Margaretha Reichardt, Dolls from the preliminary course with Josef Albers, 1926, Bauhaus, Michael Siebenbrodt, Lutz Schöbe
Art and Design,  Français

Bauhaus : une expression d’une utopie générationnelle et d’une société

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Bauhaus (ASIN: B016XN121I), écrit par Michael Siebenbrodt et Lutz Schöbe, publié par Parkstone International.

Le Bauhaus fut l’un des courants artistiques et culturels les plus forts et les plus retentissants du 20eme siècle. Aucun doute n’est permis à ce sujet. En effet, la réception du Bauhaus est aujourd’hui un phénomène de dimension mondiale ; il est ancré dans la conscience universelle. Ce courant est généralement tenu en grande estime. Mais, selon l’intérêt qu’on lui porte, il est tantôt mythifié, tantôt dénoncé. Néanmoins, la reconnaissance et la considération prédominent dans l’opinion. Les œuvres des artistes du Bauhaus sont exposées dans les grands musées à travers le monde et suscitent toujours incontestablement attrait et admiration. Les enseignements du Bauhaus sur la création artistique, même considérés hors de leur contexte global, jouissent d’un inaltérable respect, tant dans les nombreuses et célèbres institutions de formation spécialisées en architecture et en art, que dans les cours d’initiation à l’art dans les établissements scolaires. Les produits du Bauhaus ont promu à bas prix les nouveaux classiques du design ; ainsi, les meubles en tubes d’acier de Marcel Breuer. Les constructions du Bauhaus ont participé à l’écriture de l’histoire de l’architecture et font aujourd’hui partie de l’héritage culturel de l’humanité ; il en est ainsi des constructions de Weimar et de Dessau.

Le Bauhaus est entré dans l’histoire de l’art comme école d’art moderne. Près d’un siècle après sa fondation, le Bauhaus est toujours aussi moderne. Son succès est évident en matière de théorie architecturale, ainsi que dans l’exploration du fonctionnalisme – un type de design étroitement lié au Bauhaus. L’intérêt que lui portent de nombreuses institutions, les expositions régulières, le volume important et continu de publications, ainsi que l’attention des médias en attestent. La création d’un homme nouveau pour une société nouvelle, plus humaine, était le véritable objectif du Bauhaus. D’un point de vue historique, ce projet est inachevé. Est-ce que l’on devrait comprendre l’intervention du philosophe et sociologue Jürgen Habermas, dans son texte intitulé, Le Moderne comme projet inachevé, de la même facon ?

Walter Gropius, Manifeste et programme du Bauhaus d’État à Weimar, page de texte, 1919, Bauhaus, Michael Siebenbrodt, Lutz Schöbe
Walter Gropius, Manifeste et programme du Bauhaus d’État à Weimar, page de texte, 1919

Cet ouvrage propose un aperçu assez général de l’histoire du Bauhaus. Les sources proviennent aussi bien de la quantité de publications existantes sur ce thème, que des publications des auteurs de cet ouvrage. Il ne s’agit pas tellement d’adopter un point de vue contemporain et de soumettre le Bauhaus à la critique, mais de présenter simplement les faits marquants et de les resituer dans leur contexte, sans chercher à être exhaustif. C’est pourquoi cet ouvrage s’adresse davantage au lecteur intéressé qu’au spécialiste érudit. Il suffirait qu’il contribue à redresser les idées reçues ou à combler la connaissance partielle d’une œuvre reflétant l’harmonie, l’absence de contradictions et de conflits, le progrès et la rupture avec la tradition.

L’ouvrage présente les précurseurs du Bauhaus et les conditions qui ont mené à sa fondation. L’organisation interne de l’école, ses lieux de situation, à Weimar, à Dessau et à Berlin, ainsi que la vision de ses trois directeurs, Walter Gropius, Hannes Meyer et Ludwig Mies van der Rohe sont exposés. Sont ensuite présentés les enseignements et la formation au Bauhaus et les principaux cours. Les ateliers du Bauhaus et leur organisation respective, la diversité des réalisations ainsi que les modifications apportées par les différents directeurs retiendront également l’attention. Enfin, de brefs chapitres élargiront le champ d’exploration à l’architecture, la photographie et les arts plastiques au Bauhaus. Enfin, un éclairage est porté sur le rayonnement et la perception du Bauhaus, de ses débuts à nos jours.

Herbert Bayer, projet pour l’affiche de l’exposition Bauhaus, 1923, Bauhaus, Michael Siebenbrodt, Lutz Schöbe
Herbert Bayer, projet pour l’affiche de l’exposition Bauhaus, 1923

Un soin tout particulier a été apporté au choix et à la dispostion des images. Les photos qui accompagnent le texte ont pour objet d’illustrer les relations, les liens, les influences réciproques et les évolutions de la production au sein des ateliers du Bauhaus, créant ainsi une passerelle visuelle vers les concepts du Bauhaus, pour le lecteur.

Le 25 juillet 1914, quelques jours après le début de la Première Guerre mondiale, l’artiste belge Henry van de Velde remit au grand-duc de Weimar sa lettre de démission en tant que directeur de la Großherzogliche Kunstgewerbeschule (école d’arts décoratifs du grand-duché) et vit son contrat arrêté le 1er octobre 1915, date à laquelle l’école devait fermer ses portes. Van de Velde recommanda au ministère d’Etat du grand-duché de Saxe, pour sa succession, les architectes allemands August Endell (1871- 1925) et Walter Gropius, ainsi que le sculpteur suisse Hermann Obrist (1863- 1927). Le peintre et directeur de l’école supérieure du grand-duché de Saxe des arts plastiques à Weimar, Fritz Mackensen (1866-1952), et Walter Gropius entretenaient depuis octobre 1915 une correspondance intense, relative à la création d’un département annexe d’architecture et d’arts appliqués, dont Gropius devait être nommé responsable. Un entretien personalisé à Weimar, durant le mois de décembre, lui permit d’obtenir une audience auprès du Grand-duc. Le 25 janvier 1916, Walter Gropius transmit, à la demande du ministère d’Etat de Weimar, ses Propositions de fondation d’une institution d’enseignement chargée notamment de consultations pour l’industrie, les corps de métier et l’artisanat. Un an plus tard, la commission des professeurs de l’école supérieure fit parvenir au ministère de l’Etat une requête contenant des propositions de réformes destinées, en particulier, à compléter les programmes d’enseignement dans les domaines de l’architecture, des arts décoratifs et du théâtre.

Walter Gropius, bâtiment du Bauhaus à Dessau, vue aérienne Junkers, 1926, Bauhaus, Michael Siebenbrodt, Lutz Schöbe
Walter Gropius, bâtiment du Bauhaus à Dessau, vue aérienne Junkers, 1926

La révolution qui fut déclenchée le 3 novembre 1918 en Allemagne, s’étendit le 8 novembre à Weimar. Le 9 novembre, le social-démocrate Philipp Scheidemann (1865-1939) proclama au Reichstag la « république allemande ». Deux heures plus tard au château de Berlin, Karl Liebknecht proclama la « république socialiste libre ». L’empereur et tous les souverains allemands abdiquèrent sans bouleversements sociaux majeurs.

Le 3 décembre 1918 eut lieu, à Berlin, la première réunion du Novembergruppe (groupe de novembre). Cette association d’artistes et d’architectes, tels que Lyonel Feininger (1871-1956), Wassily Kandinsky, Walter Gropius et Ludwig Mies van der Rohe, mais aussi Max Pechstein (1881-1955), Otto Dix (1891-1969), George Grosz (1893-1959) ou Hans Poelzig (1869-1936) voulait contribuer à l’instauration de la jeune république. Simultanément, le Arbeitsrat für Kunst (conseil du travail pour l’art) se consituait et au sein de celui-ci, se trouvait un groupe de travail qui avait pour mission la réforme de l’éducation. Ce dernier était sous la direction de l’architecte Otto Bartning (1883-1959), avec la participation de Walter Gropius. La question centrale était l’instauration de l’égalité des chances pour tous dans le cadre d’une école, regroupant les différents cursus, associée à l’idée d’apprentissage. La priorité fut accordée à la réforme des écoles d’art. Le manifeste et le programme du Bauhaus de Walter Gropius reflétait, dans l’ensemble, ces débats. Dans son manifeste paru en 1919 figure une gravure sur bois de Feininger. La fusion de toutes les disciplines artistiques du bâtiment, associées à l’artisanat et aux ateliers, unité de base de la formation, constituait le thème central de ce programme. Les contremaîtres, les ouvriers et les apprentis du Bauhaus devaient ainsi « entretenir un contact étroit » avec l’industrie et la vie publique. Ils étaient encouragés à tisser, entre eux, des liens amicaux, de plus, ils étaient appelé à assister à des pièces de théâtres, à des conférences et des concerts et à « faire de ces rencontres un joyeux cérémonial ».

Walter Gropius, maisons de maître à Dessau, vue du nord-ouest, 1925/26
Walter Gropius, maisons de maître à Dessau, vue du nord-ouest, 1925/26

Un symbole particulier de ce renouveau fut la première marque du Bauhaus, Sternenmännchen (le petit bonhomme des étoiles), grâce auquel l’étudiant Karl Peter Röhl (1890-1975) gagna le concours d’étudiants. L’abstraction de l’homme esquissé au centre sous forme de traits, les bras levés, est à la fois un emprunt conscient à la représentation de l’homme idéal dans un cercle et dans un carré, de Léonard de Vinci (1452-1519), et de la double rune à l’effigie homme/femme utilisés par les anciens peuples de langues germaniques, symbolisée par une tête de forme circulaire, dont le contraste noir et blanc n’est autre que le summum de l’abstraction du yin et du yang chinois. Cet homme, emblème du Bauhaus, porte au-dessus de lui une pyramide, symbole antique de l’unité sociale, artistique et religieuse. Il est entouré d’un cercle solaire, – sous la forme d’une svastika, symbole bouddhiste du bonheur –, ainsi que d’un cercle lunaire et d’une étoile. La variété des cultures et des religions du monde formait le socle humaniste de la vision futuriste du Bauhaus

En savoir plus sur :

Stiftung Bauhaus Dessau

Klassik Stiftung Weimar/Bauhaus-Museum Theaterplatz

Bauhaus-Museum Weimar Am Theaterplatz

Zentrum Paul Klee Bern

The Josef and Anni Albers Foundation

Busch-Reisinger Museum

The Moholy-Nagy Foundation

Misawa Bauhaus Collection

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