Karl Brioullov
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Karl Brioullov : Le peintre qui unit la rigueur classique à l’élan romantique

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Karl Brioullov (ISBN: 9798899561078), écrit par Galina Leontyeva, publié par Parkstone International.

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Le 23 décembre 1799, dans une modeste maison de l’île Vassilievski, naquit le troisième fils de l’académicien à la retraite Pavel Brullo, baptisé Karl.

La famille Brullo – qui, plus tard, lors du séjour à l’étranger de Karl et de son frère Alexandre, russifia son nom en Brioullov – avait depuis longtemps fait de la Russie sa patrie. À l’origine, elle portait le nom de Brulélleau et avait quitté la France après la révocation de l’édit de Nantes, cherchant refuge contre les persécutions, comme tant d’autres protestants. L’arrière-grand-père de Karl, Georges, entra en 1773 à la manufacture impériale de porcelaine de Saint-Pétersbourg comme modeleur. Son grandpère, Ivan Brullo, était sculpteur, tandis que son père s’était fait un nom comme maître de la sculpture sur bois, admiré pour son usage raffiné de l’or et de l’argent sur verre. Il porta même, un temps, le titre de professeur à l’Académie des beaux-arts.

Qu’est-ce qui, dans l’enfance de Karl, annonçait déjà l’émergence d’une personnalité hors du commun ? Paradoxalement, ce fut sa santé fragile qui joua un rôle déterminant. Sa maladie l’obligea à mener une vie retirée, propice à la contemplation, et favorisa chez lui une sensibilité attentive au monde.

Une famille italienne, 1831, Karl Brioullov
Une famille italienne, 1831. Aquarelle sur carton, 18,8 x 22,4 cm. Musée russe, Saint-Pétersbourg.

Jusqu’à l’âge de dix ans, il demeura sous l’influence directe de son père, figure aussi remarquable qu’exigeante. Dans le salon familial, l’épée de Pavel occupait une place d’honneur : sa lame émaillée de bleu portait, en lettres d’or, la devise maçonnique « Défends la vérité ».

L’objet était intouchable, mais la signification de ces mots – vérité et justice – était constamment rappelée aux enfants. Pavel Brullo, franc-maçon, appartenait à un courant qui jouait alors un rôle progressiste dans la vie intellectuelle russe.

L’atmosphère familiale associait affection, discipline et travail incessant – presque un credo. Les aînés veillaient naturellement sur les plus jeunes. Karl, reconnaissant envers son frère Fiodor pour les soins reçus, adoptera plus tard la même attitude envers ses élèves, qu’il traitera avec une sollicitude quasi paternelle.

Le père, toutefois, était aussi colérique. Un jour, pour une faute dont Karl ne se souviendra jamais, il le frappa si violemment que l’enfant resta partiellement sourd d’une oreille pour le reste de sa vie. Karl hérita de ce tempérament ardent : il supportait mal la contradiction et connaissait des accès de colère soudains.

Plus tard, il criera parfois sur ses élèves et, dans un moment de frustration, jettera même une botte sur sa toile Bethsabée. Mais cette instabilité s’accompagnait d’une indépendance farouche : en assumant pleinement ses émotions, il revendiquait le droit d’être lui-même – une exigence qui deviendra le fondement de sa personnalité artistique.

Portrait de la grandeduchesse Yelena Pavlovna avec sa fille, 1830, Karl Brioullov
Portrait de la grandeduchesse Yelena Pavlovna avec sa fille, 1830. Huile sur toile, 265 x 185 cm. Musée russe, Saint-Pétersbourg. Yelena Pavlovna (1806-1873), épouse du grand-duc Mikhaïl Pavlovitch.

Sous la surveillance constante de son père, sa formation était rigoureuse. Chaque matin, le petit-déjeuner lui était refusé tant qu’il n’avait pas accompli sa tâche : copier une gravure ou dessiner un certain nombre de figures. Un jour, après avoir terminé son exercice, il reprit son crayon – non plus pour copier, mais pour observer. Sur le papier apparurent une armoire, une table, une chaise. Pour la première fois, il dessinait d’après nature. À cet instant, il éprouva une force nouvelle : celle de transformer le monde visible en image et de créer, sur une surface plane, une réalité propre.

Un autre souvenir marquant fut un voyage à travers Saint-Pétersbourg pour rendre visite à son grand-père. En quittant l’univers protecteur de la maison, l’enfant découvrit la grandeur saisissante de la ville. Sur la perspective Nevski, il vit des chevaux tirer d’énormes blocs de granit et des matériaux de construction. La capitale apparaissait comme un immense chantier, animé d’une énergie titanesque. Cette vision de la ville en pleine expansion marqua profondément son imaginaire.

Siège de Pskov par le roi polonais Stefan Batory, 1843, Karl Brioullov
Siège de Pskov par le roi polonais Stefan Batory, 1843. Huile sur toile, 482 x 675 cm. Galerie Tretiakov, Moscou, Russie.

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