L’âge d’or de la peinture russe : Tradition et innovation
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Peinture Russe (ISBN: 9781783108404), écrit par Peter Leek, publié par Parkstone International.
L’intensité spirituelle des icônes, la diversité des portraits des XVIIIe et XIXe siècles, la puissance d’évocation des paysages, scènes de la vie paysanne et peintures historiques des Ambulants, le raffinement des artistes du Monde de l’Art, l’audace expérimentale du XXe siècle… Pour qui n’est pas familier de la peinture russe, sa richesse se révélera une surprise, mieux, une découverte fascinante. En réalité, la créativité des artistes russes depuis les trois derniers siècles a été telle qu’un livre de cette dimension ne peut prétendre offrir un panorama complet de leur production. Notre objectif, dès lors, sera plutôt de proposer un aperçu représentatif de la peinture russe du XVIIIe siècle au début de la période post révolutionnaire, en nous contentant, à propos des icônes, d’évoquer la richesse du patrimoine russe et, pour ce qui est de l’art soviétique, en nous limitant à un simple survol.

Bien que la peinture d’icônes fît rapidement partie intégrante de la culture russe, elle était au départ une forme d’art importée, venue de Constantinople. Le nom « icône » lui-même trahit son origine, puisqu’il s’agit d’une translittération du mot eikona qui, en grec byzantin, signifie « similitude » ou image. En 988, au terme d’un tour d’horizon des pratiques religieuses (il envoya des émissaires à l’étranger pour l’en informer), le prince Vladimir de Kiev fixa son choix sur le christianisme : il en fit la religion officielle du premier Etat russe et organisa beaucoup de baptêmes dans le Dniepr. Ensuite, quand il lui fallut construire ou redécorer les nouveaux lieux de culte, il fit appel à des architectes et des artistes byzantins. Les églises les plus grandes de la ville, le plus souvent en pierre, furent ainsi dotées de fresques et de mosaïques imposantes. Nombre d’églises, plus anciennes, étaient cependant construites en bois et ne se prêtaient guère aux décorations murales.
Là, l’imagerie religieuse prit place sur des panneaux de bois qu’on exposait généralement sur une sorte d’écran tendu entre le sanctuaire et la nef. Cet écran devint l’« iconostase », une cloison, parfois hautement sophistiquée, décorée d’icônes sur plusieurs niveaux.

La plus célèbre des icônes russes de ces premiers temps, La Vierge de Vladimir (aujourd’hui à la galerie Tretiakov à Moscou), a sans doute été réalisée à Constantinople, dans le premier quart du XIIe siècle. Son auteur est resté anonyme, comme la plupart des peintres contemporains. On sait toutefois qu’ils ne furent pas tous moines : avec le temps, des ateliers de peinture d’icônes se multiplièrent un peu partout en Russie. Et de l’époque des origines à celle de Simon Ouchakov (1626-1686), que l’on peut considérer comme le dernier maître du genre, l’art de l’icône se développa en une multiplicité de styles et d’écoles, les plus réputées étant celles de Vladimir- Souzdal, Iaroslavl, Pskov, Novgorod et Moscou.
Parmi les maîtres de l’icône, on citera Théophane le Grec (env. 1340-1405) : originaire de Constantinople, il exerça une forte influence tant sur l’école de Novgorod que sur celle de Moscou. Le plus célèbre peintre d’icône reste toutefois Andreï Roublev (vers 1370-1430), dont l’oeuvre la plus connue, La Trinité, se trouve également à la galerie Tretiakov. Ses héritiers comprennent son ami et collaborateur Daniel Cheniy (un moine, comme Roublev lui-même) et Dionysii, ou maître Denys (vers 1440-1508), un des premiers laïcs qui se consacrât à la peinture d’icônes.

A l’époque de Dionysii et de ses fils, l’art de l’icône était devenu tellement répandu qu’il s’était introduit jusque dans les habitations particulières. Les nobles et les marchands furent les premiers à les exposer chez eux, parfois dans une pièce qui leur était exclusivement réservée. Puis ce fut au tour des familles paysannes les plus aisées de les accrocher dans un krasny ugol, un « beau coin » de leur maison.
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