Le tracé des maîtres

J’ai toujours préféré regarder le dessin à la peinture – pour la spontanéité de la ligne, l’authenticité du trait, et l’essence du talent mis a nu de l’artiste. Le dessin, c’est l’intimité, le creux de la main noirci de pierre noire, les taches et les reprises, le dessin c’est le bazar de la pensée en construction, c’est l’imperfection magnifique. Tous les ans en mars, je me régale des deux salons parisiens qui lui sont consacrés – le Drawing Now contemporain au Carrousel du Louvre, et le Salon du Dessin Ancien au Palais de la Bourse – on passe des heures dans les allées, à se demander comment tant d’expressivité peuvent être rendus avec des instruments qui, contrairement à ceux du peintre, sont à priori beaucoup plus accessibles à n’importe quel quidam qui voudrait s’essayer au gribouillis.

Raffaello Sanzio dit Raphaël, Sainte Famille. Plume et encre brune, traces de pierre noire, mise au carreau à la sanguine, 35,7 x 23,8 cm. Palais des Beaux-arts, Lille.
Raffaello Sanzio dit Raphaël, Sainte Famille.
Plume et encre brune, traces de pierre noire, mise au carreau à la sanguine, 35,7 x 23,8 cm.
Palais des Beaux-arts, Lille.

À l’origine d’un tableau de maître, donc, il y a un dessin, qui a commencé parfois en quelques traits sur une feuille qui ne paye pas de mine. Dieu sait s’il doit y avoir encore de chefs-d’œuvre oubliés au fond de bibliothèques ou de greniers – et on ne peut en vouloir à personne, si difficile qu’il est pour un œil non averti de repérer un bon dessin parmi cent autres. Bref, beaucoup de collections restent à faire et je me damnerais pour une seule petite école française du XVIIIe.

Ernest Pignon-Ernest, Étude d’hommes debout, d’après Jacopo Carucci dit Pontormo, 2013. Courtesy Galerie Lelong, Paris.
Ernest Pignon-Ernest, Étude d’hommes debout, d’après Jacopo Carucci dit Pontormo, 2013.
Courtesy Galerie Lelong, Paris.

La collection du Palais des Beaux-arts de Lille est encore exposée jusqu’au 22 juillet. Raphaël, Sandro Botticelli, Albrecht Dürer, Nicolas Poussin, Hans Holbein et Michel-Ange, on voit rarement mieux en guest stars – aussi, on a jugé bon d’exposer non loin des anciens les réinterprétations d’Ernest Pignon-Ernest,  connu principalement pour son street art. Si j’apprécie son talent engagé et sa touche figurative pas désagréable dans le paysage contemporain, je suis un peu moins sûre de la pertinence de son apparition au côté de nos éléphants du dessin.

Allez voir les Traits de génie au Palais des Beaux-arts de Lille, et  consultez les ouvrages sur Raphaël, Albrecht Dürer, Sandro Botticelli ou encore Michel Ange parus aux éditions Parkstone International.