Louis Comfort Tiffany : Maître du verre, avant-gardiste du design
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Louis Comfort Tiffany (ISBN: 9781781609866) écrit par Charles De Kay, publié par Parkstone International.
« Je me suis toujours efforcé de fixer la beauté dans le bois, la pierre, le verre ou la poterie, dans la peinture à l’huile ou l’aquarelle, en utilisant le moyen le plus convenable à ce qui a été mon credo, l’expression de la beauté. » – Louis Comfort Tiffany
Pendant ses voyages en Angleterre, en France, en Allemagne, et en Italie, un peintre possédant un sens pour les couleurs ne pouvait qu’être saisi par les vitraux modernes produits en Europe, manquant de la qualité fondamentale qui les séparerait de la mosaïque, de la peinture murale, qualité sans laquelle le vitrail n’aurait que peu de raisons d’existence. Pour comprendre la déplorable froideur de ce verre, on pourrait la mettre sur le compte des ciels gris du nord de l’Europe, de l’atmosphère sombre des grandes villes, détournant les habitants de la « faible lumière religieuse » que les cathédrales privilégièrent au temps de la splendeur de l’architecture gothique.

Des raisons purement pratiques pourraient avoir causé l’introduction graduelle de teintes peu saturées, particulièrement dans les châteaux, les lieux de réunions des corporations, les mairies, les bibliothèques, et les autres lieux où il était nécessaire d’avoir assez de lumière pour lire. Mais ce n’était pas la seule raison. Une cause plus profonde était le manque d’artistes possédant un sens de la couleur, qualité qui ne saurait s’apprendre, qui existe ou non chez un homme, qui semble biologiquement inhérente à l’oeil. Les coloristes sont des hommes à part. Soudainement ils apparurent en Hollande et favorisèrent une grande époque artistique. Au milieu du XIXe siècle ils apparurent avec Delacroix et l’école de Barbizon en France. Mais ils furent toujours critiqués par les artistes et les critiques ne possédant pas l’oeil, et ne voyant la nature qu’à travers ses contours et non ses couleurs. Représentant la majorité, ses derniers persuadèrent le public que la couleur ne comptait pas pour beaucoup et que la balance penchait du côté de la forme. Et ils étaient totalement honnêtes et convaincus du bien fondé de leur opinion. Lentement, cependant, le public se rendit compte que pour des oeuvres d’art comme la peinture, l’ingrédient le plus important était la couleur.
Considérons un instant la différence pour le regard entre la surface solide d’une toile encore assombrie par la peinture, et la transparence d’un matériau à travers lequel la couleur se disperse s’il est placé à la lumière !
Revenant aux États-Unis où le ciel et l’atmosphère, en été comme en hiver, semblent nous demander de nous protéger les yeux d’un excès de brillance et de privilégier l’intérieur, Louis Tiffany ne put que réaliser qu’il résidait là un domaine négligé, ou plutôt mal desservi, de l’art en Europe, et qu’il pouvait offrir au Nouveau Monde de nouveaux merveilleux champs de recherche.

Les premières fenêtres furent produites en vannerie, en treillage ou en pierres à jours, en peau ou en plaque de glace (dans les régions polaires), en corne, en albâtre finement travaillé, et enfin en verre. Et le premier verre fut probablement accidentellement fabriqué par un potier en quête d’une glaçure pour rendre ses vases imperméables. Cette glaçure façonnée à la main comme l’argile, puis soumise à la chaleur du four, constitua la première vaisselle de verre. Que les Byzantins disposaient de fenêtres de verre de petites dimensions est quasi-certain, mais les fenêtres telles que nous les connaissons doivent être portées au crédit des pays d’Europe du Nord, non aux Méditerranéens. S’ils n’inventèrent pas les vitraux ecclésiastiques, qu’ils empruntèrent vraisemblablement aux héritiers de l’Empire grec après les Croisades, il est possible qu’ils diffusèrent l’utilisation du verre pour les fenêtres ordinaires, poussés par le climat qui, tout du moins en hiver, exige une pièce fermée éclairée depuis l’extérieur.
La linguistique nous donne un indice. Le mot glass (anglais pour « verre ») appartient aux langues teutoniques et a été mêlé aux mots glow (« éclat ») et glare (« éblouissement »), comme s’il signifiait « chose brillante ». Mais les Celtes, qui précédèrent les Teutons en Europe, possèdent les mêmes mots pour désigner une couleur. L’Irlandais glas signifie gris ou bleu gris, comme l’acier. Le Gallois glass signifie « bleu, gris verdâtre ». Glaukos, « brillant » est un proche parallèle grec. Un mot similaire pour l’ambre dans la langue teutonique est entré dans le latin tardif sous la forme glesum. Nous pouvons imaginer que le verre le plus précoce importé par les Phéniciens au nord de l’Europe était un genre de bouteille de verre aux tons gris-bleu qui fut appelé la « chose bleue grise » par les Celtes, qui donnèrent le mot aux tribus teutoniques. Dès que le verre fut fabriqué en Europe, il était naturel que ceux qui pouvaient s’offrir ce luxe substitueraient à son profit le parchemin ou la corne utilisés par les civilisations primitives pour laisser entrer la lumière tout en se protégeant du froid extérieur.

Originellement, nous devons le soutenir par analogie, les fenêtres ou les grilles servant d’ouverture vers l’extérieur étaient contraintes par les matériaux à laisser peu de lumière pénétrée, sans permettre aux personnes à l’intérieur d’observer le dehors. Le verre transparent est une invention tardive. Donc, quand les vitraux se développèrent en Europe, ils rencontrèrent une population indifférente car peu habituée à la commodité d’un verre transparent. Les lourds plombs et les épaisses vitres sombres des vieilles cathédrales, comme celle de Chartres, de Beauvais, de York, etc. ont émerveillé leurs yeux tandis que la faiblesse de la lumière qui les traversait ne les pas gênés. C’est un point que ceux qui étudient les vitraux anciens et modernes devraient se souvenir. En Europe, il y avait de la beauté dans la couleur des fenêtres avant les vitres claires, sans teintes, transparentes comme l’air.
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