L’érotisme et l’art sensuel dans L’art du plaisir
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art du Plaisir (ISBN: 9781639199587), écrit par Hans-Jürgen Döpp, publié par Parkstone International.
Cette liberté qu’accorde la distance, se voit dans les réactions différentes des lecteurs de magazines pornographiques et des spectateurs d’fluvres d’art. Qui a vu sourire un lecteur de revues pornographiques ? En revanche, cette sérénité s’installe souvent lorsque l’on regarde un tableau. L’art serait capable de réduire la force immédiate de la sensualité. Qui déclare avec dédain qu’une oeuvre d’art est pornographique, en s’en détournant avec dégoût, ne démontre que son manque de sensibilité pour ce qui est représenté. Ce refus n’est même pas le signe d’une moralité particulière, mais plutôt d’un manque de culture érotique. Eduard Fuchs, le grand maître de l’art érotique dont on accusait les livres d’être pornographiques, considérait lui aussi l’érotisme comme le thème fondamental de l’art : la sensualité est omniprésente dans chacune de ses manifestations. Dans ce sens, il serait presque tautologique de vouloir parler d’art érotique. Longtemps avant Fuchs, Lou Andreas-Salomé remarquait les affinités électives entre érotisme et esthétique : << Le fait que la pulsion d’art et la pulsion d’amour offrent de si vastes analogies, que l’enchantement esthétique glisse si imperceptiblement dans le plaisir érotique, que le désir sexuel aspire si involontairement au beau comme ornement, semble être un signe d’un développement fraternel à partir d’une origine commune >>.

Lorsque l’on demanda à Picasso, vers la fin de sa vie, quelle était la différence entre art et érotisme, il répondit d’un air méditatif et rêveur : << Mais, il n’y a pas de différence >>. Tandis que d’autres craignaient l’érotisme, Picasso mettait en garde contre les expériences dangereuses de l’art : << L’art n’est jamais chaste, on devrait le tenir loin de tous les ignorants innocents. Ceux qui ne sont pas suffisamment préparés, ne devraient jamais entrer en contact avec lui. Oui, l’art est dangereux. Quand il est chaste, il n’est plus de l’art >>. Voilà pourquoi les << gardiens des mflurs >> voudraient tant supprimer toute expression artistique et littéraire. Si le spirituel est le propre de l’homme, tous ceux qui le mettent en contradiction avec le sensuel sont hypocrites. En s’élevant vers l’érotisme et vers l’art, la sexualité atteint sa véritable forme spirituelle, c’est-à-dire humaine. D’ailleurs, certains traduisent érotisme par << art d’aimer >>. Ce qui fut exclu du processus de civilisation exige un moyen propre qui lui correspond pour se développer : l’art.
<< Pornographique >> est une qualification dévalorisante utilisée par ceux qui n’ont aucun rapport avec l’érotisme. Il semble que leur sensualité échappe à toute chance d’être formée. C’est pourquoi ces sous-privilégiés de la culture aiment se présenter comme experts ou avocats et voient les dangers de la sexualité même là où ils apparaissent sous les formes adoucies de l’art. De même, le fait qu’une fluvre puisse blesser des sentiments, ne la rend pas pour autant pornographique.

L’art ne procure pas seulement du bonheur ; son devoir est également d’irriter et de bouleverser les hommes. La notion de pornographie est donc inopportune et déplacée. Des représentations artistiques d’ordre sexuel appartiennent incontestablement, qu’elles irritent ou fassent plaisir, à l’art, sauf s’il s’agit de travaux bornés et sans esprit. Mais ceux-ci, au moins, ne sont pas dangereux.
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