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Michel-Ange – Agonie et extase d’un génie

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Michel-Ange: écrit par Eugène Müntz, publié par Parkstone International.

Daniele Ricciarelli da Volterra,
Portrait de Michel-Ange Buonarotti, vers 1533.
Craie noire. Teyler Museum, Haarlem.

Michel-Ange, artiste complet et complexe, aux talents multiples, a surpassé tous les autres artistes du Cinquecento. Cependant, il faut bien reconnaître qu’il est arrivé à un moment très favorable pour que son génie puisse exploser avec autant de force. Ses prédécesseurs lui ont ouvert la voie et il a su mettre à profit toutes ses qualités artistiques.

Vue d’ensemble de la Chapelle Sixtine, Vatican, 1508-1541.

De caractère ombrageux, solitaire, Michel-Ange se consacra tout entier à son travail. Homme d’une grande piété et d’une grande spiritualité, l’influence de Savonarole ne fut pas pour rien dans l’évolution de sa peinture. Le Jugement dernier montre bien les tourments de l’artiste arrivé au crépuscule de la vie. Ses nombreux nus d’hommes d’une virilité imposante, sont l’expression de ses tendances homosexuelles, ce qui provoqua chez lui de graves conflits internes. De plus, bien que l’homosexualité fut admise à Florence à cette époque, le nouvel ordre religieux condamnait ces pratiques et il ne s’en trouvait que plus tourmenté. Il eut aussi la fortuna de connaître une Florence riche et libre. Les mécènes, particulièrement les Médicis et les papes, jouèrent parfaitement leur rôle, ne recherchant que des jouissances désintéressées, voire une certaine satisfaction d’amourpropre. Ainsi s’expliquent une relation de confiance et une certaine intimité qui peuvent s’établir entre les mécènes et les artistes. Ces derniers sont tout de même leurs obligés, dans la mesure où pour vivre, il faut des commandes. Même Michel- Ange a dû se plier à ses contraintes. Il suffit de se rappeler les difficultés de l’artiste avec le tombeau de Jules II, dont la réalisation non terminée, dura une quarantaine d’années. L’affaire se compliqua davantage avec les héritiers du pape !

Projet de façade pour l’église San Lorenzo, vers 1517.
Craie. Casa Buonarroti, Florence.
Michel-Ange-1
Modèle en bois pour la façade de l’église San Lorenzo, vers 1518.
Bois, 216 x 283 x 50 cm.
Casa Buonarroti, Florence.

Florence, les Médicis, la Renaissance : ces mots sont liés à jamais dans l’imagerie collective de toutes les générations confondues. La Renaissance a marqué l’avènement de la raison. Ce fut le triomphe de la logique, de la perfection, de la beauté et le culte de l’idéal. Michel-Ange arriva à ce moment-là et bouleversa l’art du Cinquecento. Par la force des choses, la Renaissance parvenue à son apogée, devait décliner, déchoir. C’est une loi inéluctable. Par ailleurs, la fondation des Académies correspondait à un besoin de codification et d’autoritarisme qui caractérisait les Écoles parvenues à leur apogée. L’effort créateur avait diminué. On essaya de le remplacer par un ensemble de règles et de préceptes. Il existait un abîme entre les corporations anciennes, uniquement préoccupées d’intérêts professionnels ou de devoirs religieux, et les Académies nouvelles qui affichaient la prétention de légiférer au nom du goût. L’Académie florentine des arts du dessin, constituée en 1563, fut confiée à Vasari. La Renaissance à Florence s’éteindra doucement tandis qu’un nouvel art apparaîtra : le Maniérisme. Longtemps considéré comme une décadence de l’art italien de la Renaissance, le Maniérisme correspond à la fin de la Renaissance. On peut juste ajouter qu’en France des artistes italiens ont introduit le Maniérisme qui évolua vers un Classicisme à la française.

Intérieur de la chapelle Médicis, 1520-1534.
Église San Lorenzo, Florence.

À la fin du Quattrocento, Savonarole, dans un souci de lutter contre la luxure et la liberté des moeurs, aurait voulu remettre la société florentine civile et cléricale dans le droit chemin, ce que fera la papauté dans la seconde partie du Cinquecento. Quelques années plus tard, en 1506, le pape Jules II décida d’abattre la basilique Saint-Pierre et de confier la reconstruction à Bramante. Pour financer cet immense projet, il vendit des indulgences, ce qui provoqua l’ire du théologien allemand Martin Luther. En 1517, en faisant paraître ses thèses, ce dernier provoqua une crise irréversible dans l’Église catholique : ce fut la Réforme. Pour contrecarrer ce mouvement, le pape Paul III convoqua un concile en 1545 à Trente : ce fut la Contre-Réforme. Le décret du concile de Trente (1563) aboutit à un assainissement des moeurs du clergé et du pouvoir. Les jésuites, ordre récemment formé au service de la papauté, vont permettre l’élaboration d’un nouvel art qui sera avant tout émotionnel. Le Baroque, ou l’art jésuite, couvre le Seicento (le terme baroque ne sera pas utilisé avant le début du XIXe siècle), et conduit à l’expérience mystique. Le baroque est l’art du vertige. On est littéralement emporté par l’imagination, l’audace, la bizarrerie, la richesse des décors, le délire permanent, la sensualité… Michel-Ange avait initié ce mouvement par les torsions, les mouvements de ces personnages, la richesse des couleurs : il est le père du Baroque. Le Baroque est le style de la Contre-Réforme et s’est épanoui à Rome, où Bernini et Borromini en sont les meilleurs représentants. Malgré la notoriété de Bernini venu en France pour reconstruire une partie du Louvre qui venait de brûler, Colbert ne donna pas suite à ce projet dispendieux, mais surtout Louis XIV ne voulait pas de cet art qui avait servi la papauté. Le roi de France ne supportait pas la concurrence. Et c’est ainsi que le Baroque ne pénétra pas en France. D’ailleurs, on peut considérer que cet esthétique dérange l’esprit français trop épris de cartésianisme, d’équilibre et de raison. Le Baroque est un art ludique, plein de fantaisie, laissant place à l’imagination la plus folle.

Tombeau de Laurent de Médicis, 1525-1527.
Marbre, 630 x 420 cm.
Église San Lorenzo, Nouvelle Sacristie, Chapelle des Médicis, Florence.

Le XIXe siècle français est anti-classique et anti-baroque. Et pourtant, Géricault n’a pas hésité à son retour d’Italie (il a passé un mois à Florence à étudier Michel-Ange) à réaliser une grande toile intitulée Le Radeau de la Méduse (1819). Les corps enchevêtrés font penser à ceux de Michel-Ange dans certaines de ces oeuvres. Enfin, le sculpteur Auguste Rodin est le digne héritier des antiques, de Michel-Ange et de Bernini. Dès son vivant, comme pour Michel-Ange, Rodin fut un sculpteur reconnu. Son échec à l’entrée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris ne le découragea pas. Il se rendit au Louvre pour étudier les antiques et les Esclaves de Michel-Ange. Lui aussi se souvenait de tout ce qu’il voyait. On ne peut qu’être troublé devant la ressemblance entre L’Homme au nez cassé de Rodin et le Portrait de Michel-Ange de Daniele da Volterra, d’après le masque funéraire de Michel- Ange (les deux sculptures seront exposées à Paris en 1878). Chez Rodin, son travail s’orienta de plus en plus vers des nus masculins particulièrement virils et robustes, comme chez Michel-Ange. Lui aussi pratiqua le non finito. Il abandonna L’Âge d’airain à Bruxelles en 1875 pour se rendre en Italie au début de l’année suivante. Il arriva à Florence en pleine commémoration du quatre-centième anniversaire de la naissance de Michel-Ange. La Casa Buonarroti, musée consacré à Michel-Ange, venait d’ouvrir au public. Rodin fut très impressionné par les travaux du Florentin exécutés lorsque celuici était encore très jeune, alors que lui-même avait déjà trente-six ans quand il fit son voyage en Italie. Il observa attentivement les tombeaux des Médicis, se rendit au Bargello, à l’Accademia, puis à Rome et Naples, où il continua à étudier les antiques. On peut dire que Michel-Ange fut le maître de Rodin. De la même façon, les mouvements des corps traduisent les passions de l’âme et montrent la musculature des figures. À son retour à Paris, Rodin se remit à L’Âge d’airain. On retrouve chez lui une énergie comparable à la terribilità de Michel-Ange. La Porte de l’Enfer, jamais finie, est comparable à bien des égards aux oeuvres de Michel- Ange. Le Penseur fait penser au Pensieroso de Michel-Ange. Cependant, Rodin a son style personnel et n’est pas un simple imitateur de Michel-Ange. On peut dire que la présence de ce dernier est implicite dans son oeuvre. Les deux sculpteurs ont ceci en commun qu’ils ont permis, chacun à leur façon, de provoquer un tournant dans la sculpture de l’art moderne, qu’ils sont tous les deux habités par la recherche de la perfection du corps humain, par une certaine fureur dans leur art. De leur vivant, ils ont tous les deux connu la célébrité, la reconnaissance de leurs pairs et une aisance financière certaine.

Palais Farnèse, façade de la cour intérieure, détail des deuxième et
troisième étages réalisés respectivement par Antonio da Sangallo le
Jeune
en 1517, et par Michel-Ange entre 1549 et 1569, Rome.

Pour en revenir à Michel-Ange et pour tenter de résumer son oeuvre, on peut dire qu’il fut un artiste de la Renaissance dans la Florence médicéenne, et baroque dans la Rome papale. Le mythe de Michel-Ange est tellement fort qu’il est l’un des artistes universellement reconnus. Un génie qui réalisa une oeuvre titanesque !  

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