Le baiser des vampire : les femmes fatales dans la légende de Dracula
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Dracula (ISBN: 9781644616208), écrit par Elizabeth Miller, publié par Parkstone International.
Tous les vampires littéraires du dix-neuvième siècle n’étaient pas de sexe masculin. Une fois que le vampire fut sorti du cimetière et introduit dans la bonne société, il devint une bonne représentation de la “femme fatale” dans les nouvelles adaptations des archétypes mythologiques des Sirènes, Méduse, Harpies, Pandora, Delilah, Salomé, Eve, et Lilith. Le personnage de la “femme fatale” fut introduit dans la littérature par les poètes romantiques britanniques, comme la “Christabel” de Coleridge et “La Belle Dame Sans Merci” de John Keats. Dès 1836 on trouve la nouvelle de Théophile Gautier intitulée “La Morte Amoureuse” (1836), l’histoire du vampire féminin Clarimonde qui séduit et prend possession d’un jeune prêtre. Le poète français Baudelaire (1821-1867) qui exerçait une grande influence sur le Mouvement Décadant, inclut dans ses Fleurs du Mal (1857) un poème intitulé “Les Métamorphoses du Vampire” qui célébrait l’union du sexe et de la mort.
Le vampire féminin le mieux connu et le plus influent de la littérature du dix-neuvième siècle fut créé par l’écrivain irlandais, Sheridan Le Fanu, dont la collection de contes – In a Glass Darkly (dans un verre obscur) (1872) – comprenait le conte de Carmilla, le prototype féminin du vampire. Dans “Carmilla,” Le Fanu ne se contente pas d’ajouter un élément à caractère fortement psychologique absent de la première nouvelle, mais nous fournit également le premier vampire féminin du roman britannique. Le modèle est sans aucun doute Géraldine du poème de Coleridge “Christabel” qui parle d’une étrange femme au passé mystérieux qui a besoin d’aide pour franchir le seuil.

L’histoire décrit également le folklore des vampires d’Europe de l’Est. Le vampire est détruit de la manière prescrite si souvent : le pieu dans le coeur “selon la pratique ancestrale” ; elle est décapitée, son corps et sa tête sont brûlés et ses cendres éparpillées. “Carmilla” a de nombreux points communs avec le vampire de Bram Stoker : les canines pointues et aiguisées, pareille au vampire glissant à travers les fissures, entrant sous la forme de brouillard, produisant une langueur, protégeant son existence de la lumière du soleil, et apparaissant sous la forme d’une bête. Le Fanu paraissait bien connaître les récits du dix-huitième siècle, car sa description de la destruction du vampire Carmilla ressemble beaucoup à plusieurs passages du traité de Calmet. Cependant, ce qui est unique dans “Carmilla,” n’est pas seulement le fait que l’attirance sexuelle de la victime pour le vampire soit plus prononcée, mais que celle de Carmilla s’exerce seulement sur les autres femmes. Carmilla est l’éternel animal incarné dans la femme, la contrepartie bestiale de l’idéal virginal. Elle est le sosie de Laura, le moi sombre qui lutte contre les restrictions légitimement imposées par la société patriarcale.
Tout au long du siècle, le vampire littéraire féminin devint plus souvent la représentation de la diabolisation misogyne des femmes qui s’écartaient des normes idéalisées de chasteté, de docilité et de propriété. En 1896, Arthur Symons (“Le Vampire” de Lesbia) établit clairement le lien entre les femmes sexuellement agressives et la soif de sang coupable : “femme intolérable, quel est le nom/de ta folle complexité honteuse ?/Vampire !” La “créature exsangue blanche de la nuit” qui “ne peut trouver le repos/Tant qu’elle n’aura pas aspiré le coeur de la poitrine d’un homme/et bu son sang, veine par veine.” La femme vampire devint un personnage familier dans les oeuvres d’art, particulièrement dans les années 1890, dans les oeuvres d’Albert Pénot, Edvard Munch, Max Kahn, et Philip Burne-Jones.

Entre-temps Bram Stoker commença à écrire Dracula, le vampire était un trope artistique bien établi. Un certain nombre de conventions étaient déjà en place : le vampire vient d’une vieille famille aristocratique (et habituellement étrangère) ; le vampire est grand, sombre, spectral, et habillé en noir, le vampire possède des crocs pointus qui laissent deux marques de morsure sur sa victime ; le vampire est une créature d’une force physique exceptionnelle ; le vampire a un fort pouvoir de séduction sur les femmes ; la réaction de la victime face au vampire est ambivalente, dénotant à la fois une attirance et une répulsion ; le vampire a le pouvoir de se transformer en animal, d’entrer sous la forme de brouillard, de se glisser à travers une fissure ; et la façon la plus efficace de détruire un vampire est de planter un pieu en bois dans son coeur.
A l’approche du dix-neuvième siècle, le vampire commence à prendre de nouvelles caractéristiques métaphoriques, provenant du conditionnement social et culturel de la fin de l’époque Victorienne anglaise. Dans un contexte mélangeant débats continuels à propos de la Théorie de l’Evolution de Darwing, traités des caractéristiques physiologiques associées à la dégénérescence, âge de l’art et de la littérature Décadants, âge d’Oscar Wilde, tendances xénophobes provoquées par l’immigration massive en provenance de l’Europe de l’est, et inquiétudes masculines à propos de la “Nouvelle Femme”, Bram Stoker écrivit Dracula, le roman décrivant le vampire du vingtième siècle et au-delà.

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