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Retrouver les couleurs de la Koré

 

Statuette féminine dite « Dame d'Auxerre », vers 640-630 av. J.-C. Calcaire, décor incisé originellement peint ; traces de couleur rouge sur le buste, hauteur : 75 cm. Musée du Louvre, Paris.
Statuette féminine dite « Dame d’Auxerre », vers 640-630 av. J.-C. Calcaire, décor incisé originellement peint ; traces de couleur rouge sur le buste, hauteur : 75 cm. Musée du Louvre, Paris.

La Koré de Lyon n’a pas fini de faire parler d’elle. En tout cas, c’est ce que le musée des Beaux-Arts de Lyon va tenter de nous montrer à travers son exposition « Les couleurs de la Koré » (4 décembre 2015 au 29 février 2016).

Koré signifie « jeune fille » en grec. Elle est le pendant féminin du kouros (« jeune homme »). Ce type de sculptures est représentatif de la statuaire grecque pendant toute la période archaïque (625-500/480 av. J.-C.). Si les jeunes hommes sont représentés nus, les figures féminines, elles, sont toujours habillées (la pudeur oblige). Il faudra attendre l’âge classique grec (seconde moitié du Ve siècle) pour que le corps de la femme se dénude. Les premiers exemples de ces  mystérieuses koré ont la forme de statuettes : la « Dame d’Auxerre » en est un des exemples les plus connus (voir ci-contre). L’épanouissement de la civilisation grecque fera également évoluer les sculptures vers un art toujours plus réaliste et/ou monumental ; les statues seront façonnées à l’image de l’homme et la statue deviendra un idéal de la beauté humaine.

Je crois qu’une grande part du mystère de ces sculptures réside dans le fait qu’il s’agit, pour la plupart, de statue « tronquée », «amputée», incomplète ; de vestiges du passé qui sont, malgré tout, considérés tout à la fois comme des « œuvres d’art » et des « témoignages archéologiques ». Et en cela, elles parlent à la fois à l’esprit et aux émotions. Au chercheur et au spectateur.

Pour tenter de percer ce mystère, des scientifiques se sont alliés à des historiens de l’art pour reconstituer l’apparence originelle de ces sculptures ; telle est l’histoire de la Koré de Lyon.

Koré, vers 550-540 av. J.-C. Marbre blanc, 63 x 36 x 24 cm. Musée des Beaux-Arts de Lyon, Lyon.
Koré, vers 550-540 av. J.-C. Marbre blanc, 63 x 36 x 24 cm. Musée des Beaux-Arts de Lyon, Lyon.

Acquise par le musée dans les premières années du XIXe siècle, sa provenance est alors inconnue. C’est l’étude de sa composition, les longues investigations théoriques et formelles ainsi que la découverte, à Athènes, de la partie inférieure de la statue, qui ont finalement permis aux archéologues de dater et de déterminer, un siècle plus tard, l’origine de la statue ; l’acropole d’Athènes ! Rien que ça.

Elle fut longtemps connue sous le nom d’« Aphrodite à la colombe » ; en réalité, toutes ces recherches ont montré qu’il s’agissait simplement d’une koré portant sur sa main droite un oiseau en offrande à une divinité, sans doute Athéna, la déesse protectrice de la cité. Si sa tenue témoigne de l’influence de l’art ionien lui-même influencé par l’art oriental, sa morphologie est de style attique. Ce métissage inédit participa lui aussi de sa longue indétermination.

Mais la statue recèle encore bien des secrets et notamment ceux concernant sa couleur. Car l’on sait à présent que les statues grecques n’avaient pas l’apparence que nous leur connaissons, mais qu’elles étaient polychromes. Et l’exposition du musée des Beaux-Arts de Lyon s’attache à présenter le résultat de ses travaux de recherche.

Rendez-lui visite ; belle et majestueuse, elle vous attend, paisible et immobile. Et découvrez ici l’ouvrage des éditions Parkstone International consacré à la sculpture grecque !

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