Femme endormie, vers 1792
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Goya : Sang, Tragédie et l’Espagne éternelle

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Goya (ISBN: 9781644618479) écrit par Sarah Carr-Gomm, publié par Parkstone International.

L’habileté de Goya en tant que portraitiste réside dans sa capacité à saisir la personnalité de son modèle plutôt que de s’astreindre à réaliser une copie conforme. Ses talents de portraitiste furent acclamés dès le début de sa carrière et la protection royale lui assura une succession ininterrompue de commandes. Plus de 200 de ses portraits existent toujours, une vaste production, même à l’apogée de l’art du portrait, et ils offrent une étude complète de la société espagnole de cette époque.

La Duchesse d’Osuna (Comtesse-Duchesse de Benavente), 1785, Goya
La Duchesse d’Osuna (Comtesse-Duchesse de Benavente), 1785. Huile sur toile, 104 x 80 cm, Bartolomé March Severa, Madrid.

Goya a transmis à la postérité les portraits de trois rois successifs et de leurs familles, de leurs courtisans et de nombreux aristocrates espagnols. Il peignit également des potentats politiques, parmi lesquels des hommes d’Etat, des penseurs libéraux et des officiers de l’armée qui ont contribué à former l’histoire de l’Espagne; il peignit aussi ses amis et connaissances.

L’influence de Vélasquez

Goya voua une grande admiration aux tableaux de Diego Vélasquez (1599-1660), l’éminent portraitiste espagnol du XVIIe siècle. En 1774, on le pria de dessiner des cartons de tapisserie à l’intention du futur roi Charles IV, ce qui lui donna l’occasion d’étudier les chefs-d’oeuvre de Vélasquez dans les collections royales. Quatre ans plus tard, Goya imprima onze gravures réalisées d’après Vélasquez, les premières reproductions des oeuvres de Vélasquez jamais réalisées. Parmi elles, Le Prince Baltasar Carlos et Les Ménines. Dans Les Ménines (ou « les demoiselles d’honneur »), tableau peint par Vélasquez en 1656, le petit personnage de l’infante Dona Margarita est placé au centre de la composition. Cependant, Vélasquez a renversé de façon ingénieuse le centre d’attention du tableau, en faisant du spectateur le point de mire plutôt que de l’infante.

Diego Vélasquez, Les Ménines, 1656, Goya
Diego Vélasquez, Les Ménines, 1656. Huile sur toile, 318 x 276 cm, Musée du Prado, Madrid.

Sur la gauche du tableau, l’artiste prend du recul par rapport à une large toile afin d’étudier ceux qui posent devant lui, à savoir le roi et la reine qui se reflètent dans un miroir sur le mur au fond de la pièce et à la place desquels nous nous tenons. L’infante, avec ses demoiselles d’honneur et une naine de la cour, est venue distraire ses parents. Dans une scène inhabituelle du fait de son caractère informel, Vélasquez se représenta en train de peindre ses protecteurs royaux et leur fille. Goya devait adopter ce procédé d’intégrer sa propre personne en tant qu’artiste dans le tableau et s’en servir souvent.

Protection royale et aristocratique

Plus d’un siècle après la mort de Vélasquez, Goya prit la place du maître comme premier portraitiste à la cour d’Espagne. Lorsqu’il fut nommé peintre du roi pour la première fois en 1786, Charles III était sur le trône. Charles, monarque laborieux et éclairé, s’appliqua à réformer un pays à peine sorti du Moyen Age. Son train de vie fut extrêmement austère et son seul divertissement fut la chasse, à laquelle il consacrait plusieurs heures par jour. Charles n’avait aucune préférence définie en matière d’art ; en 1761, Anton Mengs avait fait son portrait dans un style néo-classique formel, portant armure et insignes de la royauté.

Le Portrait de Charles III en costume de chasse de 1787 peint par Goya, est moins flatteur et montre un homme réputé pour sa laideur, et qu’un diplomate britannique avait décrit comme étant d’aspect très étrange dans sa façon d’être et de se vêtir : « Il est de petite stature avec un teint couleur d’acajou. Cela fait une trentaine d’années que l’on n’a pas pris ses mesures et son manteau ressemble à un sac. »

Les Noces de la Vierge, 1774, Goya
Les Noces de la Vierge, 1774. Fresque peinte à l’huile, 306 x 790 cm, Aula Dei, Saragosse.

Charles III respecta la tradition mais, en même temps, il encouragea le culte de la liberté et il accueillit favorablement les idées des Lumières françaises au fur et à mesure qu’elles filtrèrent en Espagne. Avec une grande perspicacité, il choisit des ministres compétents, ayant une idée claire des besoins de l’Espagne et le désir de réaliser des réformes économiques et sociales. En 1777, Charles III nomma le comte de Floridablanca, un ancien magistrat, au poste de Premier ministre. Floridablanca fut impliqué dans de nombreux projets destinés à transformer bien des aspects de la vie en Espagne ; il se préoccupa particulièrement du développement de l’industrie et de la solution des problèmes ayant trait à l’agriculture et à l’irrigation.

Le Portrait du Comte de Floridablanca datant de 1783 fut la première commande importante d’un portrait que reçut Goya, et il espéra s’assurer ainsi une introduction dans les cercles officiels de Madrid. Dans une pose traditionnelle de commandement, le comte est placé au centre de la composition et il est entouré par les attributs de sa fonction.

Femme endormie, vers 1792
Femme endormie, vers 1792. Huile sur toile, 59 x 145 cm, Collection Antonio MacCrohon, Madrid.

Un portrait du roi dans un cadre ovale préside la scène, et une pendule placée en évidence sur la table à la droite du personnage reflète le règlement et l’ordre avec lesquels il sert son souverain. Les cartes sur la table et le plan par terre se rapportent à un projet important de son ministère : la construction d’un canal en Aragon. A gauche, on voit Goya lui-même, insertion quelque peu osée même s’il est dans une position subalterne à l’égard de son protecteur. Comme s’il était préoccupé par des affaires d’Etat, le comte ignore l’artiste et la toile qu’on lui tend. Néanmoins, en intégrant sa personne dans le tableau, Goya fait allusion au soutien que le ministre apporte à l’art.

La présentation de Goya à Floridablanca ne semble pas lui avoir procuré les occasions escomptées. Il eut pourtant la chance d’être présenté par une de ses connaissances à la petite cour domestique de l’infant Don Louis de Bourbon, le plus jeune frère de Charles III. En la personne de l’infant, Goya trouva pour la première fois un mécène auquel le lia une affinité intellectuelle. Don Louis avait été destiné à une carrière ecclésiastique. A six ans, il fut fait cardinal et à dix ans, il était archevêque de Séville, mais son tempérament fut incompatible avec sa vocation. En 1754, il renonça à sa barrette de cardinal et se plongea dans une vie impie au grand déplaisir du roi.

Judith, vers 1821-23
Judith, vers 1821-23. Huile sur plâtre, transférée sur toile, 146 x 84 cm, Musée du Prado, Madrid.

En 1776, à l’âge de quarante-neuf ans, Louis de Bourbon épousa la belle Maria Teresa de Vallabriga âgée de dix-sept ans. Le roi désapprouva cette alliance, la mariée n’étant pas de sang royal, et Don Louis fut obligé de se retirer de la cour. En été 1783, Goya séjourna dans leur résidence à Arenas de San Pedro, où il réalisa plusieurs portraits de l’infant Louis et de sa famille…

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