C’est l’histoire bizarre d’un espagnol et d’un français pris dans le blizzard…

Petite charade pour vous camarades :

Mon premier, surnommé Avida Dollars, est le plus emblématique, le plus farfelu, et le plus espagnol des surréalistes. Mon second est un prolifique dessinateur de BD telles que Le Chat du Rabbin, Le Bestiaire amoureux, Sardine de l’espace… et réalisateur notamment du film Gainsbourg : vie héroïque. Mon tout est une rencontre fantasmagorique au sommet ou plutôt en haut de la butte.

¡¿ Alors vous avez deviné de quel événement paranoïaque il s’agit ?!

ATTENTION ICI SPOILER !

Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, connu et reconnu de tous comme Salvador Dalí, est né le 11 mai 1944 à Figueras en Catalogne. Très jeune il témoigne d’un talent précoce en dessin comme en peinture ; il est passionné par l’impressionnisme et reçoit sa formation aux Beaux-Arts de Madrid. Il est aussi d’ores et déjà vu comme un dandy. Durant cette période il fréquente Buñuel et Federico Garcia Lorca (qui est raide dingue de lui) et se passionne pour Freud qu’il étudie avec ferveur. Puis quand il arrive en France en 1927, il fait la connaissance de Gala (Helena Diakonova), à l’époque épouse de Paul Éluard, et en tombe éperdument amoureux. En fait c’est un coup de foudre mutuel : la belle et rebelle quitte le poète pour l’extravagant artiste, et BIM ! renaissance de Dalí (« Derrière chaque grand homme se cache une femme », amen). Elle devint sa muse et plus tard son manager.

La Madone de Port Lligat, 1950. Huile sur toile, 366 × 244 cm. Fukuoka Art Museum, Kyushu.
La Madone de Port Lligat, 1950. Huile sur toile, 366 × 244 cm. Fukuoka Art Museum, Kyushu.

En 1928, il rencontre d’abord Picasso, puis André Breton qui l’introduit au groupe des surréalistes et c’est ainsi que Salvador Dalí finit par se rallier au mouvement. Il offre au surréalisme une dimension picturale et graphique influencée par la psychanalyse et l’Art classique baroque et antique. Il approfondit la construction de son personnage public et adopte la moustache en croc en hommage à Velázquez. Il invente pendant cette même période la méthode paranoïaque-critique qui fait bondir le cœur de tonton Breton. Mais le désamour s’engage lorsque notre moustachu chéri tient des propos ambigus et provocateurs au sujet d’Hitler et de Franco (en parlant de moustaches…) et que le personnage Dalí devient phare et figure de proue du surréalisme tout en reniant tout engagement politique si ce n’est un penchant monarchique. Trop c’est trop ! Il convoque el hombre dans son bureau pour avoir une petite discussion, mais trop ce n’est jamais assez pour le maître et celui-ci entame sa plaidoirie en faisant un striptease… Tonton Breton chausse ses sabots et le gadjo est renvoyé illico ! Mais qu’importe car il est grand temps de faire plus d’argent : Hallelujah, direction les États-Unis. Il y reste de 1940 à 1948, son succès là-bas est imminent, daddy Dalí est partout et fait de tout : mode, publicité, monde du spectacle… Il s’adonne à l’hyperréalisme et contribue à l’essor du Pop Art. Il se passionne pour les sciences, les grandes découvertes de son temps ; le nucléaire et les technologies du futur telles que l’hologramme.

Son retour en Espagne marque un tournant dans son art et son train de vie car il s’ancre désormais dans un style religieux baroque, dans lequel il se maintiendra jusqu’à la fin et jouit d’une existence confinée. Il reste aujourd’hui une référence dans le monde entier (bon peut être pas pour les Sentinele ou les Mường) et les nombreuses archives de ses interviews, manifestations et performances continuent de nous régaler.

La Tentation de saint Antoine, 1946. Huile sur toile, 89,5 × 119,3 cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.
La Tentation de saint Antoine, 1946. Huile sur toile, 89,5 × 119,3 cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.

Joann Sfar, né le 28 août 1971, est un illustrateur, dessinateur de bande dessinées, romancier et réalisateur. Son trait vif, sensuel et chaleureux est reconnaissable entre mille. Influencé par ses origines juives (ashkénaze et séfarade), algérienne et ukrainienne, il offre à ses lecteurs et spectateurs une œuvre très personnelle et éclectique. Il aime rendre hommage aux héros qui ont marqué son parcours ou aux hommes dont il s’entiche le temps d’une ritournelle graphique comme pour Pascin ou Chagall.

Inspiré par la vaste collection de l’Espace Dalí, le talentueux bonhomme rend hommage à l’artiste catholique-apostolique-monarchique. Ainsi c’est dans le dédale de la cervelle moustachue de Dalí qu’il s’est frayé un chemin. L’esprit mou et poilu de Salvador Dalí a donné matière au dessinateur, qui a travaillé pendant un an au plus près des œuvres du génie : irrationnel, sciences naturelles, sexualité, fétichisme, érotisme, spirituel, métamorphose, religion, animalité sont au cœur de ses cases à travers quelques 200 dessins, croquis et esquisses. Les sculptures de Dalí faites d’après la technique de la « cire perdue » trouvent leurs échos dans les songes de papier qu’a imaginé Sfar, on y retrouve aussi certaines créations Haute-Couture de la collection Schiaparelli à laquelle avait contribué l’artiste.

Joann Sfar, Je sens un décollationnage…
Joann Sfar, Je sens un décollationnage…

Alors c’est dit, vamos muchachos ! On s’empresse d’aller voir l’exposition « Une seconde avant l’éveil » à l’Espace Dali qui commencera le 9 septembre et s’achèvera le 31 mars, pour la rencontre et le plaisir de déambuler dans les rêveries de deux hommes un peu fous mais pas du tout.

Leïla Vasseur-Lamine

Parkstone International: Dalí 1904-1989, Best of Dalí, La Vie et les chefs-d’oeuvre de Salvador Dalí

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