Au cœur de l’Iran médiéval : l’art d’une civilisation
L’Iran (officiellement la République islamique d’Iran) est un vaste pays d’importance historique situé en Asie du Sud-Ouest. Connu sous le nom de Perse jusqu’en 1935, il possède l’une des plus anciennes civilisations au monde, avec des racines culturelles remontant à plusieurs milliers d’années et comprenant des empires majeurs tels que les dynasties achéménide et safavide. L’Iran moderne est une république théocratique, créée en 1979 après la destitution de la monarchie et l’intégration de l’autorité religieuse dans la structure politique.
Sa capitale est Téhéran et sa population est d’environ plus de 90 millions d’habitants. L’Iran a une population ethnique diversifiée, comprenant des Perses, des Azéris, des Kurdes et d’autres, le persan (farsi) étant la langue officielle. Géographiquement, c’est un pays immense et principalement aride, avec d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel qui le rendent essentiel sur les marchés énergétiques régionaux et mondiaux. Penchons-nous sur l’Iran médiéval !
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Art et civilisation de la perse (ISBN: 9798894058658) écrit par Vladimir Lukonin et Anatoli Ivanov, publié par Parkstone International.
La conquête islamique de l’Iran a entrainé non seulement une transformation religieuse, mais aussi une profonde restructuration de la société iranienne. Elle a éliminé des restrictions de longue date, non seulement théologiques, mais aussi sociopolitiques. Les divisions rigides fondées sur les classes sociales de la société sassanide ont été abolies, et avec elles, le cadre idéologique zoroastrien qui avait façonné une grande partie de l’art préislamique.
Les thèmes autrefois hiératiques de l’art sassanide – les rois représentés comme des figures divines, les guerriers aristocratiques et les chasseurs imprégnés de symbolisme cosmique – ont été dépouillés de leur contenu propagandiste. Les rois sont devenus de simples rois, les chasseurs de simples chasseurs, les animaux, les oiseaux et les plantes ont retrouvé leur essence naturelle. Paradoxalement, cette simplification symbolique a élargi le vocabulaire créatif. Libéré des contraintes religieuses et idéologiques, un vaste répertoire de motifs, dont beaucoup provenaient de cultures étrangères, fut réabsorbé et réinterprété. L’art médiéval iranien, comme celui du monde médiéval en général, privilégia de plus en plus l’ornementation, le rythme et l’abstraction.

Pourtant, la culture iranienne ne s’est pas simplement dissoute dans une culture islamique généralisée. Au contraire, à partir de la renaissance culturelle iranienne des Xe et XIe siècles, l’influence persane s’est développée à tel point que la nouvelle langue persane est apparue comme la deuxième langue littéraire de l’islam, aux côtés de l’arabe. Sous l’influence iranienne, l’islam s’est développé pour devenir une civilisation véritablement multilingue et multinationale.
Dans ce contexte, la région du Khorasan a joué un rôle central. Au cours des VIIe et IXe siècles, cette vaste province orientale, qui englobait une partie du nord est de l’Iran actuel, le sud du Turkménistan et le nord ouest de l’Afghanistan, est devenue le creuset de la formation de la culture islamique iranienne.
L’une des premières conséquences visibles de la conquête arabe fut une migration massive des populations arabes vers les centres urbains iraniens. De nombreux camps militaires se transformèrent en villes. Au Xe siècle, les Arabes formaient la majorité de la population dans des villes telles que Qom.
La propagation de l’islam et de la langue arabe suivit de près. Au cours des deux premiers siècles de la domination islamique, le Khorasan fut le théâtre de la transformation de la religion tribale des Arabes en une foi plus universelle, l’islam, religion d’un vaste califat multiethnique. Parallèlement, l’arabe du Coran et des premières tribus arabes évolua pour devenir une langue littéraire. Les convertis persans jouèrent un rôle clé dans cette transformation linguistique et théologique. La région contribua également au développement du chiisme, en particulier de sa branche ésotérique, l’ismaïlisme, qui allait avoir une influence durable sur la pensée religieuse iranienne.

Un autre développement crucial de l’époque abbasside fut l’intégration officielle des Perses dans l’ordre religieux et politique islamique. Auparavant, sous les Omeyyades, la communauté islamique en Iran était majoritairement arabe, et les Perses convertis étaient considérés comme des musulmans de seconde zone. La révolution abbasside contribua à mettre fin à cette stratification. De nombreux dihqans, membres de l’ancienne aristocratie sassanide, se convertirent à l’islam tout en conservant, voire en renforçant, leur statut et leur influence.
L’émergence de la nouvelle littérature persane au cours de cette période a constitué un tournant culturel majeur. L’expression littéraire persane, ancrée dans de riches traditions orales et poétiques, est devenue le fondement sur lequel s’est développé un art figuratif typiquement persan. Les conditions préalables étaient déjà réunies : la complexité narrative et la stylisation de l’art visuel sassanide tardif, les traditions murales durables dans l’est de l’Iran et en Asie centrale, et l’influence de l’iconographie chrétienne des provinces orientales de Byzance.
Il est important de noter une distinction fondamentale entre l’art de l’Iran médiéval et celui de l’Europe contemporaine. Dans l’art médiéval occidental, avant la Renaissance, les sujets principaux étaient religieux : Dieu, les saints, les miracles et l’histoire sacrée. Dans l’art persan, en revanche, c’était la figure humaine, dans toutes ses dimensions narratives, poétiques et héroïques, qui occupait le devant de la scène. Ses thèmes ne s’inspiraient pas de la théologie, mais des épopées nationales et de la littérature lyrique : rois légendaires, guerriers, poètes, amants. Les prophètes et les saints n’apparaissaient que sporadiquement.

À l’aube du califat, les formes d’art traditionnelles, telles que la métallurgie, les sceaux, la décoration en stuc, les textiles et la monnaie, conservèrent dans un premier temps leur iconographie. Les premiers souverains islamiques, par exemple, continuèrent à frapper des pièces de monnaie dans le style sassanide, en superposant simplement l’image du roi à la profession de foi islamique : « Au nom d’Allah ». Certaines pièces représentaient même le souverain dans ses atours sassanides, préservant ainsi une continuité visuelle tout en affirmant le changement religieux.
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