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Arts du Vietnam dans les civilisation historique du riz inondé et civilisation de la forêt

Crédit vidéo d’introduction : Storks Flying Birds Rice Field video par MingSkyTeam sur Pixabay

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Arts du Viêtnam (ASIN: B07C2XCTLB), écrit par Catherine Noppe et Jean-François Hubert, publié par Parkstone International.

Lisez la partie 1 sur l’art du Vietnam ici

La civilisation des plaines et des deltas, celle du riz inondé, dont les rites seront plus largement évoqués dans le premier chapitre, se fonde sur certaines étapes immuables accordées aux saisons : labour et hersage, semailles, arrachage puis repiquage des jeunes plants de riz, désherbage, irrigation et enfin moisson. Le paysan vietnamien offre, dit-on, « son dos au soleil et sa face à la terre ». Ce mode de vie, partagé par des millions de paysans du Sud-Est asiatique et de l’Indonésie est poétiquement symbolisé par l’image de l’enfant assis ou couché sur le dos du buffle d’eau dont il a la garde pour le mener paître. Partenaire indispensable et respecté, le buffle assiste le paysan dans la rizière :

« O buffle, écoute ce que je te dis, mon buffle.

Viens dans la rizière labourer avec moi ;

Labour et repiquage sont les tâches du cultivateur.

Moi d’un côté, toi de l’autre, qui de nous

marchande sa peine ? »

(Traduction Lê Thanh Khôi. Extrait d’Aigrettes sur la rizière. Chants et poèmes classiques du Viêt-Nam, Paris, Gallimard, 1995, Connaissance de l’Orient)

dit la chanson populaire.

Les buffles au retour de la rizière, Arts du Vietnam
Les buffles au retour de la rizière, photographie de Loi Nguyên Khoa.

L’enfant, autre richesse essentielle de la famille, s’abrite sous la feuille ronde et large d’un lotus en guise de parasol, à moins qu’il ne lance mollement son grand chapeau de paille en guise de cerf-volant et égrène quelques notes claires sur sa flûte de bambou. Les estampes populaires illustrent volontiers ce thème de l’enfant et du buffle, toujours associé à une idée de paix et de prospérité, qui ne fut longtemps qu’un rêve pour la plupart des Vietnamiens.

Dans un autre domaine des arts populaires, les spectacles des marionnettes sur l’eau ( mua rôi nu’o’c), constituent également une excellente illustration de la civilisation du riz inondé. Si les théâtres d’ombre et les marionnettes à fils ou à doigts sont fréquents en Asie, les marionnettes sur l’eau constituent un genre exclusivement vietnamien. Leur origine remonte vraisemblablement au XIIe siècle et l’histoire veut que ces spectacles aient été conçus par Tu Dao Hanh, moine éminent, botaniste, phytothérapeute et grand serviteur de l’Etat, pour fêter le Nouvel An et la fin des travaux agricoles dans les communautés villageoises du nord. Le spectacle, auquel toute la communauté était invitée gratuitement, prenait place dans l’étang du village, où l’on dressait un temple de l’Eau (Thuy Dinh), édifice de bambou recouvert d’une toile de soie ou de coton imitant le toit de tuiles et les murs d’un édifice véritable.

Marionnettes sur l’eau, une scène de labourage et hersage, Arts du Vietnam
Marionnettes sur l’eau, une scène de labourage et hersage

C’est là que se tenaient l’orchestre composé de gongs, tambours, violons à deux cordes et flûte de bambou ainsi que les manipulateurs, engagés jusqu’à mi-corps dans l’eau boueuse qui cachait les longues perches et les systèmes de fils complexes permettant de maintenir les marionnettes hors de l’eau et de les faire évoluer. Sculptées en bois de jaquier, laquées, les plus lourdes d’entre elles, hautes d’une soixantaine de centimètres, étaient pourvues de flotteurs. En des scènes à la fois drôles et infiniment poétiques, l’ensemble des activités paysannes était évoqué : pêcher à la ligne, attraper des grenouilles, nourrir les canards, labourer, repiquer le riz, moissonner. On y trouve aussi les jeux de natation et les courses de barques qui ne manquaient pas d’accompagner les réjouissances populaires. D’autres scènes évoquant mythes et histoire ont, au fil des temps, été associées à ces spectacles qui permettaient aux membres de la communauté de réaffirmer leur identité culturelle et qui n’ont malheureusement plus guère d’intérêt, aujourd’hui, que pour les touristes.

Si la riziculture irriguée peut être pratiquée dans les régions de moyenne altitude, la riziculture sur brûlis reste la seule possibilité offerte aux populations des régions les plus élevées. Encore ces récoltes sont-elles maigres et la forêt reste-t-elle une ressource essentielle. A la civilisation des plaines et des deltas faisait donc face, globalement, une civilisation des Hauts Plateaux et des forêts, que certains chercheurs n’ont pas hésité à qualifier de « civilisation du végétal ». Les défrichements sauvages pratiqués par les exploitants de bois précieux, ceux, plus organisés, des riziculteurs viêt qui commencent à s’implanter dans les hautes terres, la construction de routes reliant le nord au sud, mettent en péril cette forêt qui fut de tout temps source de vie, de spiritualité et d’inspiration artistique pour un grand nombre d’ethnies et ne survit plus maintenant que sous forme d’îlots. Cette triste situation n’est pas seulement celle des forêts primitives du Vietnam ou de l’Asie du Sud-Est mais celle des forêts du monde entier.

Jeune femme du sud, vers 1953, Arts du Vietnam
André Maire, Jeune femme du sud, Huile sur toile, Saigon, vers 1953.

L’histoire du pays est aussi celle d’une interdépendance obligée entre les États des terres basses d’une part et les tribus des hautes terres d’autre part, aussi la part constitutive de celles-ci dans la culture vietnamienne « classique » ne saurait être négligée, que ce soit au niveau de la poésie, de la musique ou des arts plastiques. Certaines ethnies, comme les Thai, sont fortes d’une structure sociale rigoureuse et d’une culture originale et raffinée ; d’autres, beaucoup plus faibles numériquement, demeurèrent à un stade de développement inférieur et se retrouvèrent fréquemment en situation de vassalité par rapport aux premières.

Dès le XIe siècle, Dai Viêt et Champa, qui en temps de guerre sollicitaient la fidélité des minorités et leur participation active à leurs armées, échangeaient avec les populations montagnardes des richesses naturelles comme les bois précieux, des animaux comme les éléphants des Hauts Plateaux du Centre, à la fois gages de force militaire et symboles de pouvoir, contre du riz ou des céramiques que ne pouvaient produire les artisans locaux. L’histoire des relations entre ces deux mondes si différents est complexe et reste probablement à écrire…

Rizières en terrasse de la province de Lao Cai, Arts du Vietnam
Rizières en terrasse de la province de Lao Cai, région Sa Pa.

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