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Le fauvisme n’est pas une bête féroce : comprendre Albert Marquet et Fauvisme

Crédit vidéo : Vue rapprochée d’une personne tamponnant de la peinture verte sur un pinceau, vidéo du projet RDNE Stock de Pexels

Quand nous pensons au terme « fauvisme », il pourrait évoquer des images de bêtes sauvages et indomptées déferlant à travers l’histoire de l’art, étant donné son origine dans le mot français « fauves » qui signifie « bêtes sauvages ». Cependant, malgré sa réputation flamboyante, le fauvisme était moins une question de férocité qu’une question de libération – libération de la couleur, de la forme et des frontières artistiques traditionnelles qui avaient confiné les peintres pendant des siècles. Au début du 20e siècle, le mouvement a aidé les artistes à se libérer des contraintes du réalisme et de l’académisme. L’un de ces artistes était Albert Marquet, dont l’approche plus calme et réfléchie du fauvisme offre une perspective alternative sur un mouvement souvent caractérisé par son intensité.

Le fauvisme : plus que de simples couleurs sauvages

Le fauvisme était l’un des premiers mouvements avant-gardistes du 20e siècle, ayant fait ses débuts officiels en 1905, lorsque qu’un groupe de peintres, plus tard appelés les « Fauves », a exposé au Salon d’Automne à Paris. Ces artistes, dirigés par Henri Matisse et André Derain, étaient unis par l’usage audacieux de la couleur et une intensité émotionnelle qui rejetait le naturalisme. Ils cherchaient à exprimer leurs sentiments à travers des couleurs vives, souvent non représentatives, plutôt qu’à viser une exactitude photographique.

Henri Matisse, Femme au chapeau, 1905, Marquet & Fauvisme
Henri Matisse, Femme au chapeau, 1905. Musée d’art moderne de San Francisco.

Le fauvisme était révolutionnaire parce qu’il a brisé l’attente selon laquelle la couleur devait imiter la nature. L’herbe pouvait être rose, le ciel pouvait être orange et les ombres pouvaient être violettes. Les Fauves utilisaient la couleur pour exprimer l’émotion, l’intensité et l’humeur, transformant ainsi notre façon de voir l’art et nous permettant de ressentir plutôt que d’analyser ce qui est devant nous.

Ce mouvement, bien que de courte durée (il a duré approximativement de 1904 à 1908), a eu un impact profond sur l’art moderne. Il a planté les graines pour des mouvements tels que l’expressionnisme et l’art abstrait. Cependant, malgré l’accent mis sur l’intensité émotionnelle, les Fauves n’étaient pas complètement unifiés dans leur approche. Certains artistes comme Albert Marquet apportaient une voix plus douce et plus sereine à la table.

Albert Marquet : un Fauve doux

Albert Marquet, souvent une figure plus calme dans le groupe, était un proche ami d’Henri Matisse et son travail est parfois éclipsé par les Fauves plus flamboyants. Alors que de nombreux peintres fauves expérimentaient des contrastes de couleurs dramatiques et des coups de pinceau intenses, Marquet adoptait une approche plus retenue. Son travail conservait l’utilisation caractéristique des couleurs fauvistes, mais ses compositions étaient souvent plus douces, plus subtiles et plus préoccupées par la lumière et l’atmosphère que par l’émotion.

Les paysages et les vues urbaines de Marquet sont imprégnés d’une certaine sérénité, où les couleurs vives s’harmonisent plutôt que de se heurter. Sa représentation de l’eau, des cieux et des scènes urbaines met l’accent sur la tranquillité, reflétant sa fascination pour la lumière et les reflets. Son coup de pinceau est plus lâche, mais l’effet général est loin d’être sauvage ou chaotique – il est contemplatif et poétique.

Albert Marquet, Notre-Dame sous la pluie, 1910
Albert Marquet, Notre-Dame sous la pluie, 1910. Huile sur toile, 81 x 66 cm. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.

Par exemple, dans « Port de Hambourg » (1909), Marquet utilise des tons bleus et verts pour capturer l’atmosphère fraîche et humide du port. Alors que ses collègues fauves auraient pu exagérer la scène avec des contrastes de couleurs intenses, Marquet la maintient sobre, utilisant la palette pour évoquer une humeur sereine, presque mélancolique. Son travail apporte un équilibre à l’énergie du fauvisme, démontrant que le mouvement n’était pas seulement une question de bombast, mais aussi de sensibilité.

Le contraste au sein du fauvisme

Ce qui distingue Albert Marquet dans le contexte du fauvisme, c’est sa subtilité. Alors que Matisse, Derain et Maurice de Vlaminck repoussaient les limites de la théorie des couleurs jusqu’à leurs extrêmes explosifs, l’approche de Marquet était plus terre-à-terre. Pourtant, il restait fidèle à l’essence du mouvement – l’utilisation expressive de la couleur et la libération des contraintes du réalisme académique.

Pour Marquet, il n’était pas nécessaire de peindre dans une frénésie de couleurs pour atteindre les objectifs du fauvisme. Au lieu de cela, il peignait avec une maîtrise des tons et de l’atmosphère, choisissant la couleur non pas pour sa valeur de choc, mais pour sa capacité à évoquer une humeur. De cette façon, son travail rappelle que le fauvisme, comme la plupart des mouvements, n’était pas un monolithe. Il permettait une diversité d’expressions, de l’explosif au tranquille.

Maurice de Vlaminck, Bateaux sur la Seine, 1905-1906, Marquet & Fauvisme
Maurice de Vlaminck, Bateaux sur la Seine, 1905-1906. Huile sur toile, 81 x 100 cm. Musée Pouchkine, Moscou.

Dans ses paysages urbains, notamment ses vues de Paris et ses nombreuses représentations de ports, le fauvisme de Marquet prend une qualité presque méditative. Ses cieux, rivières et bâtiments s’écoulent doucement les uns dans les autres, baignés de lumière et adoucis par la couleur. Là où d’autres pourraient voir le fauvisme comme brut et animalier, les œuvres de Marquet suggèrent quelque chose de bien plus introspectif. Il apprivoise la « bête sauvage » sans perdre le cœur du fauvisme – c’est-à-dire la puissance émotionnelle de la couleur.

L’héritage du fauvisme et la place de Marquet en son sein

Bien que le fauvisme ait été un mouvement bref, il a jeté les bases de beaucoup de ce qui allait suivre dans l’art du 20e siècle. Il a appris aux artistes à utiliser la couleur comme un outil d’expression émotionnelle plutôt que de simple représentation, influençant les mouvements ultérieurs tels que l’expressionnisme et même les œuvres abstraites d’artistes comme Mark Rothko.

Albert Marquet, bien que moins célébré que certains de ses collègues fauves, joue un rôle essentiel dans cet héritage. Son travail montre que le fauvisme ne se limitait pas à l’intensité ou à l’extrémisme, mais qu’il s’agissait d’une relation plus profonde et plus complexe avec la couleur. En choisissant la subtilité plutôt que le choc, Marquet a élargi les possibilités de ce que le fauvisme pouvait être.

Albert Marquet, Marine (Naples), 1909
Albert Marquet, Marine (Naples), 1909. Huile sur toile, 62 x 80,3 cm. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.

De bien des manières, la « sauvagerie » du fauvisme est une mauvaise interprétation. Il s’agissait moins de férocité indomptée que de briser les conventions artistiques. Dans cet esprit, le fauvisme plus calme de Marquet nous rappelle que la liberté dans l’art ne se manifeste pas toujours de manière bruyante ou agressive – elle se trouve parfois dans une lumière douce, une réflexion calme et une retenue réfléchie.

Conclusion : le fauvisme n’est pas une bête féroce

Ainsi, lorsque nous considérons les « bêtes sauvages » du fauvisme, nous devons nous rappeler que tous ne rugissaient pas avec des couleurs flamboyantes et des coups de pinceau audacieux. Certains, comme Albert Marquet, ronronnaient doucement, laissant leur œuvre parler par la sérénité, l’équilibre et la lumière. Le fauvisme, au fond, était une libération – non seulement des contraintes du réalisme, mais aussi des contraintes des attentes. Et au sein de cette libération, il y a de la place à la fois pour l’intensité et le calme.

Les œuvres de Marquet nous invitent à voir le fauvisme non pas comme une expression singulière de sauvagerie, mais comme un mouvement diversifié et nuancé où la couleur pouvait apaiser aussi bien qu’elle pouvait choquer. De cette manière, la bête sauvage du fauvisme n’est finalement pas si féroce.


En savoir plus sur :

The Fauves

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