. Jean-Honoré Fragonard, Conversation galante dans un parc ; L’amoureux couronné, vers 1754. Huile sur toile, 62 x 74 cm. Wallace Collection, Londres.

Fragonard : Le parfum de la légèreté

La Parfumerie Fragonard est une institution française basée à Grasse. Fondée en 1926 par Eugène Fuchs, elle porte le nom d’un enfant du pays ; le peintre Jean-Honoré Fragonard. Or, si le peintre s’est fait peu à peu dépasser par le succès planétaire de l’entreprise, un lien fort continue de les unir.

Fragonard fut le dernier artiste rococo. Brillant élève de Boucher, ses premiers tableaux sont les dignes héritiers des scènes pastorales de son maître. Mais si le maître rococo réussit à s’introduire dans les appartements de la haute noblesse de l’Ancien Régime en devenant, en 1765, le premier peintre du Roi et le directeur de l’Académie royale de peinture, Fragonard se détourna très rapidement de la peinture institutionnelle, préférant se consacrer à répondre aux commandes et aux demandes sensuelles et libertines de ses contemporains, en mettant en scène « la rencontre des corps et la fusion des êtres ».

. Jean-Honoré Fragonard, Conversation galante dans un parc ; L’amoureux couronné, vers 1754. Huile sur toile, 62 x 74 cm. Wallace Collection, Londres.
Jean-Honoré Fragonard, Conversation galante dans un parc ; L’amoureux couronné, vers 1754. Huile sur toile, 62 x 74 cm. Wallace Collection, Londres.

C’est ce qui fit sa gloire de son vivant, et ce qui provoqua son oubli progressif par ses héritiers et autres successeurs. Oui, Fragonard fut véritablement le dernier artiste rococo, le dernier représentant de la légèreté morale d’une époque, celle de l’avant Révolution ; et lorsqu’on le redécouvrit, au XIXe siècle, lui qui était passé si violemment de la lumière feutrée d’une alcôve libertine à l’obscurité et à l’oubli à l’âge néo-classique, c’est ce parfum de légèreté, cette odeur de liberté que l’on exalta ;

« Nature de joie, pays de plaisir, égayé de bruit, de rires, de musiques et de musettes, plein du bonheur gai, bavard, chantant et dansant, de ce peuple qu’on voit, au XVIIe siècle, mener la vie comme une fête de Pan, sous le ciel le plus pur et le plus doux de l’Europe ! Et quel berceau, dans ce jardin, que le berceau du peintre, sa ville nourricière : Grasse ! Cette distillerie dans un paradis ; la Grasse des odeurs, des sucres et des essences, de la parfumerie et de la bonbonnerie ; Grasse avec ses étages de jardins, les fruits d’or et les floraisons d’argent de ses hautes forêts d’orangers libres […].

Fragonard naît là, et il naît de là. Il puise à cette terre, dont il sort, sa nature, son tempérament. Il grandit en s’imprégnant de cette atmosphère des pays chauds, de ce climat qui remplit le pauvre et le nourrit presque de sa sérénité. Et l’on reconnaît dans toute son Œuvre le peintre qui a reçu tout jeune la bénédiction d’un ciel méridional, le coup de jour de la Provence. Il reflète la gaieté, le bonheur de la lumière, comme un homme qui y a trempé pendant toute son enfance. Rien qu’à voir une esquisse de lui, on sent une chaleur, presque un parfum, l’odeur du pays dont il vient. »

Cette monographie des frères Goncourt sur Fragonard issue de L’Art du XVIIIe  (1881-1882) pourrait servir de campagne publicitaire pour les parfums de la marque ; le nom se teinte des couleurs vives de la Méditerranée et laisse échapper les vapeurs chaleureuses de ses terres ensoleillées.

Jean-Honoré Fragonard, Les Baigneuses, 1763-1764. Huile sur toile, 64 x 80 cm. Musée du Louvre, Paris
Jean-Honoré Fragonard, Les Baigneuses, 1763-1764. Huile sur toile, 64 x 80 cm. Musée du Louvre, Paris

Un nom donc, mais deux succès, celui d’un peintre et d’une parfumerie dont les destins se rencontrent dans cet écrin d’odeurs et de verdure. Et pourtant, si Fragonard naquit bien à Grasse, il n’y passa que ses six premières années, et c’est à Paris qu’il vécut toute sa vie. Mais l’image est moins belle, moins poétique, moins évocatrice surtout.

Ainsi, si vous voulez en découvrir plus sur cet artiste parisien donc, mais aux origines provençales, si vous souhaitez vous aussi sentir ce parfum de légèreté qui émane de ces toiles galantes et libertines, ne manquez pas l’exposition « Fragonard amoureux » présentée au musée du Luxembourg à Paris du 16 septembre au 24 janvier 2016. Et si vous passez par Grasse, vous pouvez découvrir la Parfumerie Fragonard et son musée retraçant l’histoire de la parfumerie avant d’aller visiter la Villa-Musée Jean-Honoré Fragonard : c’est là que l’artiste trouva refuge au début de la Révolution… Et surtout, n’oubliez pas de vous procurer Fragonard des éditions Parkstone International !