La Peinture allemande : comment l’art a capturé la vie moderne et la lumière
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Peinture allemande (ISBN: 9781783108916) écrit par Klaus H. Carl, publié par Parkstone International.
Le clivage des artistes berlinois remonte à l’année 1891, et au différend qui est au centre des préoccupations, au sujet des artistes représentés dans la Grande Exposition Internationale d’Art et Edvard Munch (1863-1944), originaire de Norvège, no man’s land de la création artistique.
Cette exposition introduit Munch à Berlin, en accord avec le goût alors en vigueur pour tout ce qui est nordique, particulièrement en art et en littérature. En 1892, il est invité à exposer son travail dans la plus ancienne union des artistes de l’Allemagne, l’Union des artistes de Berlin, fondée en 1841. Le président de l’association maintient des liens étroits avec la cour impériale, de sorte que, à première vue, il a l’espoir de trouver des mécènes influents. Cependant, l’empereur Guillaume II d’Allemagne (1859-1941) établit ce que l’art pictural doit être : pour lui, seule compte la peinture d’histoire. Les autres sujets et mouvements artistiques modernes n’existent tout simplement pas. Suivant cette idée, il fait installer trentedeux sculptures monumentales au tournant du siècle sur le boulevard de la Victoire comme miroir de l’histoire prussienne. Cependant, les membres du comité de l’Association des artistes berlinois, et non pas seulement l’empereur, ne connaissent pas les travaux de Munch et sont choqués par l’évidence de certains de ses thèmes. Quantité de peintres âgés considèrent le travail de Munch comme une provocation anarchiste. Il y a une émotion considérable, qui se termine par un << succès de scandale >>. Ces événements politiques atteignent bien sûr la cour impériale. Le scandale domine pendant un certain temps les gros titres des journaux, assurant ainsi la meilleure promotion imaginable pour Munch.

En 1892, Max Liebermann et Walter Leistikov lancent ensemble l’Association des XI, une union de onze artistes. Ils prennent ensuite les rênes de la Sécession de Berlin, fondée le 2 mai 1898. Dans l’ensemble, le groupe comprend à cette époque des artistes exceptionnels comme Käthe Kollwitz (1867-1945), Rudolf Heinrich Zille (1858-1929), Lovis Corinth et Slevogt Max (1868-1932).
Käthe Kollwitz
Käthe Kollwitz travaille comme artiste sculpteur et graphique, créant des fluvres d’une grande empathie humaine et de passion sociale. Originaire de Königsberg (actuelle Kaliningrad depuis 1919) elle est membre de l’Académie prussienne des arts jusqu’à ce qu’elle soit considérée comme étant << intolérable >> par le régime nazi et démise de ses fonctions en tant que professeur. Ses fluvres peuvent être attribuées au réalisme et elle se tourne vers les questions sociales jusque-là négligées, pour ensuite développer un style intemporel.
Ses fluvres principales sont les gravures du cycle de La Révolte des Tisserands (1895-1898), La Guerre des paysans (1902-1908) et la série d’estampes, La Guerre (1922-1923). Käthe Kollwitz meurt juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale dans les environs de la ville dévastée de Dresde. Le musée Käthe Kollwitz à Berlin préserve sa mémoire et beaucoup de ses fluvres.
Heinrich Zille
Le peintre, illustrateur et photographe Heinrich Rudolf Zille, fier de son surnom berlinois << Henri le pinceau >>, est reconnu pour ses descriptions de personnes défavorisées dans bon nombre de bidonvilles et immeubles de Berlin. Dit << Zille de son milieu >>, il est un critique social engagé et un peintre. Il fait non seulement la connaissance de Max Liebermann, qui l’initie à la Sécession berlinoise, mais il connaît aussi, parmi d’autres, Käthe Kollwitz, avec laquelle il tisse des liens d’amitié solides et durables.
Zille publie ses travaux sous la forme de peintures murales des caves à bière de Berlin et dans des dossiers comme La Terre-Mère (1905) et Gravures de douze artistes (1909), dans de nombreuses revues satiriques comme Simplicissimus ou Farce. Il devient si connu par ses dessins au charbon ou à la craie que les compositeurs Willi Kollo (1904-1988) et Hans Pflanzer mettent un célèbre poème de Claire Waldoff (1884- 1957) en musique, interprété par Hildegard Knef (1925-2002) et dont le refrain, très populaire, est :
C’était son milieu
C’était son milieu.
Chaque taverne et distillerie
Connaît le Bon Père Zille.
Chaque cheval de fiacre
À entendu parler de lui.
Du Nord au Sud jusqu’au loin
C’était son milieu.
Max Liebermann
Le travail de Menzel, vu d’un côté purement pictural, est finalement poursuivi par Max Liebermann (1847-1935). Parfois les influences d’autres maîtres peuvent se faire sentir, en particulier la main de Rembrandt dans ses dessins. Toutefois, l’intégralité de son fluvre se révèle être nettement cohérente et personnelle. Le principal défenseur de l’impressionnisme allemande est considéré comme le plus influencé par Jean-François Millet (1814-1875).
Le premier tableau de Liebermann à être remarqué est Les Plumeuses d’oies (1872, Alte Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin), ensuite suivi par Faiseuses de conserves (1879, Museum der Bildenden Künste, Leipzig), Travailleurs dans un champ de betteraves (1873, Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre) et Récolte de pommes de terre dans les dunes de Zandvoort (1895). Il est parmi les premiers peintres allemands à se rendre aux Pays-Bas afin d’y apprendre l’art de Frans Hals et de tirer profit de l’atmosphère particulière du pays.
Il est d’abord attiré par des thèmes spécifiquement néerlandais dans des fluvres telles que, L’Hospice de vieillards à Amsterdam (1880, Staatsgalerie Stuttgart, Stuttgart), La Réparation des filets (1887-1889, Hamburger Kunsthalle, Hambourg), ou L’Heure libre à l’orphelinat d’Amsterdam (1881 à 1882, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main) et des thèmes similaires qui lui plaisent. Après avoir également cherché sur la côte pour ce genre de motifs, il s’intéresse ensuite davantage aux mouvements de l’air et de la lumière. Datant des environs de 1890 sont Le Vieux Pilote (1890, Sammlung Georg Schäfer, Schweinfurt) et La Femme aux chèvres (1890, Neue Pinakothek, Munich). Les premières fluvres de Liebermann sont peintes selon le modèle de Menzel, avec un souci minutieux des détails.

À partir du moment où Liebermann, membre fondateur de la Sécession de Munich, apprécie davantage la représentation de facteurs intangibles tels que l’air et la lumière, son style de peinture devient beaucoup plus libre, plus large et, lorsque Manet et les impressionnistes français se font connaître, même plus aéré. Ses couleurs, initialement sombres mais toujours belles, s’éclaircissent, jusqu’à ce qu’elles soient presque pures et lumineuses. À ces nouvelles couleurs s’ajoutent également de nouveaux thèmes tels que Jeunes Garçons au bain (1896-1898, collection privée), Journée pluvieuse près de l’Elbe (1902, Hamburger Kunsthalle, Hambourg) ou Scène de plage à Norwijk (1908, Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre), des vues sur Hambourg, des jardins, des villas, des restaurants et bien d’autres, mais il reste fidèle à sa ligne de conduite qui consiste à reproduire la vie active.
Les nombreux portraits de Liebermann comprennent plusieurs autoportraits, mais aussi les portraits de l’historien d’art Wilhelm von Bode (1845-1929, 1904, Alte Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin) ou l’ancien président du Reich, Paul von Hindenburg (1847-1934, 1927, Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre).
Dans ses portraits, l’influence de Frans Hals est perceptible, mais la psychologie n’est certainement pas son point fort. Un certain traitement schématique de la conception scénique, avec le même fond gris, fait que la majorité de ces fluvres est surpassée par les autres. Ses dessins prouvent clairement la capacité de l’artiste à créer avec un minimum de ressources ; une ambiance, du mouvement et des conditions pittoresques.
Voyons quelques autres œuvres de peinture allemande :



Pour mieux connaître La Peinture allemande, poursuivez cette passionnante aventure en cliquant sur :



