Musique & érotisme
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 L’érotisme dans Musique & Éros

Crédit vidéo : Vidéo de Suzy Hazelwood sur une platine classique avec un disque vinyle en lecture depuis Pexels

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Musique & Éros (ISBN: 9781783108602), écrit par Hans-Jürgen Döpp, publié par Parkstone International.

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Ulysse, qui était un homme astucieux, devait protéger ses compagnons de bord contre la tentation que représentait le chant des sirènes et leur boucha, à cet effet, les oreilles avec de la cire.

Il n’entendait cependant pas pour sa part renoncer à se repaître les yeux et les oreilles de ces dangereuses créatures. Aussi se fit-il, par précaution, attacher au mât de son bateau, afin de ne pas succomber à ce chant dont les effets étaient redoutables.

Comment une sonorité pure peut-elle se transformer en un violent désir ? Comment est-il possible de s’adresser à la sensualité par le simple truchement de l’ouïe ? Pourquoi la musique joue-t-elle en amour un rôle si remarquable ? Nous nous retrouvons là à questionner l’origine de la profonde impression érotique qu’exercent le chant, la danse et la musique. Comment expliquer la magie des sonorités musicales et des rythmes ?

Arnold Schönberg évoquait autrefois « la vie instinctive » des sons. Quel rapport établir entre elle et la vie instinctive des gens ?

Franz von Bayros, Ex-libris, 1910, Musique & Éros
Franz von Bayros, Ex-libris, 1910.

Dans Les Métamorphoses d’Ovide, l’origine et la valeur de la musique nous sont présentées de façon à montrer que, dès le mythe originel, Éros et la musique sont étroitement imbriqués. Le son de la flûte de Pan est supposé atteindre l’amante perdue. Ernst Bloch, dont nous gardons ici la description en raison de sa beauté, considère ce mythe comme l’un des plus beaux de l’Antiquité.

« Pan se débattait avec les nymphes et pourchassait l’une d’entre elles, Syrinx, nymphe des bois. Réussissant à s’échapper, celle-ci se voit freinée par un fleuve ; elle implore alors les vagues, ses « liquidas sorores », de la métamorphoser. Lorsque Pan l’attrape, il ne lui reste entre les mains qu’un roseau. Tandis qu’il se lamente sur son amour perdu, le souffle du vent produit une musique dans le roseau, musique dont l’harmonie saisit le dieu. Pan casse alors le roseau, puis d’autres plus longs ou plus courts, les assemble avec de la cire, et en joue, comme l’avait fait le vent, avec cependant plus de vigueur et en signe de complainte. C’est ainsi qu’apparaît la flûte de Pan ; en jouer console Pan de la perte de la nymphe, disparue sans l’être vraiment, et qui demeure dans ses mains sous la forme d’un son de flûte. »

Ainsi trouve-t-on à l’origine de la musique un désir d’inaccessible. Dans le son de la flûte, l’absence devient présence, l’instrument, la syrinx, et la nymphe ne font plus qu’un. La nymphe a disparu et pourtant Pan l’a bien dans ses mains, sous l’aspect d’une flûte.

Marek Okrassa, Le Pianiste, 2003, Musique & Éros
Marek Okrassa, Le Pianiste, 2003.

Dans le premier chapitre sont esquissés les liens étroits qui unissent musique et désir sexuel, à la lumière de l’exemple de la « prostitution des artistes », et tels qu’ils sont mis en évidence dans différentes cultures. À travers la danse et ses rythmes nous insistons plus particulièrement sur le sensuel et le corporel.

Que la musique exerce une puissance énorme, comme nous le voyons au cours de différents chapitres, cela est démontré par toutes les tentatives de la réglementer et d’en limiter l’influence. De même, certains exemples littéraires, ceux de Léon Tolstoï, de Thomas Mann ou d’Arthur Schnitzler, nous montrent en partie le pouvoir désastreux de la musique. Que ce dernier soit aussi constamment l’écho d’une expérience antérieure, c’est ce que nous montre le chapitre orienté sur l’approche psychanalytique : la musique comme évocation de la présence d’un absent.

Avec des philosophes comme Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard, nous essayons de copier les racines aériennes de la musique, qui suffisent dans un autre monde que celui auquel nous sommes habitués. Par ailleurs, d’après les exemples de Ludwig Van Beethoven et d’Hugo Wolf, nous abordons la composition en tant que possibilité de transformer en plaisir ce voeu d’amour en permanence inassouvi.

Enfin, il n’y a pas que le jeu avec les autres qui est source de ravissement. De même, la relation à l’instrument lui-même peut, chez certains musiciens, se changer en relation amoureuse.

Rudolf Schlichter, Tingeltangel, 1920, Musique & Éros
Rudolf Schlichter, Tingeltangel, 1920.

Dans tous les cas, le fait que le corporel est à la base de l’érotisme persiste. Et pourtant, cet élément a toujours été relégué en un processus de sublimation, progressif avec le développement culturel, et ce, au profit d’une approche intellectuelle et mentale. Dans le dernier chapitre, qui se consacre à la musique et à la danse contemporaines, apparaît l’idée d’un retour au corporel, parallèlement célébré comme une « libération de la sexualité ».

Mais déjà, la recherche de l’érotisme dans la musique romantique avait tout de même permis de découvrir qu’elle est aussi l’écho de processus strictement corporels : l’écho de son propre battement de coeur, de sa propre respiration, de son propre désir.

Décrire la relation entre la musique et l’érotisme au moyen du discours ne peut se concevoir que par une prudente approche, de même que celui qui essaie de saisir entre ses doigts une étincelante bulle de savon risque de la faire exploser et de se retrouver avec les doigts collants. C’est ainsi qu’il en va de notre sujet : nous tendons au maximum le filet du langage pour ne ramener que quelques gouttes d’eau, dans lesquelles on ne retrouve plus le secret des relations changeantes. Dès lors, compte tenu de l’incompatibilité des deux langages, celui de la musique et celui des mots, nous avons dès le début établi une ligne méthodologique nécessaire à l’éclairage du sujet. Ainsi laissons-nous voler la bulle de savon : ce que nous essayons de faire consiste seulement à l’observer sous différents éclairages et dans différentes perspectives.

Alexandre Séon, La Lamentation d’Orphée, 1896, érotisme
Alexandre Séon, La Lamentation d’Orphée, 1896.

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