De la scène à la toile – L’art unique de Léon Bakst
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Léon Bakst (ISBN: 9798894050270) écrit par Elisabeth Ingles, publié par Parkstone International.
“Un merveilleux décorateur doté d’un goût exquis, d’une imagination infinie, un homme d’un raffinement extraordinaire, un aristocrate” : c’est ainsi que son amie et collègue Anna Ostroumova-Lebedeva décrit Léon Bakst. Bakst fut l’un des principaux acteurs du bouillonnement culturel russe du début du siècle et, avec son proche collègue Alexandre Benois, il révolutionna le concept de scénographie et joua un rôle prédominant dans la formidable explosion de talents orchestrée par le grand Serge Diaghilev.
Le groupe créé par Diaghilev, le Monde de l’Art, fut au centre de la production artistique du début du vingtième siècle dans ce qu’elle avait de plus original. On peut dire en effet que c’est en grande partie grâce aux expositions organisées à son initiative que la perception esthétique de la culture russe prit un nouveau tournant. L’un des principaux artisans de ce changement fut Lev Rosenberg, un homme calme, timide et pauvre plus connu sous le nom de Léon Bakst.

Entre les années 1870 et 1917, c’est la Russie tout entière qui connaît une extraordinaire série de changements. Un large éventail de facteurs contribue à l’effervescence de cette époque, non seulement dans le domaine culturel mais aussi dans celui de la politique. La littérature les encourage tout en reflétants ces différentes tendances : Dostoïevski et Tourgueniev ont beaucoup à dire sur l’injustice sociale, et Gorki, se joignant à la ferveur révolutionnaire grandissante de ce début de siècle, écrit en 1901 un poème en prose qui deviendra le cri de ralliement du mouvement réformateur. Les tentatives de la classe paysanne d’obtenir plus de liberté, plus de droits et une plus large représentation au gouvernement se heurtent à la rigidité du pouvoir en place qui, craignant les conséquences de ces revendications, cherche à les étouffer. Tous ces facteurs contribueront aux terribles bouleversements politiques de 1905 et à ceux, dramatiques et irrévocables, de 1917. Le changement est en marche et rien ne pourra l’arrêter, ni dans le domaine politique ni dans celui de la culture.
Dans les années 1890, le principal mouvement culturel russe, dont les adeptes étaient connus sous le nom d’”Ambulants” en raison des expositions itinérantes qui leur permettaient de montrer leurs oeuvres à travers tout le pays, avait atteint sa pleine maturité. Tel un fruit mûr encore savoureux, il était néanmoins au bord de la décomposition. Comme cela est souvent le cas dans l’histoire de l’art, l’académisme alors en faveur auprès de l’establishment russe rendait impossible le surgissement de toute innovation artistique ou de toute pensée nouvelle. C’est ainsi que, malgré des progrès très nets dans la voie de l’affranchissement par rapport à l’académisme, et malgré de splendides peintures de genre, oeuvres à thème historique et portraits qui encore aujourd’hui parlent à notre imagination, les Ambulants commençaient à perdre de leur originalité, devenant de moins en moins audacieux et exigeants.

Dans ces conditions, il était presque inévitable que le Monde de l’Art et ses forces nouvelles reprissent le flambeau de l’avantgarde. Bien qu’il n’avançât aucune théorie nouvelle, ce mouvement privilégiait avant tout l’individualisme et la personnalité de l’artiste. Rappelons qu’il s’était largement inspiré du groupe des Ambulants, et que la jeune génération d’artistes reconnut par la suite avec gratitude son rôle dans le développement de leur mouvement.
Le ballet, qui connaissait depuis 1738 une popularité grandissante à Saint- Pétersbourg en raison de l’admiration de Pierre le Grand pour la culture française et italienne, et qui s’était par la suite implanté également à Moscou, resta l’une des formes de spectacle les plus populaires tout au long du dix-neuvième siècle. Il atteignit de nouveaux sommets avec les créations de chorégraphes tels que Marius Petipa (1822- 1910) et de compositeurs tels que Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), dont la collaboration donna naissance aux trois classiques immortels que sont Le Lac des Cygnes, La Belle au Bois dormant et Cassenoisette. L’opéra commençait lui aussi à sortir de l’obscurité où il s’était trouvé relégué au début du siècle. Grâce aux efforts de mécènes éclairés tels que Savva Mamontov, les oeuvres de Tchaïkovski, Balakirev, Borodine, Moussorgski et Rimski- Korsakov connurent un succès considérable, et la voix de basse du grand Chaliapine fut reconnue au niveau international. Les créations de l’époque sont d’ailleurs toujours applaudies avec enthousiasme sur les scènes du monde entier.

Avec Diaghilev tout allait changer. C’est en tant que promoteur d’autres artistes que cet homme lui-même immensément doué, musicien de bon niveau, doté d’un grand sens critique pour la peinture, allait acquérir une renommée encore vivante aujourd’hui. Il eut l’idée de rassembler une multitude d’artistes aux talents fondamentalement divers pour observer ce qui aller en résulter. Tout en suivant l’exemple du généreux Mamontov, qui encourageait la collaboration entre artistes de premier plan pour la création d’opéras nouveaux et originaux, Diaghilev poussa le concept beaucoup plus loin et, avec ses co-fondateurs de Mir Iskoustva (le Monde de l’Art), il réunit des peintres, des musiciens, des danseurs et des chanteurs dont les noms sont aujourd’hui synonymes d’éclat, de prestige et de pittoresque, mais aussi d’une approche radicale et stimulante de l’art. Les Ballets russes de Diaghilev, directement issus du Monde de l’Art, permirent à de nombreux artistes de laisser s’exprimer leur génie : des peintres (Benois, Picasso, Bakst), des compositeurs (Ravel, de Falla, Debussy, Stravinski), un chorégraphe (Fokine) et des danseurs (Pavlova, Karsavina, Nijinski). Léon Bakst trouve tout naturellement sa place dans cette impressionnante brochette d’artistes prestigieux.

Pour mieux connaître Léon Bakst, poursuivez cette passionnante aventure en cliquant sur :



