Egon Schiele
Art,  Français

L’univers provocateur d’Egon Schiele : émotion, érotisme et expression

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Egon Schiele (ISBN: 9781783102570), écrit par Esther Selsdon et Jeanette Zwingenberger, publié par Parkstone International.

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Schiele, l’homme tourmenté

Ce qui surprend, c’est la disparité entre l’aspect physique de Schiele et ses autoportraits d’une laideur repoussante. Gütersloh, par exemple, décrit Schiele comme quelqu’un « d’extraordinairement beau, d’apparence soignée, à qui l’on ne voyait jamais même une barbe d’un jour, un jeune homme élégant dont les bonnes manières contrastaient étrangement […] avec les mauvaises manières qu’on lui prêtait en matière de peinture ». Or, Egon Schiele se peint le front large et élevé, les yeux écarquillés, profondément enfoncés dans les orbites caverneuses et le regard tourmenté, le corps amaigri, parfois mutilé jusqu’à n’être plus qu’un torse, les membres semblables à ceux d’une araignée. Les mains osseuses évoquent la mort à l’oeuvre. Son corps reflète les couleurs blafardes de la décomposition. Dans nombre de ses tableaux, il se dote d’un visage ressemblant à un crâne. Dans un vers, Egon Schiele professe : « Tout est mort vivant. » Tout comme Kokoschka, Schiele soliloque avec son double, la mort.

En même temps, l’image qu’a Egon Schiele de sa personne est celle d’un homme tourmenté : « La seule raison pour laquelle je dis que j’existe c’est parce que je me […] sacrifie et que je dois mener une vie de martyr. » Si la peinture contemporaine écarte les sujets religieux de son champ de vision, l’artiste les incarne désormais à travers son propre narcissisme. Sa ressemblance avec le Christ devient encore plus flagrante dans une lettre adressée à Roessler : « J’ai fait des sacrifices pour autrui, pour ceux que j’ai pris en pitié, pour ceux qui étaient très loin ou qui ne voyaient pas le voyant que je suis. » Son destin de marginal aboutit à l’idéal de l’artiste en tant que rédempteur de l’humanité. Dans le programme des Neukünstler (nouveaux artistes), il déclare : « Aujourd’hui, dans les expositions, les gens revivent leurs expériences. L’exposition est aujourd’hui indispensable […] c’est la grande expérience dans l’existence individuelle de l’artiste. » Toutefois, il a déjà dépassé la copie narrative ; ce qui l’intéresse, c’est de représenter la vie intérieure de son âme. Le nu est un acte de révélation. Et voilà que l’oeuvre, de par sa mise en scène expressive du moi, se transforme en spectacle de sa propre vie.

Prédicateur, 1913, Egon Schiele
Prédicateur, 1913. Gouache, aquarelle et crayon, 47 x 30,8 cm. Collection Leopold, Leopold Museum, Vienne.

La Fascination pour la mort

Le Viennois de la fin du siècle vit dans la nostalgie de la mort et s’exalte sur « le beau cadavre ». « Combien tout ce qui est en devenir semble donc malade », écrit Trakl qui sera tué au front en 1914. Schiele partage l’intérêt d’Osen, qui se fait interner dans l’asile d’aliénés de Steinhof pour étudier la mimique des malades, pour les aspects pathologiques de la maladie.

Dans la clinique du gynécologue Erwin von Graf, Egon Schiele observe et dessine des femmes malades et enceintes, et il peint des tableaux de nourrissons ou d’enfants mort-nés. Schiele est « fasciné par les ravages des souffrances répugnantes auxquelles sont exposés ces êtres pourtant innocents. Etonné, il voyait les altérations étranges de la peau, dans les vaisseaux flasques de laquelle s’écoule avec lenteur un sang clair et séreux et des humeurs gâtées ; avec une égale surprise, il voyait les yeux verts craignant la lumière derrière des paupières rougies par l’inflammation, les gueules baveuses – et l’âme contenue dans ces méchants vaisseaux », nous rapporte Roessler. En cela, il ressemble à Oskar Kokoschka que l’on surnomme Seelenschlitzer (celui qui dissèque les âmes) et dont on a dit qu’il « mettait à nu d’une manière hallucinante le squelette intellectuel de la personne dont il faisait le portrait en n’en dessinant que la main ou la tête ». Il commente la lithographie en couleur accompagnant son drame Assassin, espoir des femmes par ces mots : « L’homme est rouge sang, c’est la couleur de la vie, mais il gît mort dans le giron d’une femme qui, elle, est blanche, c’est la couleur de la mort. » L’homme et la femme forment ensemble la ronde de la vie et de la mort.

Jeune fille à genoux dans une robe rouge-orange, 1910, Egon Schiele
Jeune fille à genoux dans une robe rouge-orange, 1910. Gouache, aquarelle et crayon noir sur papier. 44,6 x 31 cm. Collection Leopold, Leopold Museum, Vienne.

Créatures ébauchées

En peu de traits, Egon Schiele dessine les contours du corps sur le papier. Deux lignes forment une cuisse. Le trait est dynamique, s’affaiblit, suit l’élan d’un mouvement esquissé avec rapidité. En denture, aux angles brutaux, voilà comment il aime l’ossature. Le trait de Egon Schiele se transforme en calligraphie, saisissant en quelques lignes l’expression du corps. Or le galbe arrondi de la poitrine contraste avec l’aspect revêche et osseux des épaules et du bassin, les mamelons orangés et la vulve se transforment en blessure.

Cependant, la physionomie de ses modèles reste anonyme et inachevée, les yeux en boutons font plutôt penser à une poupée qui représenterait n’importe quelle femme. Le corps est tourné vers le regard du spectateur, devant les yeux duquel elle exhibe ses organes génitaux. Ce qui paraît étrange c’est le geste des mains, les doigts écartés, mains qui paraissent rébarbatives et dures, et rappellent ainsi celles de Schiele.

Mère avec ses deux Enfants III, 1915 - 1917, Egon Schiele
Mère avec ses deux Enfants III, 1915 – 1917. Huile sur toile. 150 x 160 cm. Österreichische Galerie Belvedere, Vienne.

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