Dans l’univers sombre et magnifique de Mikhaïl Vroubel
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Mikhaïl Vroubel (ISBN: 9798894052502), écrit par Mikhaïl Guerman, publié par Parkstone International.
« Le passé regarde passionnément vers l’avenir. » – Alexander Blok
L’artiste Sergueï Soudeïkine a rappelé que, bien que la salle Vroubel du Salon d’Automne de 1906 à Paris soit presque toujours déserte, Pablo Picasso s’y tenait pendant des heures. Une telle attention portée à un artiste russe totalement inconnu en France de la part d’un homme qui, encore jeune, s’était déjà forgé une réputation d’audacieux bousculeur de principes est une preuve concluante de l’amorce d’un nouveau dialogue entre l’Occident et la Russie.

Dans son pays d’origine, rares sont ceux qui reconnaissent en Vroubel un artiste au talent exceptionnel. De son vivant, il a été mal compris et peu apprécié. Au début du XXe siècle, la peinture russe commençait à être prise au sérieux, non seulement en Russie même, et non seulement par les artistes en vogue que l’on appelait “futuristes” (en d’autres termes, les futurs représentants de l’”avant-garde classique”), mais aussi par ceux qui se tenaient à l’écart de tous les mouvements dominants. La culture russe a longtemps, et à juste titre, été très respectée en Europe occidentale comme étant principalement une culture de l’écrit, une culture littéraire. Depuis l’époque de Tourgueniev, la littérature russe occupait une place sérieuse dans l’esprit des lecteurs éclairés.

L’art de Vroubel a toujours été en contradiction avec son époque. Ses peintures et ses dessins témoignent d’une individualité profonde et brûlante, d’un symbolisme multiforme (souvent grandiloquent), de l’ennui affecté de l’Art nouveau, de la haute tradition, mais aussi du conformisme évident d’un peintre de salon. Si son art est clairement de son temps, lui rendant parfois hommage, jusqu’à l’excès, il est enraciné dans la tradition classique tout en étant paradoxalement tourné vers l’avenir. Il combine l’attitude philosophique et la tension morale, inhérentes à la culture russe, avec des recherches audacieuses de nouveaux moyens d’expression formelle, ce qui est rare dans l’art russe. À une époque où l’appartenance à un groupe ou à un autre et l’adhésion à une plate-forme ou à une autre étaient la norme, la loyauté de Vroubel était purement personnelle.
Comme Gogol, Alexandre Ivanov et Dostoïevski, Vroubel n’a jamais réalisé la grande oeuvre dont il a rêvé toute sa vie : le grand Démon. En général, il a laissé relativement peu d’oeuvres achevées, et la plupart d’entre elles ne sont guère dignes de son génie. Peut-être était-ce une période où un artiste comme Vroubel s’exprimait davantage dans le processus de création que dans les peintures elles-mêmes.

Explorons notre collection d’art russe :









