Félix Vallotton
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Félix Vallotton : le regard perçant des Nabis

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Félix Vallotton (ISBN: 9781783101771), écrit par Nathalia Brodskaïa, publié par Parkstone International.

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Le très singulier Vallotton. C’est ainsi que l’éditeur de La Revue blanche, Thadée Natanson, désigne son ami d’enfance. C’est un fait que Vallotton ne se dévoilait que rarement, même à ses proches amis. Dans le milieu artistique parisien auquel l’un et l’autre appartenaient, il y avait nombre de personnalités très riches, mais même parmi elles, Vallotton constituait un cas à part. Les causes en étaient non pas tant son caractère, plein de ressorts inattendus, que dans la physionomie de son fluvre. Amoureux de la peinture, Vallotton l’abandonna subitement au tout début de sa carrière pour devenir l’un des plus grands graveurs européens du tournant du siècle.

Après avoir consacré huit années à la gravure, il adopta l’une des techniques les plus délaissées : la xylographie. Homme d’une culture raffinée, reçu dans le cénacle symboliste, il créa néanmoins des fluvres accessibles à l’homme de la rue. En peinture, il mérita le titre de conservateur et de néo-classique alors même qu’il s’ingéniait à se tenir au niveau des courants les plus modernes, de la conception la plus avancée de la couleur.

Le Toast, 1902, Félix Vallotton
Le Toast, 1902. Huile sur carton, 49 x 68 cm. Collection privée, Paris.

Bien loin de choquer le public, l’artiste fut l’objet de l’attention suivie de la presse dès les premières apparitions de ses fluvres aux expositions parisiennes. Il n’y eut pas un seul critique ou historien d’art qui ne négligeât l’art de Vallotton. Ses premières fluvres furent remarquées par Claude Roger-Marx et Arsène Alexandre, Camille Mauclair et Gustave Geffroy. Dès 1898, Julius Meier-Graefe publia une monographie consacrée aux gravures de Vallotton alors que sa monographie sur Renoir ne paraîtra qu’en 1912. Pas plus les auteurs de La Revue blanche que les critiques suisses ne lui ménagèrent leurs éloges. Au début du XXe siècle, Louis Vauxcelles et Guillaume Apollinaire nous ont laissé sur lui des pages passionnantes. Même dans la lointaine Russie, où de magnifiques collections réunissant les peintres impressionnistes, Cézanne, Gauguin et Van Gogh apparurent dès le début du XXe siècle, c’est d’abord à la gravure de Vallotton que fut dédié un ouvrage de V. Chtchékatikhine. Plus d’un siècle est passé, mais l’fluvre de Vallotton n’est pas tombée dans l’oubli. F. Jourdain, G. Courthion, A. Salmon l’ont évoquée, Ch. Chassé, G. Jedlicka, F. Fels, E. Faure lui ont réservé une place de choix dans l’art du XXe siècle.

Des expositions le font connaître dans de nombreux pays du monde, des monographies lui sont consacrées, parmi lesquelles il convient de citer la somme due au collectionneur suisse H. Hahnloser-Bühler.

Le catalogue de ses gravures et lithographies a été établi par le neveu de l’artiste, Maxime Vallotton, et l’historien d’art Ch. Goerg. Il a fallu toutefois attendre la publication des trois volumes des Documents pour une bibliographie et pour l’histoire d’une fluvre de Gilbert Guisan et Doris Jakubec pour reconsidérer véritablement l’art du << très singulier Vallotton >>. Les lettres et le journal de l’artiste, les commentaires méticuleusement rédigés restituent dans le moindre détail les péripéties d’une vie de labeur, les contacts avec les amis, les liens intimes, le processus créateur et les relations avec les commanditaires. Tout en reconnaissant notre dette envers ce travail, nous proposons ici un nouvel essai consacré à cet artiste dans l’espoir qu’il permettra au lecteur de pénétrer plus avant dans son art.

Villa Beaulieu à Honfleur, 1909, Félix Vallotton
Villa Beaulieu à Honfleur, 1909. Localisation actuelle inconnue.

Je dédie à Claude Vallotton ce récit dont le héros est Félix Vallotton, qui naquit dans la merveilleuse ville de Lausanne, sur les rives du lac Léman, et qui connut la célébrité à Paris comme graveur et comme peintre. Il vécut soixante ans jour pour jour, conservant tout au long de sa vie son caractère suisse.

Lorsque le train s’échappe du tunnel, le regard embrasse un lac d’azur aussi beau qu’une mer. Des montagnes enneigées émergent du voile de brume qui s’étend entre le ciel et l’eau. Le rivage est découpé par les vignobles, rectangles irréguliers auxquels succèdent les maisons de Lausanne qui escaladent la pente. On a peine à imaginer sur terre un endroit plus beau que celui-ci. L’historien et écrivain russe Nicolas Karamzine, qui visita ses contrées au XVIIIe siècle, a ainsi chanté le Léman : << Te reverrai-je une fois encore dans cette vie, je l’ignore ; mais si les volcans ignivomes ne réduisent pas tes beautés en cendres, si la terre ne s’entrouvre pas devant toi, n’assèche pas ce lac radieux et n’engloutit pas ses rives, tu feras toujours l’étonnement des mortels ! >>

Au milieu du XIXe siècle, le jeune Léon Tolstoï écrivit sur les bords du Léman : << La beauté m’aveuglait et agissait sur moi instantanément, avec la force de l’inattendu. J’avais envie d’aimer et vivre me devenait une joie, j’avais envie de vivre longtemps, très longtemps… >>

Vase et statuette, 1911. Huile sur toile, 54 x 65 cm. Collection particulière.

Néanmoins, la fascinante beauté de ces lieux acquérait parfois pour ceux qui y étaient nés une nuance de fatalité. L’écrivain lausannois Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) a mis en lumière le caractère trompeur des montagnes : trop petit dans ce monde où elles dominent, l’homme y est constamment sur ses gardes. Les titres de ses romans sont suffisamment éloquents : La Grande Peur dans la montagne, Si le Soleil ne revenait pas. Ici, l’homme perd de son assurance, ses efforts apparaissent bien misérables, comparés à la grandeur impassible de la nature. Ces sentiments engendrent, non seulement la mélancolie, mais la dépression et le désespoir. Le délicat poète Jean-Pierre Schlunegger, natif de Vevey, se suicida en se jetant de lÊarche dÊun pont qui enjambe élégamment les rochers en surplomb au-dessus du lac. Quelque chose dans la nature de cette région produit des caractères étranges et tragiques, dont le secret résiste à toute tentative de les comprendre.

<< Entre un pays et un peuple il y a parenté >>, disait l’écrivain romantique Juste Olivier (1807-1876), qui consacra à sa patrie un ouvrage en deux volumes intitulé Le Canton de Vaud (1837-1841). Nul mieux que lui n’a analysé les particularités de cette vie qui forma cette << race d’agriculteurs, de bergers et de vignerons >>.

<< Notre vie n’est ni bruyante ni éclatante : mais si elle est sans étalage, elle est aussi sans airs trompeurs ni guindés. Elle a de la sincérité et de la vérité ; de la force, du courage, de la patience, de l’abandon, du chez-soi, de l’individualité, une grande horreur de l’affectation, les mouvements très libres, l’instinct démocratique et populaire, de la simplicité, un son très juste, une couleur très naturelle, rien de forcé, enfin une originalité particulière quoique peu sensible, dont la civilisation n’a pu effacer le trait principal, qui est un laisser-aller tranquille et reposant. >>

Aucun écrivain, musicien ou peintre dont le sort était lié au lac Léman n’est parvenu à se soustraire à l’influence qu’exerce dans une mesure plus ou moins grande la nature de ce pays et ses mflurs.

Vue de Cagnes, 1921
Vue de Cagnes, 1921. Huile sur toile, 80,5 x 60 cm. Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.

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