Tu as rêvé de quoi cette nuit ?

Je passais quelques jours chez une amie à Aix-en-Provence et tous les matins sans faute, la tête encore embrumée par le sommeil, elle me posait cette question.

Tu as rêvé de quoi ? Comme si les rêves faisaient partie intégrante de notre journée, se présentant comme la continuité des évènements quotidiens. La vie réelle, puis notre seconde vie, secrète, rêvée.

Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon, ©2013. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali
Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon, ©2013. Photo Scala, Florence – courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

On attribue aux rêves une notion de mystère, un monde fabuleux duquel on s’arrache parfois péniblement ou au contraire qui nous réveille en sursaut.

Seulement, raconter ses rêves relève parfois de l’exploit : il nous appartient dès que l’on ouvre les yeux, mais parfois un pied hors du lit suffit pour qu’il nous échappe.

D’autres fois, un rêve oublié laisse néanmoins une sensation, un sentiment ou même comme un gout sur la langue tout au long de la journée, sans que l’on sache si il s’agit d’une impression positive ou non.

En peinture, certains tableaux sont à mon sens le reflet du Rêve avec un grand r, mais aussi peut-être parce qu’ils renvoient à ma propre expérience. Comme cette œuvre de Magritte :

René Magritte, La Grande Guerre, 1964
René Magritte, La Grande Guerre, 1964

On peut tout à fait imaginer cette femme déambuler dans nos esprits endormis. On ne l’apercevrait seulement de dos, avant qu’elle ne se retourne, et n’expose ce visage en bouquet de fleurs. Ou bien Magritte a cherché à montrer comment dans les rêves, on peut ressentir la présence d’une personne sans que, bien souvent, on ne puisse l’identifier. Malgré des efforts incessants pour tenter de voir le visage de la personne, il est impossible de lever les yeux vers elle, ou bien elle se retourne continuellement, s’enfuit, change de visage sans arrêt…

Le Musée du Luxembourg explore les rêves dans l’art à travers l’exposition La Renaissance dans l’Art, qui regroupe les œuvres les plus effrayantes de Hieronymus Bosch, aux plus sublimes Vénus endormies et autres allégorie de la nuit.

École de Jérôme Bosch, La Vision de Tondal, 1520-1530. Huile sur bois, 54 x 72 cm. Madrid, Fundación Lázaro Galdiano.  © Museo Lázaro Galdiano. Madrid
École de Hieronymus Bosch, La Vision de Tondal, 1520-1530. Huile sur bois, 54 x 72 cm. Madrid, Fundación Lázaro Galdiano.
© Museo Lázaro Galdiano. Madrid

Une œuvre de Bosch correspond en effet aux visions les plus traumatisantes de nos cauchemars avec des vues de fin du monde, peuplées de personnages démembrés ou mi- humain mi- animal aux traits déformés par la souffrance.

Les  toiles de Bosch sont-elles cependant l’expression de ses rêves et de ses peurs ? Est-ce que si n’importe lequel d’entre nous prenait un pinceau après avoir fait un cauchemar, notre vision serait-elle aussi apocalyptique ?

Tu as rêvé de quoi cette nuit ? Le Musée du Luxembourg nous pose également la question avec l’exposition « La Renaissance et le Rêve »  jusqu’au 26 janvier à Paris. Vous pouvez également retrouver les œuvres de Jérôme Bosch dans le très bon ouvrage publié par Parkstone International au nom prometteur d’Apocalypse. Parkstone International a également consacré l’intégralité d’un ouvrage à l’OEuvre de Hieronymus Bosch.