Alphonse Mucha, Art Nouveau
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L’âge d’or de l’Art nouveau avec Alphonse Mucha

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Alphonse Mucha (ISBN: 9781783102686), écrit par Patrick Bade et Victoria Charles, publié par Parkstone International.

Affiche pour Documents décoratifs, planche 56, 1902, Alphonse Mucha
Affiche pour Documents décoratifs, planche 56, 1902. Lithographie en couleur, 46 x 33 cm. Musée Mucha, Prague.

Au moment du regain d’intérêt des années 1960 pour l’Art nouveau, les étudiants du monde entier décoraient leur chambre d’affiches de Mucha représentant des jeunes filles aux mèches folles et les pochettes de disque s’ornaient de reproductions aux couleurs psychédéliques de cet artiste. Depuis lors, le nom d’Alphonse Mucha est immanquablement associé à l’Art nouveau et à la culture fin de siècle à Paris.

Les artistes n’aiment guère être réduits à une catégorie et Mucha aurait été indigné que sa réputation dépende presque uniquement d’une période de sa carrière qui dura à peine dix ans et qu’il considérait comme mineure. Ce fervent patriote tchèque n’aurait pas non plus apprécié d’être classé comme artiste << parisien >>.

Mucha naît le 14 juillet 1860 à Ivancice dans la province de Moravie. Celle-ci appartient alors au vaste empire des Habsbourg, qui commence cependant à se désagréger sous la pression du nationalisme naissant de diverses ethnies. L’année précédant la naissance de Mucha, les aspirations nationalistes de l’empire tout entier s’enhardissent avec la défaite de l’armée autrichienne en Lombardie, suivie de l’unification de l’Italie.

Pendant les dix premières années de la vie de Mucha, le nationalisme tchèque trouve son expression dans les poèmes musicaux de Bedrich Smetana, que le musicien intitule collectivement Má Vlast (Ma patrie), ainsi que dans son grand opéra épique Dalibor (1868). Le fait que le texte de Dalibor ait dû être écrit en allemand avant d’être traduit en tchèque est symptomatique de la lutte du nationalisme tchèque contre la domination culturelle de l’Allemagne sur l’Europe centrale. Dès sa plus tendre enfance, Mucha devait baigner dans l’atmosphère grisante et fervente du nationalisme slave qui imprègne Dalibor ainsi que Libusee, reconstitution de l’histoire tchèque composée par la suite par Smetana ; cette fluvre servit d’ailleurs à l’inauguration du Théâtre national tchèque en 1881, et Mucha lui-même créa plus tard pour celle-ci décors et costumes.

Tombée de la nuit, 1899, Alphonse Mucha
Tombée de la nuit, 1899. Lithographie mise en couleur, 68 x 103 cm. The Mucha Trust Collection.

Mucha, fils d’un huissier de la cour, grandit dans un milieu relativement modeste. Son propre fils, Jiri Mucha, devait plus tard faire remonter avec fierté au XVe siècle la présence de la famille Mucha dans la ville d’Ivancice. Malgré la pauvreté de sa famille, l’éducation de Mucha ne fut pas dépourvue de stimulation ni d’encouragement artistiques.

Selon son fils Jiri : << Il savait dessiner avant même de marcher, et sa mère lui attachait un crayon autour du cou avec un ruban de couleur pour qu’il puisse dessiner en se traînant par terre. Chaque fois qu’il perdait son crayon, il se mettait à hurler. << Sa première expérience artistique marquante fut sans doute liée à l’église Saint-Pierre, de style baroque, située dans la capitale locale de Brno, où il fut choriste dès l’âge de dix ans afin de financer ses études secondaires.

Pendant les quatre années passées dans ce chflur, il rencontra souvent Leoš Janácek, son aîné de six ans, qui allait devenir le plus grand compositeur de sa génération ; l’un et l’autre auraient le souci de créer un art véritablement tchèque.

La théâtralité sensuelle du style baroque d’Europe centrale, caractérisé par une décoration luxuriante curviligne inspirée de la nature, nourrit certainement son imagination et lui inspira le goût des << senteurs et des cloches >> ainsi que d’un bric-à-brac religieux, qu’il ne perdrait jamais. À l’apogée de sa gloire, son atelier était décrit comme << une chapelle profane… des paravents disposés de part et d’autre, qui auraient bien pu être des confessionnaux, et de l’encens brûlant en permanence. On pense plutôt à la chapelle d’un moine oriental qu’à l’atelier d’un artiste. >>

Tout en travaillant dans un bureau pour gagner sa vie, Mucha donnait libre cours à sa passion pour le dessin ; il présenta en 1877 ses efforts d’amateur autodidacte à l’Académie des beaux-arts de Prague, mais sa candidature ne fut pas retenue. Il continua deux ans encore son travail ingrat de fonctionnaire, puis, selon son fils Jiri, il perdit son emploi pour avoir fait le portrait d’une famille de gitans pittoresques, au lieu de noter leur signalement.

Étude pour L’Étoile du matin, 1902, Alphonse Mucha
Étude pour L’Étoile du matin, 1902. Dessin au crayon, lavis et aquarelle, 56 x 21 cm. The Mucha Trust Collection.

En 1879, il lut dans un journal viennois une annonce passée par les fabricants de décors de théâtre Kautsky-Brioschi-Burghardt, demandant des dessinateurs et des artisans. Mucha leur envoya quelques-unes de ses fluvres, avec succès, cette fois, puisqu’il obtint un emploi.

Ce jeune paysan qui n’avait jamais voyagé au-delà de Prague, ville pittoresque, mais demeurée provinciale, dut trouver la Vienne de 1879 absolument grandiose. Elle venait d’être remodelée par la rénovation urbaine la plus impressionnante de tout le XIXe siècle, le Paris d’Haussmann mis à part. Chacun des grands édifices publics bordant le boulevard circulaire du Ring, venu remplacer les remparts encerclant précédemment le cflur médiéval de la cité, incarnait une période historique censée refléter la fonction du bâtiment.

Le résultat faisait songer à un bal costumé grandiose traduit en termes architecturaux. Le courant Art nouveau dont Mucha allait devenir l’un des représentants les plus célèbres, réagit directement en opposition à cet historicisme pompeux et tape-à-l’flil. À cette époque, toutefois, Mucha était profondément influencé par le style décoratif ostentatoire de Hans Mackart, le peintre viennois le plus admiré de la période du Ring.

Affiche pour Documents décoratifs, 1902, Alphonse Mucha
Affiche pour Documents décoratifs, 1902. Lithographie en couleur, 46 x 33 cm. The Mucha Trust Collection.

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