Art in Europe Français

LA PEINTURE ANGLAISE

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Peinture Anglaise: écrit par Ernest Chesneau, publié par Parkstone International.

Ya-t-il une école anglaise ? Si l’on s’en tient à la définition étroite du mot école, il s’applique d’une façon bien imparfaite au mouvement de la peinture en Angleterre. En effet, il sert généralement à désigner un ensemble de traditions et de procédés, une technique, un goût particulier dans le dessin, un sens de la couleur également particulier concourant à l’expression d’un idéal commun poursuivi par les artistes d’une m’me nation dans le m’me temps. ¤ ce titre, il y a une école flamande, une école hollandaise, une école espagnole, il y a diverses écoles en Italie, il y a une école française, mais il n’y a pas d’école anglaise. Il n’y a pas d’école anglaise, car ce qui ressort très visiblement de l’étude de la peinture en Angleterre, c’est précisément l’absence de toute tradition commune, c’est l’indépendance absolue et pour ainsi dire l’isolement de chaque peintre. On n’y trouve nulle empreinte d’une méthode ou d’une éducation collective, d’un enseignement officiel, d’une Académie à Rome, d’une École des beaux-arts. L’art anglais est un art libre et, en raison de sa liberté m’me, infiniment varié, plein de surprises et d’initiatives imprévues.

William Hogarth, Le Mariage de Stephen et Mary Cox, 1729.
Huile sur toile, 128,3 x 102,9 cm.
The Metropolitan Museum of Art, New York.

Mais si, pour la rapidité du discours, on confond sous le nom d’école le faisceau de toutes les manifestations individuelles qui représentent l’art d’un peuple, et un art digne de l’Histoire, certes alors il y a une école anglaise.

William Hogarth, Les Enfants Graham, détail, 1742.
Huile sur toile, 160,5 x 181 cm. National Gallery, Londres.

On peut la dater de plus de trois siècles, et cependant elle n’était pas connue en Europe. Pour nous ouvrir les yeux, il a fallu qu’à l’occasion de l’Exposition de 1855, pour la première fois, les artistes anglais contemporains se soient décidés à traverser la Manche. La surprise fut très grande en France, lorsqu’on vit s’aligner sur les murailles du petit palais provisoire de l’avenue Montaigne de nombreux tableaux ne relevant d’aucune école qui nous fût familière. Jusqu’à cette époque, on avait refusé non seulement le génie, mais le sens m’me, j’entends le sens pratique de l’art, aux Anglais. ¤ défaut de grands peintres, on ne pouvait nier pourtant que l’Angleterre eût d’illustres amateurs. Les érudits, les collectionneurs n’ignoraient pas que l’aristocratie britannique possédait les plus riches galeries de maîtres anciens et avait recueilli nos plus beaux Poussin, nos Watteau les plus précieux, au temps m’me où la France de David les tenait dans le plus profond dédain. En 1855, par un entraînement irréfléchi, résultat de la surprise, on exalta peut-’tre outre mesure l’école subitement révélée. La révélation eût été bien plus complète et saisissante, l’élan d’admiration bien plus vif encore et plus justifié, si les fluvres des peintres anglais du XVIIIe siècle nous avaient alors été montrées. C’est en 1725, en effet, que se montre tout à coup à l’Angleterre étonnée un artiste véritablement anglais, anglais de mflurs, de caractère et de tempérament comme de naissance, fait sans précédent ou à peu près. Il se nommait William Hogarth.

500John Constable, Tête de jeune fille, vue de dos, peut-être Emma Hobson, vers 1806.
Huile sur toile, 50 x 20,3 cm. Collection privée.

Jusque-là, les peintres du continent et surtout les peintres du Nord, Holbein, Rubens, Van Dyck, Lely et également l’Italien Zuccaro avaient été chargés par les souverains de décorer les châteaux, les palais et les temples. Ils trouvaient, à la cour et auprès des familles nobles, des commandes généreuses qui faisaient de leur séjour sur le sol britannique un perpétuel triomphe. Ils formaient bien aussi quelques élèves auxquels ils enseignaient de l’art ce qui peut s’en apprendre mais il n’était pas en leur pouvoir de communiquer leurs dons essentiels : l’invention, l’imagination. Sir James Thornhill, peintre du roi George Ier, gentilhomme de naissance, membre du parlement, est peut-’tre le seul qui, dans ses peintures murales de Saint-Paul et de Greenwich, ait témoigné de quelque chaleur pittoresque, mais ce n’est pas là encore un artiste original. Il continue le XVIIe siècle français, les allégories de Le Brun et de Jouvenet avec un léger reste de cette vie qui coule à profusion sous le pinceau de Rubens.

John Constable, La Construction d’un bateau près du moulin de Flatford, 1815.
Huile sur toile, 50,8 x 61,6 cm. Victoria & Albert Museum, Londres.

Hogarth est donc le premier en date, celui qui ouvre l’école anglaise. Il en est, si l’on veut, le Giotto, comme le disait avec quelque emphase l’introduction au livret de l’Exposition internationale de 1862. Mais que les mots ne nous trompent pas, ne nous abusons pas sur leur valeur. De ce qu’il y a en réalité un art britannique, s’ensuit-il que cet art mérite de prendre rang parmi les grandes écoles que nous étions habitués à respecter dans leurs formules les plus opposées, Raphaël et Rembrandt, par exemple ?

John Constable, Le Chariot de foin, 1821.
Huile sur toile, 130,2 x 185,4 cm. National Gallery, Londres.

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