite, plutôt que dans le sens de la beauté plastique, de la grâce ou de la perfection de l’ensemble.

Figurations Humaines Et Dieux

Masque cihongo (Tchokwé). Angola.
Tissu, fibres, hauteur : 72 cm.
Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, Belgique.

Pour bien apprécier la valeur artistique de ces divers objets, il est indispensable de distinguer des autres ceux qui comportent des figurations humaines, c’est-à-dire les statuettes et les masques, ainsi que les défenses d’ivoire, plaques de métal, coffres ou cercueils en bois représentant des scènes à personnages humains. Quand nous nous trouvons en présence de ces hommes ou de ces femmes aux genoux ployés, aux membres singulièrement courts par rapport à la longueur du tronc, à la tête énorme, ou de ces masques à l’expression terrifiante ou hideuse, nous avons peine à nous défendre de l’impression que ces représentations sont grotesques et que le caractère artistique en est absent. Il est bien évident que cette impression serait justifiée si ces objets avaient pour auteurs des Européens de l’époque moderne, car il y aurait une trop violente antithèse entre les conceptions normales de l’artiste et le style de l’objet sorti de ses mains. L’art n’est vraiment de l’art que s’il correspond, dans son expression comme dans son inspiration, à la civilisation dont il est le produit pour ainsi dire sublimé. Mais nous devons nous rappeler que l’artisan qui a sculpté ces statuettes avait en vue la représentation, non point d’hommes vivants, mais de défunts divinisés ; que celui qui a imaginé ces masques pensait exprimer par eux le symbole d’une divinité redoutable à ceux qui ne sont pas initiés à ses mystères : l’un et l’autre sont des croyants, comparables aux artistes anonymes auxquels nos vieilles cathédrales gothiques sont redevables de ces gargouilles extraordinaires, de ces têtes grimaçantes de démons, de ces statues de saints ou de défunts stylisés en des attitudes hiératiques ou compassées. Ni l’un ni l’autre n’ont travaillé à reproduire, en les flattant le plus possible, les traits d’un modèle humain : ils ont sculpté des dieux — ou des diables — et non point des hommes, et ils ont sculpté ces dieux comme les représentaient à leur esprit les traditions admises de leur temps.

Panneau (Holo).
République démocratique du Congo.
Bois, hauteur : 34,1 cm.
Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, Belgique.

Arts Industriels

À côté de l’art religieux ou de l’art pour l’art, il est un autre domainedans lequel les Nègres sont passés maîtres : c’est celui de l’art industriel,représenté par le travail de l’argile, du bois, du fer, du cuivre, del’or, du cuir et des textiles. Poteries ornementées et vernissées, detoutes formes et de toutes destinations, cuillers finement sculptées,marteaux de sonnettes d’appel, bâtons de commandement, siègesbas ou élevés dont chacun est un chef-d’oeuvre de patiente etélégante exécution, pagaies harmonieusement effilées, couteauxdroits ou courbes à manche en bois incrusté de métal, armes de jetaux lames multiples et gracieusement contournées, haches deguerre ou de parade, petits sujets en cuivre moulé ou martelé,bijoux d’or en filigrane ou faits au moule, anneaux et braceletsdélicatement ajourés, coussins, selles, bottes et fourreaux en cuirsouple diversement nuancé, curieuses boîtes en peau d’oryx,plateaux et nattes en vannerie de couleur, tissus de coton, de laineou de raphia qui sont de véritables tapisseries aux motifs aussisobres que variés et aux coloris d’un goût très sûr, broderies decoton ou de soie d’une richesse singulière et d’un dessin heureux,tout cela commence à nous être familier, grâce aux collectionsréunies dans les musées ou à l’occasion des expositions. Plus d’unparmi nos industriels s’en est inspiré pour réaliser en Europe destypes nouveaux fort appréciés du public.

Masque (Kwele).
Gabon.
Bois, pigment, patine épaisse, hauteur : 36 cm.
Collection Aura.

Architecture

La même observation peut être faite à propos de l’architecture. Il est bien certain que cet art, à peu près inconnu des peuplades du golfe de Guinée et de l’Afrique équatoriale, sauf dans sa branche ornementale, est parvenu dans la zone soudanaise à un épanouissement remarquable. Il n’y donne toutefois sa plénitude que parmi les populations islamisées et nous avons vu plus haut que le style architectural soudanais, bien qu’il ait revêtu par la suite un caractère nettement local, est d’origine arabo-berbère. Il n’en fournit pas moins une preuve éclatante des facultés artistiques des Nègres, puisqu’ils ont pu réaliser d’aussi brillants résultats sur le vu de quelques modèles seulement, dans une branche à laquelle leurs traditions ne les avaient pas préparés.

Musique

Boucliers de danse (Kikuyu), début du XXe siècle. Kenya.
Bois, 60 x 42 x 8 cm chacun.
Lucien van de Velde, Anvers.

Dans cette brève revue des arts en honneur parmi les Noirs, il ne conviendrait point d’oublier la musique. Lorsqu’on parle en France de musique nègre, chacun évoque aussitôt les accords endiablés et quelque peu cacophoniques d’un jazz-band. Or rien ne ressemble moins à de la musique nègre, ou tout au moins à de la musique nègre d’Afrique, que la musique de jazz-band. Je ne sais d’où celle-ci tire son origine, mais ce n’est certainement pas de l’Afrique. À la vérité, elle peut, par le son de certains des instruments dont elle use et par la précision remarquable avec laquelle elle rythme les pas des danseurs, rappeler, dans quelque mesure, ces orchestres de tambours, de crécelles, de tiges de fer frappées l’une contre l’autre et de cornes ou oliphants, auxquels les Européens donnent le nom significatif de tamtams et qui, sous le soleil ou sous la lune, accompagnés de claquements de mains et de cris, scandent et excitent les danses et les trémoussements des Nègres et des Négresses. Mais le tamtam n’est pas de la musique, ce n’est que l’instrument de la danse. Je pense, à la réflexion, que le jazz-band n’est pas autre chose, et c’est sans doute pour cela qu’il est permis de l’assimiler au tamtam des Noirs.

Tambour bameka (Bamiléké), XIXe siècle.
Cameroun.
Bois, hauteur : 146,8 cm.
Musée du quai Branly, Paris.

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