La Peinture Russe
Art,  Français

Sol et esprit : le paysage russe reflété dans l’art

La Russie est un État hautement centralisé et autoritaire dirigé par le président Vladimir Poutine et le Kremlin, où le pouvoir politique est étroitement contrôlé par l’élite au pouvoir et où il n’y a pas de place pour une opposition indépendante. Malgré des défis économiques persistants et des tensions diplomatiques, l’administration reste déterminée à donner la priorité à la sécurité nationale et aux objectifs stratégiques.

Le climat politique russe se caractérise par une forte centralisation du pouvoir sous Poutine, une importance persistante accordée à la priorité militaire et à l’affirmation de la politique étrangère, la crise actuelle en Ukraine et un pluralisme politique limité dans un cadre autoritaire. Cependant, on ne peut nier que la Russie possède de magnifiques peintures et paysages. Nous allons maintenant nous promener à travers les peintures de paysages.

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Peinture Russe (ISBN: 9781783108404), écrit par Peter Leek, publié par Parkstone International.

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Ce n’est que dans le dernier quart du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant que la peinture de paysage émergea comme genre distinct typiquement russe. Avant cela, des artistes comme Fiodor Alexeïev, Fiodor Matveïev, Maxime Vorobiev et Sylvestre Chtchédrine avaient produit des chefs-d’oeuvre de la peinture de paysage, mais leur oeuvre était fortement marquée par la peinture française, notamment par l’oeuvre de Claude Lorrain, Poussin et Canaletto. Il fallut attendre Venetsianov (dans des peintures comme Eté : le temps des moissons ou Printemps : les labours) et ses continuateurs pour que le paysage soit enfin marqué d’un caractère spécifiquement russe.

Deux des élèves les plus prometteurs de Venetsianov furent Nikifor Krylov et Grigori Soroka. En dépit d’une existence brève, ils exercèrent une influence considérable sur les peintres qui les suivirent. La campagne, dans le tableau le plus connu de Krylov, Paysage d’Hiver (1827), est indubitablement russe tout comme les personnages qui l’animent. Pour pouvoir représenter la scène de la plus réaliste des manières, Krylov fit construire un studio en bois rudimentaire donnant sur la plaine et la forêt. Sa carrière artistique avait à peine débuté quand, à vingt-cinq ans, il succomba au choléra. Seul un petit nombre de ses oeuvres lui a survécu.

Vassili Polenov, Etang envahi par les herbes, 1879, russe
Vassili Polenov, Etang envahi par les herbes, 1879. Huile sur toile, 77 x 121,8 cm, Galerie Tretiakov, Moscou.

Soroka mourut dans des circonstances encore plus tragiques. Il était un des serfs appartenant à un certain Milioukov, dont la propriété, au nom d’Ostrovki, était voisine de celle de Venetsianov. Ayant remarqué les dons de Soroka, ce dernier tenta, sans succès, de convaincre Milioukov d’accorder la liberté au jeune peintre. (Fidèle à ses idéaux humanitaires, Venetsianov plaida pour la liberté d’autres artistes-serfs allant même, dans certains cas, jusqu’à payer lui-même le prix de cette liberté.) Plus tard, en 1864, Soroka fut arrêté pour avoir pris part à des mouvements locaux en faveur de la réforme agraire et fut condamné à être flagellé. Il se suicida avant l’exécution de la sentence. Une de ses oeuvres les plus représentatives est sa peinture Pêcheurs : Vue du Lac Moldino (fin des années 1840) particulièrement saisissante dans la façon dont elle parvient à traduire la quiétude du lac.

Pendant trente ou quarante ans, la plupart des grands portraitistes russes furent formés par Maxime Vorobiev, qui obtint une charge de professeur à l’Académie en 1815 et y enseigna – en dehors de ses longs voyages à l’étranger – presque jusqu’à sa mort. C’est à Vorobiev et à Sylvestre Chtchédrine que l’on doit d’avoir introduit l’esprit du romantisme dans le paysage russe, tout en restant fidèles aux principes de l’art classique. Dans les dix dernières années de sa vie en particulier, Chtchédrine privilégia les décors dramatiques. Vorobiev, quant à lui, passa par une phase de paysages plongés dans la brume ou battus par les vents. Et tous deux affectionnaient les couchers de soleil et les clairs de lune romantiques.

Au rang des élèves les plus talentueux de Vorobiev, se trouvaient Mikhaïl Lebedev – dont les paysages sont moins ouvertement romantiques que ceux de Vorobiev ou de Chtchédrine – et Ivan Aïvazovski, un des paysagistes les plus populaires et certainement le plus prolifique de son temps. En effet, rares sont ceux qui acquirent une célébrité aussi grande de leurs vivants. A peine avait-il terminé ses études, que son nom circulait dans toute la Russie. Ses années d’apprentissage justement eurent lieu à une époque charnière. Si les règles académiques s’imposaient encore, le romantisme prenait de l’ampleur, et tout le monde avait à l’esprit le fabuleux Dernier jour de Pompéi de Brioullov. Cette oeuvre marqua beaucoup l’inspiration d’Aïvazovski. Il suivit l’enseignement de Vorobiov marqué par l’esprit romantique. Aïvazovski resta fidèle toute sa vie à ce mouvement, tout en s’orientant vers le genre réaliste.

Ivan Aïvazovski, La Neuvième vague, 1850, russe
Ivan Aïvazovski, La Neuvième vague, 1850. Huile sur toile, 221 x 332 cm, Musée Russe, Saint-Pétersbourg.

En octobre 1837, il termina ses études à l’Académie, et reçu une médaille d’or, synonyme d’une offre de voyage à l’étranger aux frais de l’Académie. Mais les dons d’Aïvazovki étaient tels que le Conseil prit une résolution inhabituelle : qu’il passe deux étés en Crimée, afin qu’il puisse peindre des vues de villes méridionales, qu’il les présente à l’Académie, et qu’il parte ensuite en Italie. Le succès de ses expositions en Italie retentirent jusqu’en Russie. La Khoudojestvennaïa Gazeta écrivit : « A Rome, les toiles d’Aïvazovski présentées à l’exposition d’art ont obtenu le premier prix. La Nuit Napolitaine, Le Chaos… ont fait tant de bruit dans la capitale des Beaux-Arts, que les salons aristocratiques, les réunions publiques et les ateliers de peintres retentissent de la gloire du nouveau paysagiste russe ; les journaux lui consacrent des lignes élogieuses et tout le monde dit et écrit qu’avant Aïvazovski personne n’avait représenté avec tant de vérité et tant de vie la lumière, l’eau et l’air. Le pape Grégoire XVI a acheté son Chaos et l’a accroché au Vatican où n’ont l’honneur d’être exposées que les oeuvres des peintres de renommée mondiale. » De passage à Paris, il reçut la médaille d’or du Conseil de l’Académie de Paris et, en 1857, fut promu Chevalier de la Légion d’honneur !

Influencé sans doute par Turner, il créa des marines somptueuses comme Nuit de lune en Crimée, Vue de la Mer et des Montagnes au Crépuscule ou La Création du Monde. Une des toiles les plus célèbres d’Aïvazovski, La Neuvième vague, doit son titre à une superstition des marins russes selon laquelle dans une succession de vagues, c’est la neuvième qui est la plus violente. Comme beaucoup de ses peintures, l’oeuvre porte la marque du romantisme russe : le ciel et la mer traduisent la puissance de la Nature, tandis qu’à l’avant-plan, les survivants d’un naufrage personnalisent les espoirs et les peurs de l’Homme. Bien que la mer soit le thème dominant de ses six mille toiles, Aïvazovski peignit aussi des paysages côtiers et campagnards, tant en Russie (spécialement en Ukraine et en Crimée) que durant ses voyages à l’étranger.

Isaac Lévitan, Mars, 1895, russe
Isaac Lévitan, Mars, 1895. Huile sur toile, 60 x 75 cm, Galerie Tretiakov, Moscou.

L’engouement pour tout ce qui était français, dominant en Russie au XVIIIe siècle, diminua durant les guerres napoléoniennes, ce qui explique en partie pourquoi les peintres russes, à l’instar des artistes et écrivains européens en général, reportèrent leur allégeance sur l’Italie. Cette tendance fut renforcée par le culte de l’Académie pour l’Antiquité et la Renaissance italienne, tout comme par l’émergence du mouvement romantique. Fiodor Matveïev représenta presque uniquement des paysages et des édifices italiens. Sylvestre Chtchédrine (qui passa douze ans de sa vie en Italie) et Mikhaïl Lebedev se complaisaient dans les scènes de pêche bucoliques et les tableaux de la vie paysanne italienne. Aïvazovski peignit des vues de Venise et Naples (souvent baignées dans des clairs de lune) et on parlait de Fiodor Alexeïev comme du « Canaletto russe. »

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