L’Homosexualité dans l’Art
Art,  Erotic,  Français

Le monde secret de l’homosexualité à la Renaissance italienne

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Homosexualité dans l’Art (ISBN: 9781783108176), écrit par James Smalls, publié par Parkstone International.

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Le mot « Renaissance » signifie nouvelle naissance. Il se réfère spécifiquement à la renaissance de l’art, de la littérature, de la philosophie et de la science des Grecs et des Romains et, plus largement, à une soif de connaissance profane et empirique. La Renaissance est une sorte de renversement des objectifs du Moyen Âge dans la mesure où les artistes de la période fixèrent leurs regards sur le monde naturel plutôt que surnaturel. L’individu et son expérience furent considérés comme plus importants que la culture d’une vie purement spirituelle. Ce changement s’explique par l’impact et l’influence de l’humanisme à la fin du XIVe siècle en Europe.

L’humanisme commença avec les écrivains de formation classique Pétrarque et Boccace, qui se préoccupèrent des affaires humaines et cherchèrent leur inspiration dans le passé classique. Ce faisant, ils s’intéressèrent à l’homosexualité dans la mesure où elle avait une place importante dans les mythes, les chroniques, les moeurs et l’art païens. Les humanistes s’attachèrent à retrouver les formes et sujets classiques et leurs significations pédérastiques originales. Tous les humanistes n’étaient pas homosexuels, mais nombre d’entre eux comprenaient le désir d’exprimer l’homo-érotisme et fréquentaient souvent une subculture intellectuelle et homosexuelle de plus en plus visible.

Michel-Ange, L’Enlèvement de Ganymède, 1532-1533, l’homosexualité
Michel-Ange, L’Enlèvement de Ganymède, 1532-1533. Fogg Art Museum, Harvard University Art Museums.

Pendant la Renaissance, les aveux en privé et en public de désirs homo-érotiques par des artistes comme Michel-Ange et Le Sodoma dans les grands centres d’activités artistiques et homosexuelles comme Florence et Venise, évoquent une identité homosexuelle individuelle et collective « moderne avant l’heure ». Saslow note que, durant cette période, « certains hommes semblaient avoir compris qu’ils possédaient un type de personnalité différent – ou du moins savaient que les autres le pensaient ».

L’apogée de la Renaissance italienne commença à la fin des années 1490 et se poursuivit jusqu’aux années 1530. L’humanisme classique était partout et l’hédonisme qui lui était associé, comprenant la bisexualité, était toléré. La tension majeure durant cette période fut la tentative de réconcilier un catholicisme fort avec la connaissance et les valeurs trouvées dans le paganisme et la science. De nombreux humanistes puisèrent dans la mythologie classique pour donner une dignité à leurs propres préférences homosexuelles. Il est important de noter que, l’homosexualité devenant plus visible, sa répression par le pouvoir d’État et la surveillance policière le devinrent également.

D’après les archives des tribunaux, nous savons que la sodomie concernait toutes les classes, de la royauté au clergé, en passant par les écrivains et les artistes. Comme cela avait été le cas durant le Moyen Âge, la sodomie pendant la Renaissance ne faisait pas référence uniquement au rapport sexuel oral, mais à toutes les variétés de pratiques sexuelles qui étaient considérées contre nature. Cela incluait la masturbation, le rapport intercrural, la bestialité et le viol avec violence de jeunes garçons. Le rapport anal restait cependant la préoccupation principale de l’Église. Bien qu’importante dans l’imaginaire public de la Renaissance, la sodomie resta un tabou punissable de la mort brûlé vif – sort associé à l’incendie biblique de Sodome et Gomorrhe. Les épidémies de peste ajoutèrent encore à la diabolisation de la sodomie, acte destructeur méritant le courroux de Dieu.

Albrecht Dürer, Hommes aux bains, v. 1496, l’homosexualité
Albrecht Dürer, Hommes aux bains, v. 1496. Gravure sur bois. Bibliothèque Nationale, Paris.

Des affaires de sodomie se produisaient souvent entre un homme mûr et un plus jeune, le premier étant le partenaire actif. À Venise et à Florence, ce dernier était considéré comme le plus coupable. La distinction entre sodomie passive et active commença à apparaître dans les documents d’archives au milieu des années 1440. À Venise, c’étaient les Signori di Notte au XIVe siècle, et le Conseil des Dix au XVe siècle qui jugeaient et poursuivaient tous les crimes. Ils étaient constitués par des hommes appartenant aux grandes familles de Venise. On a affirmé que, pendant la Renaissance, la sodomie était considérée comme un crime aussi terrifiant que la trahison et l’hérésie.

Venise et Florence présentent une similitude. En effet, une subculture homosexuelle y a émergé aux XIVe et XVe siècles. Le temps passant, cette subculture devint plus publique et se répandit dans toutes les classes du peuple, des paysans aux nobles. L’éclosion de cette culture en partie revendiquée et la participation de la classe supérieure à celle-ci fut peut-être « due au développement des études humanistes » et à un désir d’imiter les idées et les actions des Anciens ».

Il est très important de distinguer l’aspect social des relations entre personnes de même sexe pendant la Renaissance italienne et l’expression littéraire et artistique de ces relations au cours des XVe et XVIe siècles. Depuis la fin du XIIIe siècle, la sodomie était considérée comme un crime et sa pratique fut « condamnée » par une succession d’épidémies de peste qui ravagèrent l’Europe occidentale. Au XVe siècle, l’État intensifia le contrôle du comportement moral à Florence et à Venise. En 1432, les autorités florentines créèrent l’Office de la Nuit – une commission spéciale chargée de poursuivre les personnes de plus en plus nombreuses accusées de sodomie.

Entre 1424 et 1425, Bernardin de Sienne prononça à Florence quatre célèbres sermons dans lesquels il donnait une description terrifiante du sodomite, meurtrier dont « la puanteur avait atteint le paradis ». (Armando Maggi, « Italian Renaissance », in Haggerty). Il accusa des confréries subversives d’encourager la sodomie en même temps que le désordre politique et la sédition. Lorsque, après 1440, les affaires de sodomie augmentèrent à Florence et à Venise, l’Église tenta de limiter les dégâts en développant une rhétorique plus agressive contre la sodomie.

Le Caravage, l’Amour vainqueur, v. 1602, l’homosexualité
Le Caravage, l’Amour vainqueur, v. 1602. Huile sur toile, 156 x 113 cm. Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Berlin.

Aux XVe et XVIe siècles, Florence était l’un des centres culturels les plus dynamiques en Europe. Elle avait alors la réputation d’être une ville accueillante pour les homosexuels. La propension des Florentins à l’homosexualité devint si familière aux Européens du XVIe siècle qu’en Allemagne le terme populaire pour « sodomiser » était florenzen, tandis qu’un sodomite était qualifié de Florenzer. (Michael Rocke, « Florence », in Haggerty). Florence ne fut pas seule dans sa réponse presque paranoïaque à l’aveu croissant de l’homosexualité. On parlait de la pratique apparemment fréquente de la sodomie et d’autres actes homosexuels comme de « cet acte infâme », « ce crime ignoble », « ce péché bien connu ».

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