Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants, 1787. Huile sur toile, 275,2 x 216,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles. Raphaël, La Sainte Famille Canigiani, vers 1507-1508. Huile sur bois, 131 x 107 cm. Alte Pinakothek, Munich.

Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants : un tableau chargé d’Histoire

En 1785, l’image de la reine Marie-Antoinette est dégradée. En pleine affaire du collier, les pamphlets contre « l’autrichienne » pullulent. Cette dernière, pour reconquérir l’opinion du peuple français, commande à son peintre officiel, Madame Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, un portrait la représentant entourée de ses enfants.

Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants, 1787. Huile sur toile, 275,2 x 216,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles. Raphaël, La Sainte Famille Canigiani, vers 1507-1508. Huile sur bois, 131 x 107 cm. Alte Pinakothek, Munich.
Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants, 1787. Huile sur toile, 275,2 x 216,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles.
Raphaël, La Sainte Famille Canigiani, vers 1507-1508. Huile sur bois, 131 x 107 cm. Alte Pinakothek, Munich.

C’est un grand défi pour Vigée-Lebrun qui avait toujours peint la reine seule et qui n’avait alors pas l’habitude des portraits de groupe. C’est avec l’aide de Jacques-Louis David, qu’elle choisit de faire un portrait de composition pyramidale à la manière de la Sainte Famille de Raphaël. La reine Marie-Antoinette est représentée avec  ses trois enfants, sa fille Marie-Thérèse, et ses deux fils Louis-Joseph et Louis-Charles (le futur Louis XVII). Il y a aussi un berceau vide, c’est celui de Sophie-Béatrice qui meurt peu de temps après sa naissance, le tableau étant presque terminé, on décide de laisser le berceau vide.

Ce tableau marque un changement dans la communication politique de la reine. Si l’on observe les premiers portraits de la reine par Vigée-Lebrun, on y voit une reine à la mode avec des robes et des bijoux somptueux ou alors la reine en bergère, la frivole du Petit Trianon. Dans ce tableau la reine est sérieuse, sans apparat, elle porte une robe rouge symbole de la royauté. Elle est représentée comme une mère aimante, proche de ses enfants. Elle remplit le rôle que définit Rousseau dans son Emile, ou De L’éducation.

Louise Elisabeth Vigée-Lebrun Marie-Antoinette, reine de France dit « à la Rose », 1783. Huile sur toile, 116 x 88,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles. Louise Elisabeth Vigée-Lebrun Marie-Antoinette, après 1783. Huile sur toile, 92,7 x 73,1 cm. Collection Timken, National Gallery of Art, Washington.
Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette, reine de France dit « à la Rose », 1783. Huile sur toile, 116 x 88,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles.
Louise Elisabeth Vigée-Lebrun, Marie-Antoinette, après 1783. Huile sur toile, 92,7 x 73,1 cm. Collection Timken, National Gallery of Art, Washington.

Quand le tableau est présenté au Salon de 1787, Vigée-Lebrun se souvient : « Ma peur était si forte que j’en avais la fièvre. J’allai me renfermer dans ma chambre, et j’étais là, priant Dieu, pour le succès de ma Famille royale, quand mon frère et une foule d’amis vinrent me dire que j’obtenais le succès général ». C’est un triomphe auprès de la cour mais le peuple n’est pas du même avis. Deux ans plus tard, la Révolution éclate. Le berceau vide de la toile de Vigée-Lebrun était un mauvais présage. Le petit Dauphin meurt lors des Etats généraux en 1789. Marie-Antoinette et ses proches sont contraints de quitter le palais de Versailles. La fuite de Varennes est un échec, on connaît la triste fin du couple royal. Le tout jeune Louis XVII meurt à la prison du Temple en 1795, après trois ans de captivité. Seule Madame Royale survivra. Le même jour que la Reine, Louise Elisabeth Vigée-Lebrun prend la fuite avec sa fille Julie. Elle visita l’Italie et surtout la Russie. Elle continua à fréquenter les cours d’Europe. Après 13 ans d’exil, elle rentre en France, Napoléon Ier est alors au pouvoir.

Après la mort du Dauphin, la reine ne supportait plus voir ce tableau dans ses appartements, elle le fit décrocher. C’est ainsi que le tableau ne fut pas détruit pendant la Révolution et, qu’à son retour à Paris Vigée-Lebrun put le voir :

« Sous Bonaparte on avait relégué dans un coin du château de Versailles le grand portrait que j’avais fait de la reine entourée de ses enfants. Je partis un matin de Paris pour le voir. Arrivée à la grille des Princes, un custode me conduisit à la salle qui le renfermait, dont l’entrée était interdite au public, et le gardien qui nous ouvrit la porte, me reconnaissant pour m’avoir vue à Rome, s’écria : Ah! que je suis heureux de recevoir ici madame Lebrun ! Cet homme s’empressa de retourner mon tableau, dont les figurés étaient placées contre le mur, attendu que Bonaparte, apprenant que beaucoup de personnes venaient le voir, avait ordonné qu’on l’enlevât. L’ordre, comme on le voit, était bien mal exécuté, puisque l’on continuait à le montrer, au point que le custode, quand je voulus lui donner quelque chose, me refusa avec obstination, disant que je lui faisais gagner assez d’argent. À la restauration ce tableau fut exposé de nouveau au salon. Il représente Marie-Antoinette ayant près d’elle le premier dauphin, Madame, et tenant sur ses genoux le jeune duc de Normandie. »

Pour découvrir ce tableau, rendez-vous à l’exposition du Grand Palais à Paris, grande rétrospective sur l’œuvre de Vigée-Lebrun, du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016.  Et surtout, procurez-vous au plus vite l’ouvrage publié par les éditions Parkstone !

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