L’histoire du dernier tsar de Russie – Du trône au crépuscule
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Le Dernier Tsar (ISBN: 9798894052465), écrit par Larissa Yermilova, publié par Parkstone International.
Le tsar Alexis introduit en Russie la manufacture de la soierie et de la toile, il fait restaurer les églises et les monastères, crée des fonderies, fait agrandir et embellir la ville de Moscou.
Le “Très-tranquille” tsar règne trente ans et cinq mois. Il meurt le 29 janvier 1676 et est enterré en la cathédrale épiscopale de Moscou. Marié deux fois, il a deux fils, Fédor et Ivan, de sa première femme Marie Miloslavski et un autre fils, Pierre, de sa deuxième femme Nathalie Narychkine.
Sur son lit de mort, le tsar donne sa bénédiction paternelle à l’aîné de ses fils, son successeur sur le trône. Le jeune tsar Fédor Alexéevitch (il règne de 1676 à 1682) a une santé fragile. Deux clans s’affrontent alors pour contrôler le pouvoir : d’une part la parenté de sa mère, les Miloslavski, et de l’autre les Narychkine, parents de sa belle-mère. Finalement, les Miloslavski s’imposent aux Narychkine. Nathalie Narychkine, veuve du tsar Alexis, doit quitter le Kremlin et se réfugie avec le petit Pierre à Préobrajenskolé, village situé non loin de Moscou.

La quatrième fille du tsar Alexis, Sophie, prend alors la tête du clan Miloslavski. Intelligente et décidée, elle est extrêmement ambitieuse. Toutes les filles d’Alexis Mikhaïlovitch ont été formées et éduquées sous la direction de Siméon Polotski, écrivain partisan des idées nouvelles venues de l’Ouest européen. Sophie, sa meilleure élève, décide à la mort de son père de monter sur le trône. Le tsar Fédor Alexéevitch meurt le 27 avril 1682. A partir de ce jour, Sophie engage une lutte acharnée, marquée par de nombreuses collisions dramatiques, pour le pouvoir dynastique. L’héritier légitime est son frère Ivan, suivi de Pierre. Or, Ivan, gravement malade, ne peut assurer la succession. Le cas étant litigieux, l’Assemblée des zemstvos est réunie. Celle-ci décide de placer sur le trône Pierre, qui n’a que dix ans. Or Sophie, qui entre temps a su se gagner les streltsy (soldats de la garde), les incite à se soulever contre les Narychkine. Les streltsy séditieux, du haut d’un perron du palais, précipitent sur la pointe de leurs lances le boyard Matvéev et les deux oncles de Pierre, Afanassi Narychkine et Ivan Narychkine. Le jeune Pierre est témoin du massacre. Prise de peur, la Douma des boyards décide de satisfaire les exigences des streltsy. Les deux frères, Ivan et Pierre, sont déclarés héritiers. Etant donné leur jeune âge, on confie la régence à Sophie. Les streltsy et leur chef, le prince Khovanki, vont grossir le parti des vieux-croyants. Alors Sophie, changeant brusquement d’attitude à leur égard, les met hors d’état d’intervenir dans les affaires de l’Etat. En la personne du prince Golitsyne, Sophie trouve un ami dévoué et un précieux auxiliaire. Golitsyne, homme instruit parlant le latin et le polonais, se propose de créer une armée régulière et d’abolir le servage en libérant les paysans nantis de leur lopin de terre. Il entreprend deux campagnes contre les Tatars de Crimée, mais sans grand résultat.
Avec le temps, Pierre, devenu majeur et ayant épousé Eudoxie Fédorovna Lopoukhine n’a, de l’avis général, plus besoin de la tutelle de sa soeur. Cette dernière cherche alors le prétexte qui lui permettrait de se défaire de son frère. Pour se soustraire au danger, Pierre va se réfugier à la Laure de la Trinité Saint-Serge, où il réunit les troupes qui lui restent fidèles. Le régiment de fantassins étrangers commandé par le général Gordon se rallie également à sa cause. Pierre s’entend avec son frère Ivan pour régner à deux, sans la tutelle de Sophie, et fait enfermer cette dernière au couvent Novodévitchi.
La personnalité de Pierre Ier frappera l’imagination de ses contemporains et passera à la postérité. Il offre au peuple russe l’image d’un monarque maître d’oeuvre et grand travailleur, délaissant volontiers sa couronne et la pourpre pour la hache du charpentier. Administrateur habile et énergique, Pierre apprécie les initiatives justes et hardies, et sait tirer parti d’une opinion judicieuse, fût-elle critique.

L’action et l’oeuvre de Pierre influent puissamment sur les destinées de la Russie. Pierre Ier estime que l’abandon au XVIIe siècle du littoral de la Baltique est une lourde perte pour l’Etat moscovite, qui coupe la Russie des peuples d’Occident. La victoire de Pierre Ier dans la guerre contre les Suédois (1700–1721), la reprise des terres conquises par la Suède et la fondation de Saint-Pétersbourg, devenu une nouvelle capitale sur la Baltique, forcent le respect de l’Europe qui découvre une Russie forte et unie.
Ces rapides succès militaires et l’expansion consécutive de la Russie permettent l’union des deux moitiés de l’Europe, auparavant séparée de la partie est et de la partie ouest, au profit de leur activité commune grâce à la participation des slaves représentés par le peuple russe. “Les slaves peuvent prendre alors une part active à la vie de l’Europe”, c’est en ces termes que l’historien Soloviev appréciait l’époque. Caractère inflexible et doué d’une volonté de fer, Pierre Ier s’efforce de hisser son pays au niveau des Etats européens. Afin d’accélérer ses réformes, il use de mesures coercitives : dans le domaine militaire, il crée une armée régulière, une flotte de guerre et instaure un nouveau système régulier d’instruction publique qui change de fond en comble la vie traditionnelle.
“De nouveaux principes régirent l’ordre politique et civique du peuple. Sur le plan politique, l’initiative de la société fut éveillée par l’introduction de la gestion collégiale, de l’éligibilité et de l’autogestion dans les villes. La pratique de la prestation de serment, non seulement au monarque, mais aussi à l’Etat, rendit le peuple sensible, pour la première fois, à la véritable signification de l’Etat. Dans la vie civile et privée, des mesures furent prises pour protéger l’individu : celui-ci fut libéré des entraves de la règle gentilice par la prise en considération exclusive, par Pierre, du mérite personnel, par l’instauration de l’impôt individuel, par l’interdiction des mariages sous la contrainte paternelle ou selon le caprice du seigneur, par la possibilité donnée aux femmes de s’émanciper de la prison familiale” constate encore Soloviev.

Mais le peuple n’est pas à même d’apprécier la signification de ces réformes à leur juste valeur. Plusieurs émeutes éclatent sous le règne de Pierre Ier et sont sévèrement réprimées, notamment celles des streltsy, l’émeute d’Astrakhan et le soulèvement de Boulavine. Tout en percevant clairement les impératifs politiques et les objectifs étatiques de la Russie, Pierre ne veut pas tenir compte des normes éthiques et du mode de vie traditionnel de ses compatriotes. Son oeuvre rénovatrice apparaît aux yeux du peuple comme une atteinte aux us et coutumes populaires. Une rupture se produit alors entre les couches supérieures et inférieures de la société, dont les aspirations divergent foncièrement. Klioutchevski note à ce sujet : “La réforme n’avait pas d’assise solide dans les masses populaires, et, sous ce rapport, elle reposait sur un terrain mouvant et inconsistant.” Poussé en ses extrémités par le travail forcé, au profit de l’Etat, qui lui est imposé, le peuple ne comprend pas l’objectif de l’oeuvre réformatrice du tsar.
Les réformes de Pierre Ier transforment profondément la vie russe. I. Nepliouev, un diplomate de grande réputation, notait dans ses mémoires : “Ce monarque a hissé notre patrie à un niveau comparable avec les autres, il leur a fait comprendre que nous sommes aussi des humains ; bref, en Russie, où que se tourne le regard, il est à l’origine de toute chose et dorénavant, quoi qu’on fasse, on puisera toujours à cette même source. La Russie (…) a rejoint la société des peuples politisés.” Comme le disait le célèbre poète russe Fédor Tioutchev, une main puissante “écarta le rideau et l’Europe de Charlemagne se trouva face à face avec l’Europe de Pierre le Grand”.

(A suivre)
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