Le bikini : Une révolution culturelle en deux parties
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Bikini Story (ISBN: 9781783108169), écrit par Patrik Alac, publié par Parkstone International.
La chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre froide ont transformé les habitudes des sociétés occidentales. La chute du communisme a engendré de nouvelles libertés et de nouvelles possibilités.
Le bikini revêt un nouveau statut dès le début des années quatrevingt- dix. Il est maintenant présentable en société et ne choque plus personne. Cette immoralité qu’on lui reprochait dans les années quarante et cinquante a totalement disparu. C’est maintenant la pornographie qui a pris le relais et qui tente elle aussi de faire sa place dans la société. Il n’est plus nécessaire de porter absolument un bikini pour être sexy ; les maillots une-pièce sont réhabilités dans le domaine de la séduction. La femme des années quatrevingt- dix porte tout aussi bien un bikini ou un maillot une-pièce, cela dépend de son humeur et de ce qu’elle veut faire, du sport ou une bronzette.
Du point de vue du style, les dix dernières années du millénaire sont, elles aussi, marquées par une nouvelle liberté. Tout ce qui plaît est permis. La mode se libère des lignes à suivre et mêle les styles aux idées individuelles des créateurs, revivifiant ainsi des modes déjà passées comme le style rétro. Le principe est simple : plus il y a de couleurs, plus c’est incompréhensible, mieux c’est ! Certains créateurs de mode essaient de changer de statut. La mode tend à devenir un art et le créateur, un artiste. Son travail ne se limite pas à habiller le corps, mais il lui donne aussi son expression ; il lui ôte son mutisme et le revêt de signifiants et de symboles qui communiquent avec d’autres corps.

Les critiques ont remarqué que la mode comme art correspond très bien à l’esprit des années quatre-vingt-dix : pas de message politique, expression inoffensive par excellence. Quant au créateur de mode, c’est un artiste qui se meut dans un monde de règles bien définies (c’est un beau corps, c’est une belle robe qui met en valeur le corps, cette belle robe, vous pouvez l’acquérir dans mon magasin…) il s’agit ici bien plus d’une parodie d’artiste. Cet « artiste » rêve de capitaux énormes et de conquête du monde grâce à ses créations. Ce n’est pas sans raison qu’il a choisi le domaine de la mode : un monde d’apparences, une enveloppe vide de sens, mais parfaite. Le principe de la haute couture est de remplacer la personnalité de l’individu par quelques pièces de tissu. La somme faramineuse qu’il faut dépenser pour acquérir une robe du soir d’un créateur, donne à celle qui la porte la garantie d’être unique et exceptionnelle pour le restant de sa vie.
Le créateur de mode est ainsi devenu l’artiste de cette société. Sa tâche est de procurer aux riches le décor lumineux, original et enchanteur digne de leur personne. Il est le maître de cérémonie d’une beauté mise en scène. On peut le comparer au maître des fêtes de la cour de Louis XIV. Toujours au service des riches et des puissants, il a pour tâche de pérenniser cette représentation théâtrale éphémère de la cour. L’art d’illuminer les fontaines et les jardins transforme le monde en un décor qui souligne la splendeur des habits. Ce monde n’existe que pour donner à ce défilé de mode l’atmosphère qui le mettra réellement en valeur. Cependant, cette réduction de la réalité à un défilé de mode et du monde à un décor semble n’interpeller personne.
Le changement le plus important au sein de la mode se fait dans les années quatre-vingt-dix. Cette nouveauté ressort plus du moyen de représentation de la mode que de ses techniques de fabrication. Le travail de l’image par ordinateur ouvre de nombreuses possibilités à la création. Retouches, améliorations et changements se font directement sur ordinateur et non plus sur les négatifs. La photo d’origine est réduite à une base qui sera manipulée par la suite. Le deuxième changement est quantitatif. Contrairement aux années cinquante où il faut faire appel à une danseuse nue pour présenter un maillot osé, on trouve à présent une ribambelle de jeunes filles prêtes à poser sans aucune gêne. La qualité des photos est sans cesse meilleure et s’accompagne d’une exigence toujours plus haute de la part du public. Une belle jeune fille en bikini ne suffit plus à accrocher les regards. Il faut à présent s’adapter aux critères esthétiques exigeants et donc corriger par les techniques modernes ce qui n’est pas assez parfait. Les dents vont être remises droites, limées, remplacées même par un bridge d’un blanc immaculé. Les interventions chirurgicales vont s’attacher à améliorer aussi la silhouette ou le visage.

La femme en bikini est ainsi « refaite », elle doit se soumettre à un régime strict et à un conditionnement physique programmé par ordinateur. Tel est l’idéal des photographes et de nos créateurs de mode. La vente du maillot de bain dépend plus de cette image parfaite que du maillot lui-même. Le mannequin est devenu un objet entre les mains du créateur. Mannequin et bikini sont deux produits utilisés à des fins publicitaires et économiques.
Les bikinis des années quatre-vingt-dix sont ainsi volontairement présentés dans des poses provocantes qui ne provoquent plus personne. Des beautés allongées sur le sable rejettent leur tête en arrière dans un mouvement d’extase ; elles ont un corps parfait, aux muscles modelés à force de body-building ; elles portent un bikini blanc qui contraste avec leur peau mate. Ce contraste (peau bronzée et maillot de bain blanc) met exactement en valeur ce qui devait être dissimulé quelques années auparavant. Il souligne les courbes avantageuses du mannequin et joue avec la connotation sexuelle de la jeune fille en bikini qui, dans une telle mise en scène, promet aux acheteuses une portion de « sex-appeal », qualité très recherchée par les femmes et les hommes.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le bikini et que vous vous trouvez en Allemagne, ne manquez surtout pas de visiter le musée d’art Bikini. Vous y découvrirez une exposition consacrée au bikini et à la culture balnéaire.
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