Frida Kahlo
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Un corps brisé, un esprit indestructible – L’histoire de Frida Kahlo

Dans cette vidéo, nous avons utilisé la vidéo de Taryn Elliott, intitulée « Woman Walking », provenant de Pexels.

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Frida Kahlo (ISBN: 9781783108336) écrit par Gerry Souter, publié par Parkstone International.

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Enfant, partout où elle allait, elle courait comme s’il lui restait peu de temps et tant de choses à accomplir. Magdalena Carmen Frieda Kahlo y Calderón naquit le 6 juillet 1907 à Coyoacán, au Mexique. En ce temps-là, courir, se cacher et apprendre à identifier rapidement quelle armée s’approchait du village, étaient des aptitudes quotidiennement requises pour la survie des civils mexicains. Excepté pour quelques lettres intimes, Frida finit par abandonner l’orthographe allemande de son nom, hérité de son père, Wilhelm (transformé en Guillermo), un hongrois élevé à Nuremberg. Sa mère, anciennement Matilde Calderón, dévote catholique et métisse d’ascendance indienne et européenne, possédait une vision profondément conservatrice et religieuse de la place d’une femme dans le monde. De l’autre côté, le père de Frida était un artiste, un photographe d’un certain renom qui l’encourageait à penser par elle-même. Guillermo était entouré par ses filles dans la Casa Azul (la maison bleue) située à l’angle des rues de Londres et Allende à Coyoacán. Au coeur de cette vie de famille traditionnelle, il s’accrocha à Frida comme à un succédané de fils, destiné à suivre ses pas dans le domaine des arts. Il devint son premier mentor en l’éloignant des rôles traditionnels acceptés par la majorité des femmes mexicaines. Elle lui servit d’assistante dans son laboratoire et commença à apprendre le métier, bien que sans grand enthousiasme pour le médium photographique. Elle voyageait à ses côtés pour être présente au cas où il aurait été saisi d’une crise d’épilepsie.

Guillermo Kahlo était un homme fier et exigeant, ayant ses habitudes et s’adonnant à de nombreuses activités intellectuelles, allant du goût pour la belle musique classique – il jouait presque quotidiennement sur un piano allemand – à sa propre peinture et son admiration pour l’art. Son travail à l’huile et à l’aquarelle était quelconque, mais cela fascinait Frida de le voir réaliser des tableaux sur une simple toile en utilisant les petits coups de pinceau d’un retoucheur de photo au lieu de se contenter de dissimuler les doubles mentons sur les portraits de clients suffisants.

Portrait d’Alicia Galant (détail), 1927, Frida Kahlo
Portrait d’Alicia Galant (détail), 1927. Huile sur toile, 107 x 93,5 cm. Museo Dolores Olmedo, Mexico.

Il entretenait avec rigidité sa propre dualité : extérieurement actif, mais prisonnier de son épilepsie lorsqu’il reprenait conscience, étendu dans la rue, terrassé par une attaque du grand mal, Frida agenouillée à ses côtés, tenant le flacon d’éther sous son nez et s’assurant que son appareil photographique n’avait pas été dérobé. Il jouait sa musique et lisait les ouvrages de sa grande bibliothèque, mais intérieurement, il était en proie à une constante agitation due à son besoin d’argent pour soutenir sa famille. Il portait ce que Frida décrivait comme un masque « serein ». Elle adopta ce self-control ou du moins son apparence, dans les plus sombres moments de son existence, refusant de laisser transparaître en public les émotions que cachait cette image stoïque.

Frida Kahlo était gâtée, choyée et sensible. Le succès de son père lui valut de travailler pour le gouvernement de Porfirio Díaz, photographiant l’architecture mexicaine sous un jour alléchant censé attirer les investissements étrangers. Depuis 1876, Díaz jouissait de trente ans de règne en tant que président du Mexique et appliquait une philosophie darwinienne dans sa manière de gouverner le peuple mexicain. Ce concept – « le meilleur survivra » – signifiait pratiquement que tout l’argent et les projets du gouvernement étaient destinés à favoriser les riches et les puissants en délaissant les paysans moins productifs. Le Mexique devint le chéri économique du commerce international, les pays étrangers tirant profit de ses richesses minières et de sa main d’oeuvre bon marché. Les coutumes et la culture européennes dominaient, tandis que les traditions mexicaines et indiennes dépérissaient. Díaz avait personnellement choisi Guillermo Kahlo pour montrer les meilleurs aspects du Mexique aux investisseurs étrangers, promouvant le photographe du statut de portraitiste itinérant au rang de membre d’une classe moyenne ardemment convoitée.

Autoportrait au singe, 1938, Frida Kahlo
Autoportrait au singe, 1938. Huile sur masonite, 40,6 x 30,5 cm. Albright-Knox Art Gallery, Buffalo.

Kahlo ne perdit pas un instant et fit l’acquisition d’un terrain dans le faubourg de Coyoacán situé à la périphérie de la ville de Mexico et construisit la Casa Azul, une maison mexicaine traditionnelle – peinte dans un bleu profond et ornée de bordures rouges – les pièces donnant sur un patio central. En 1922, pour lui assurer mieux qu’une éducation médiocre, il inscrivit Frida à la « Escuela Nacional Preparatoria » de San Ildefonso. Elle faisait partie des trente-cinq jeunes filles admises sur un total de deux mille élèves et devint un personnage dans sa classe, entourée de garçons qui allaient devenir d’éminents intellectuels ou les futurs membres du gouvernement du Mexique. Elle profita pleinement de ce nouvel affranchissement des tâches ménagères abêtissantes et fréquenta un certain nombre de cliques au sein de l’école. Elle ressentait un véritable sentiment d’appartenance au groupe d’intellectuels bohêmes des Cachuchas – ainsi nommés en raison de la casquette qui constituait leur signe distinctif. A la tête de cette bande bigarrée et élitiste se trouvait Alejandro Gómez Arias qui, dans chacun de ses innombrables discours, réaffirmait qu’une renaissance du Mexique requérait « optimisme, sacrifice, amour et joie » ainsi que des chefs valeureux. Sa bonne tournure, ses manières assurées et son intelligence impressionnante séduisirent Frida. Toute sa vie, Frida attira des hommes de cette trempe et, une fois conquis, ils restaient tous pris dans les filets de sa passion et de sa possessivité. Mais chaque conquête était aussi une énigme pour cette fille de la campagne et la forçait à se demander ce que ces hommes résolus pouvaient bien voir en elle.

Elle était petite, ténébreuse, menue et boiteuse. A l’âge de six ans, Frida fut atteinte d’une poliomyélite qui atrophia sa jambe droite, la laissant avec une jambe plus courte. Les enfants du voisinage la traitaient de « pata de palo » ou « jambe de bois ». Pour cacher son malheur, elle portait de multiples couches de bas sur sa jambe maigre et se fit surélever le talon de sa chaussure d’un centimètre et demi. Connaissant l’état de la médecine au Mexique dans les années 20 – bains d’huile de noix chaude et doses de calcium – elle pouvait s’estimer heureuse d’être en vie. Pour améliorer encore sa démarche, elle se jeta à corps perdu dans le sport : la course, la boxe, la nage et la lutte, toutes des activités harassantes à la disposition des filles. Mais le meilleur des sports était le débat intellectuel et, en Arias, elle avait trouvé une véritable âme soeur.

Le Poussin, 1945, Frida Kahlo
Le Poussin, 1945. Huile sur masonite, 27 x 22 cm. Museo Dolores Olmedo, Mexico.

En 1923, ils étaient amants et passaient des heures à la bibliothèque ibéro-américaine, à ingurgiter Gogol, Tolstoï, Spengler, Hegel, Kant et autres grands esprits européens. De ces séances et de ses propres lectures, elle développa progressivement de profondes affinités pour le socialisme et l’édification des masses. A ses yeux, dans ce cercle d’étudiants arrivistes, ces deux concepts étaient des paroles abstraites, mais elle demeura toute sa vie une communiste engagée qui n’hésitait pas à s’exprimer. Elle remplaça même 1907, sa véritable année de naissance, par 1910, date du début de la Révolution mexicaine, en gage d’affirmation de son engagement envers les idéaux révolutionnaires.

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