Élégance et art érotique : Démêler la tapisserie de l’Art du Plaisir
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art du Plaisir (ISBN: 9781639199587), écrit par Hans-Jürgen Döpp, publié par Parkstone International.
Tout collectionneur d’art érotique s’est vu un jour ou l’autre proposer des fluvres insuffisantes à tous les égards, tandis qu’il espérait mieux. Pourtant, le vendeur affirmait avoir trouvé un objet important dans ce domaine. Il semble parfois que l’flil s’abêtit au contact de ce sujet libre. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer un homme, souvent très cultivé, tenir pour importante une oeuvre pourtant mineure d’un point de vue artistique. A l’inverse, il arrive qu’un chef-d’oeuvre passe pour futile seulement à cause de son sujet. Il est certain que la seule représentation de l’acte sexuel n’est pas encore de l’<< art érotique >>, de même qu’un objet scabreux et pornographique ne perd pas son caractère d’art à cause d’un contenu réputé indécent et immoral. Il est également erroné de penser que les oeuvres produites afin d’exciter le désir sexuel ne peuvent pas appartenir à l’art, uniquement en raison de leur basse intention. Art érotique et pornographie se distinguentils donc par la dimension fictionnelle ?

La pornographie est elle aussi un produit de la fantaisie, avec une structure différente de celle de la réalité sexuelle. Comme le souligne Gunter Schmidt, elle << est construite comme le fantasme et le rêve sexuel, elle est tout aussi irréelle, mégalomane, féerique, alogique et stéréotypée >>. D’ailleurs, celui qui propose l’alternative << art ou pornographie >>, s’est déjà auparavant décidé par son attitude moralisante contre la pornographie. Par conséquent, ce qui pour l’un relève de l’art est pour l’autre une machination diabolique. Le mélange de questions d’ordre esthétique et d’ordre moral voue toute tentation de clarification dès le début à l’échec.
Le mot << pornographie >> dans son acception étymologique grecque et purement descriptive signifie << écriture de la prostitution >>. Elle désigne ainsi les textes traitant des thèmes sexuels. Cette définition permettrait donc de rapprocher la pornographie et l’art, du moins en ce qui concerne son contenu. Ainsi, la notion de pornographie pourrait être réhabilitée. L’évaluation de l’art érotique dépend considérablement des époques et est donc fluctuante. L’histoire de la retouche des figures du Jugement Dernier de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine est exemplaire. Pendant la Renaissance, la nudité n’était pas considérée comme indécente ni obscène.
Le pape Clément VII, qui avait commandé la fresque, ne trouva donc rien d’immoral dans la réalisation de Michel-Ange. En revanche, son successeur, le pape Paul IV, demanda à un peintre d’ajouter au Jugement Dernier des pantalons ! Les fresques découvertes à Pompéi et rendues publiques il y a peu de temps, offrent un autre exemple du rapport difficile de la société avec l’art érotique. Lorsqu’en 1819 le << cabinet des objets indécents >> fut aménagé dans le palazzo degli Studi, le futur musée national, seules des personnes << d’âge mûr et de bonnes moeurs confirmées >> obtenaient l’accès à cet espace clos.

En 1823, le nom de la collection changea en << cabinet des objets tenus secrets >>. On garda la coutume de la faire visiter exclusivement à des personnes en possession d’un permis royal en règle. Après les émeutes de 1848, la vague réactionnaire atteignit également la collection érotique du musée. En 1849, le << cabinet des objets tenus secrets >> ferma définitivement ses portes. Trois ans plus tard, la collection déménagea dans une salle encore plus éloignée, dont on mura les portes. Ce ne fut qu’en 1860, après l’entrée de Giuseppe Garibaldi à Naples, qu’on essaya d’organiser la réouverture de la collection érotique. Son nom changea une fois encore, cette fois-ci en << collection pornographique. >> Au cours du temps, on lui emprunta des objets à maintes reprises pour les insérer dans des expositions officielles. L’histoire riche de péripéties de ce cabinet offre une illustration éloquente de l’évolution des moeurs des siècles passés.
Les époques ont favorisé différemment la représentation de l’érotisme. Or, l’art érotique reflète non seulement le degré de liberté sexuelle atteint, mais également le refoulement imposé à l’érotisme. On imagine aisément que les oeuvres les plus passionnées virent le jour à cause de l’oppression culturelle de la sexualité. Dans le rapport sexuel direct, la nature utilise l’espèce. La sexualité instinctive des animaux n’a donc rien d’érotique. En revanche, dans l’érotisme, la culture utilise la nature, et cette sexualité formée culturellement a une histoire. La base de la sexualité culturelle se fonde sur les interdits moraux, juridiques et magiques qui changent avec le temps et qui évitent que l’édifice social soit attaqué.

L’érotisme exprime la pulsion freinée et maîtrisée, mais également l’envie de sexualité. Il traverse la fantaisie de la communauté sans l’exposer aux dangers destructifs d’une sexualité directe. Il est l’exercice d’équilibre réussi entre la société organisée de façon rationnelle et les exigences d’une sexualité effrénée et destructive. Or, même dans sa version maîtrisée, l’érotisme reste une puissance démoniaque dans la conscience humaine, où résonne le chant des sirènes conduisant vers la mort. Don et abandon, régression et agression sont, de façon universelle, les forces attirantes. Cette convergence d’envie et de mort joua toujours dans la littérature un rôle important.

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