Le Soir ou Les Illusions perdues 1848. Huile sur toile, 156×238 cm. Musée du Louvre, Paris.

Ode à Charles Gleyre (1806-1874)

Ô Gleyre!

Nul homme comme toi et pas de plus sincère !
Tu sus te cantonner à l’aplomb exemplaire
Qui fait aujourd’hui la fierté de tes paires.
Suisse de naissance, du canton de Vaud,
Tu quittas ta patrie pour apprendre le Beau.
Tu voyageas beaucoup et tu connus Paris,
Rome, Constantinople et même Alexandrie.
Miraculé tu fus au Moyen-Orient,
Aveugle, on te soigna à Beyrouth, au Liban.
De retour à Paris tu repris tes ouvrages,
Mais des déconvenues te firent de l’ombrage ;
Ainsi qu’il arriva au Château Dampierre,
Quand Ingres fit de ton art un ouvrage éphémère.
Pourtant bien miséreux tu refusas de choir
Et présentas au monde ton rêve d’un Soir.
Les Illusions perdues dévoilèrent le génie
Qui exécuta l’œuvr{e} non sans mélancolie.

Le Soir ou Les Illusions perdues 1848. Huile sur toile, 156×238 cm. Musée du Louvre, Paris.
Le Soir ou Les Illusions perdues, 1848. Huile sur toile, 156×238 cm. Musée du Louvre, Paris.

Ce succès fut suivi par la vocation ;
Tu enseignas dès lors ta noble passion.
De grands noms sont comptés parmi tous tes élèves,
Gérôme, Monet, Renoir : belle fut la relève.
Tu entrepris plus tard d’aller en excursion,
De l’Italie du Nord naquit l’inspiration.
Dorénavant tes œuvres sont plus personnelles :
Poétiques élans, idéaux et rebelles.
La Danse des Bacchantes si bien exécutée,
Laisse pantois l’humain tout entier charmé.

La Danse des Bacchantes, 1849. Huile sur toile, 147×243 cm. Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.
La Danse des Bacchantes, 1849. Huile sur toile, 147×243 cm. Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.

Succombas-tu aussi aux courbes de l’Omphale
Ou lui préféras-tu la Sapho magistrale ?
Il est de ces tableaux qui vous font palpiter
Et le major Davel saurait t’accréditer.
Tu lui rendis justice, de tes bons sentiments,
Et ton pays chéri t’en est reconnaissant !

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Le Major Davel, 1850. Huile sur toile, 300×270 cm. Aujourd’hui partiellement détruite. Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.

En cette heure tardive la France enfin se lève,
Acclamant le poète aussi perçant qu’un glaive !
C’est au Musée d’Orsay qu’a pour lieu l’hommage,
Et ne pas y aller serait un grand outrage.

« Charles Gleyre (1806-1874). Le romantique repenti », du 10 mai au 11 septembre 2016 au Musée d’Orsay : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-generale/article/charles-gleyre-42677.html?tx_ttnews[backPid]=254&cHash=30f5dbe196 .

Leïla Vasseur-Lamine