Dracula : le roman de vampire – sang, peur et immortalité
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Dracula (ISBN: 9781644616208), écrit par Elizabeth Miller, publié par Parkstone International.
C’est Dracula qui introduisit vraiment le vampire dans la littérature. Ce roman eut tant d’influence qu’à ce jour que tous les écrivains du genre ont désormais le sentiment d’écrire dans son ombre. Stoker a réussi avec succès à mélanger plusieurs aspects disparates du folklore et des légendes, le roman gothique et les premières histoires de vampire, dans un roman où résonnent les peurs et les angoisses de son époque et de la nôtre.
Ses notes montrent clairement qu’il avait l’intention d’écrire un roman de vampire depuis le début, avant même d’avoir choisi le nom “Dracula” et la Transylvanie. Bien que son Comte Dracula soit le plus célèbre de tous les vampires, ceux-ci étaient déjà bien établis dans la littérature. Peut-être que Stoker connaissait bien Polidori et Rymer et avait lu la traduction de Richard Burton du conte oriental Vikram et le Vampire (publié de nouveau à Londres en 1893). Il connaissait certainement “Carmilla” de son confrère dublinois, Le Fanu.
Son influence apparaît non seulement dans le décor choisi à l’origine par Stoker, mais également dans sa description du vampire féminin, en particulier dans les trois vampires féminins du château de Dracula et leur influence sur Jonathan Harker.

Les thèmes sexuels de Dracula doivent certainement beaucoup au récit répressif de Le Fanu, en particulier au thème des angoisses du respectable gentleman victorien à propos de la sexualité féminine agressive et débridée. Mais il avait d’autres sources. Lors d’une interview peu de temps après la publication de son roman, Stoker observa que “sa connaissance des superstitions à propos des vampires représentées dans Dracula était tirée de diverses lectures” (Stoddard).
Interrogé sur les origines historiques de la légende, il répondit : “Elle est basée, j’imagine, sur une histoire comme la suivante : une personne a pu tomber dans un état de transe mortelle et avoir été enterrée avant l’heure. Ensuite le corps peut avoir été déterré et trouvé vivant, et à partir de là, les gens saisis d’horreur, dans leur ignorance ont imaginé qu’un vampire était dans les parages” (Stoddard).
Il semble que Stoker connaisse bien les oeuvres de Calmet, abondamment citées dans l’une de ses sources, On the Truths contained in Popular Superstitions (1851) (Les vérités contenues dans les superstitions populaires) de Herbert Mayo. Il connaissait également quelques croyances sur les vampires provenant des Etats-Unis. Ses notes contiennent un article de presse tiré du New York World (2 février 1896) intitulé “Vampires en Nouvelle Angleterre.” Cet article relate plusieurs cas de présumés vampires (victimes de la consommation) à Rhode Island, dont les corps furent exhumés et soumis à des rituels. Etaient également notées les apparitions de vampires du dix-huitième siècle, avec une indication sur les origines de cette légende en Grèce : “Une croyance existait selon laquelle les corps des chrétiens latins enterrés dans ce pays, ne pouvaient pas se décomposer dans leur tombe, étant sous l’interdiction de l’église grecque.”

L’article montrait l’aspect le plus terrifiant de la légende, selon laquelle la victime d’un vampire devient à son tour un vampire.
Jonathan Harker décrit le Comte Dracula de la façon suivante :
Un homme âgé et grand, rasé de prés à part une longue moustache blanche, habillé en noir de la tête au pied, sans la moindre trace de couleur.
Son visage était fortement – très fortement – aquilin, avec un nez à l’arête haute et aux narines étrangement courbées ; un front haut et bombé, et une chevelure clairsemée autour des tempes, mais abondante ailleurs. Ses sourcils étaient très épais, se rejoignant presque sur le nez, sa chevelure touffue semblait se recroqueviller dans son abondance. La bouche, pour ce que je pouvais en voir sous la lourde moustache, semblait immobile et plutôt cruelle, avec des dents blanches et étrangement pointues sortant par dessus les lèvres, dont la couleur très rouge démontrait une vitalité étonnante pour un homme de son âge. Pour le reste, ses oreilles étaient très pales et très pointues en haut ; le menton large et fort et les joues fermes bien que maigres. L’impression générale qui s’en dégageait était celle d’une pâleur extraordinaire.
Je ne pouvais m’empêcher de remarquer qu’elles [ses mains] étaient plutôt grosses – larges, avec des doigts trapus. Etrangement, il y avait des poils au centre de la paume. Les ongles étaient longs et fins, et se terminaient par une pointe aiguisée.
Pour cette description physique, Stoker s’appuie largement sur des sources folkloriques et littéraires. The Book of Were-Wolves (1865) (Le Livre des Loups garous) de Rev. Sabine Baring-Gould (auteur du fameux hymne “Onward Christian Soldiers” – En Avant Soldats du Christ) lui fournirent la description des grandes et grosses mains aux doigts trapus, aux ongles longs, fins et coupés en pointe aiguë, avec des poils dans la paume. Les autres traits – le nez aquilin, le front bombé, les gros sourcils, la grosse moustache recouvrant une bouche “immobile à l’aspect plutôt cruel” et sa “pâleur extraordinaire” s’inspirent beaucoup des méchants des premiers romans. Tous ceux qui connaissent la littérature noire du dix-neuvième siècle savent que beaucoup de ces traits étaient devenus, du temps de Stoker, des caractéristiques du méchant du roman gothique, qui pervertissait moralement l’individu qui,s’étant éloigné de la vertu, se retrouvait isolé. Si l’on considère que Dracula contient une allusion directe à Cezare Lombroso, il est possible que Stoker ait eu ce physionomiste en tête lorsqu’il décrivait le Comte. Dans son Criminal Man (1875) (Le Criminel) Lombroso décrit le criminel typique avec un nez aquilin, des sourcils touffus, et des oreilles pointues. Certains spécialistes pensent que Stoker pensait à des personnes précises comme modèles physiques de Dracula, en particulier Vlad l’Empaleur et son propre employeur, Henry Irving. Alors que rien ne prouve qu’il ait utilisé un portrait ou une description physique de Vlad (bien que certains pensent le contraire), il est possible que les nombreux rôles de méchants joués sur scène par Irving (en particulier Méphistophélès dans Faust) aient eu une influence.

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