Le pressionnisme
Art,  Français

Révéler l’histoire cachée des artistes sur les toiles de graffiti

Tout le monde connaît le Street Art ou l’Art Urbain. Dans quelle ville du monde, petite ou grande, sur quelle route de n’importe quel pays, dans quelle gare ou autre terrain vague ne voit-on pas apparaître ces images fugitives, souvent incongrues voire incompréhensibles, mais qui sont là, présentes, décoratives, intrusives, puissantes ou colorées, modifiant l’aspect de la ville, des murs et embellit des endroits voués à la tristesse ou à la destruction ? Considéré par les jeunes comme des signes de ralliement et par les plus âgés comme un saccage du paysage urbain, le Street Art est aujourd’hui partout et fait partie intégrante de notre vie quotidienne. En revanche, le grand public ignore l’origine de ce mouvement considéré enfin et à juste titre comme artistique depuis peu.

Longtemps méprisé, celui-ci a été souvent jugé illégal. Réprimés par la justice, traqués et chassés par la police, ces artistes ont longtemps été assimilés à des hors-la-loi, des parias. Ne serions-nous pas, en fait, passés à côté, une fois de plus, d’une révolution artistique silencieuse sans même nous en rendre compte ? La Pinacothèque de Paris souhaite aujourd’hui raconter l’origine de ce qui est sans doute un bouleversement artistique majeur du dernier tiers du XXe siècle.

Crash, Sans titre, 2011, artistes, Le pressionnisme
Écriture typique de Crash qui, depuis son triptyque de jeunesse, travaille sur des partitions verticales, où chaque lettre s’individualise.
Œuvres d’art: CRASH (John Matos ; Américain, né en 1961), Sans titre, 2011. Peinture aérosol sur toile. 76 x 184 cm. Collection privée, Paris.

En lui donnant enfin un nom, le PRESSIONNISME, en référence à l’usage de la bombe comme nouveau médium, la Pinacothèque de Paris souhaite montrer comment nous avons ignoré depuis quarante ans une des plus fantastiques révolutions artistiques du siècle dernier. Comment les institutions muséales ont-elles pu oublier des génies comme Rammellzee sans se rendre compte qu’elles commettaient les mêmes erreurs que celles de leurs prédécesseurs, faites à l’encontre des impressionnistes à la fin du XIXe siècle ? Depuis les années 1930 et la fin des « isme » (Cubisme, Surréalisme, Constructivisme, Dadaïsme, etc.), la vie artistique et le monde culturel, au nom du sacré d’un Art contemporain mondain et décadent, a détruit totalement ce qu’en histoire de l’Art on appelle « la scolastique » : des artistes qui se regroupent par affinité, pensent et réinventent des formes nouvelles d’art. L’exposition Klimt et la Sécession présentée actuellement, montre à quel point l’art ne peut se régénérer que par la réflexion commune, les dialogues et les confrontations d’artistes. Je n’arrive pas à me retirer de l’esprit la plus célèbre de ces confrontations, presque une prémonition cinq siècles avant nos grapheurs d’aujourd’hui : Léonard et Michel-Ange, à Florence, en 1506, face à face, chacun sur son mur du Palazzo Vecchio, peignant chacun une vision d’une des batailles illustrant la gloire de Florence.

Depuis plus d’un demi-siècle, le marché de l’art et sa logique spéculative, alliés à la bêtise mondaine du monde culturel, n’ont plus donné naissance qu’à des individualités rongées par leur ambition de trouver la potion magique qui fera parler d’eux, au point d’en perdre toute logique artistique. La notion d’École s’est perdue, celle de groupe a disparu. La confrontation n’existe plus. Le dialogue a périclité. Ne reste plus que la carrière.

Et quand un groupe de révoltés commence, dans les années 1970, à s’exprimer, s’affronter, certes avec un langage peu orthodoxe, au point d’être catalogués rapidement comme « gangs de toxicos », personne ne décèle l’émergence de ces talents cachés, qui vont tous se parler, se connaître, se comparer, se mesurer les uns aux autres au point de former un groupe homogène, instituant leurs propres maîtres, couronnant leurs rois, rejetant les copistes et les sans-talents et intégrant, cooptant et consacrant leurs génies. Aucun musée n’a réellement anticipé l’émergence d’une véritable « École ». Aucun décideur culturel n’a compris que la scolastique était de retour et qu’une révolution silencieuse était en marche. Son accomplissement est aujourd’hui présent sous nos yeux, dans les rues. Ce mouvement regroupe ainsi des artistes méconnus aux patronymes bizarres : Phase 2, Toxic, Bando. Seuls des Basquiat ou des Keith Haring ont réussi à figurer aux cimaises des musées, souvent au prix du reniement de leurs origines, mais tous leurs amis sont oubliés alors qu’ils sont les créateurs d’un mouvement artistique planétaire.

Bando, Tags rouges et gris, 1983, artistes, Le pressionnisme
Un tag sur toile réalisé, comme ceux de Phase 2 et Rammellzee, avec du rouge sur un fond plus nuageux, l’apanage de Bando.
Œuvres d’art: BANDO (Philippe Lehman ; Français, né en 1965), Tags rouges et gris, 1983. Peinture aérosol sur toile. 60 x 16 cm. Collection Privée, France.

C’est cette naissance que retrace aujourd’hui cette exposition, celle de groupes communautaires plutôt hispaniques à Manhattan, passés du graffiti de rue à des oeuvres sur toile dans les années 1970 pour ne jamais être acceptés dans les galeries et encore moins dans les musées parce qu’assimilés à des « bandits de rue » qui salissent nos immeubles. Pourtant tous ces barbouilleurs de rue sont des théoriciens de l’art qui se parlent, certes à leur manière, se connaissent. Il s’agit d’un art qui très vite se fera sur toile ou sur support de musée mais avec un médium nouveau : la bombe aérosol. Ces artistes travaillent avec la pression de la bombe. Comme la calligraphie chinoise ou japonaise, cela paraît simple. « Un enfant peut le faire ! » dit-on souvent, mais cette assertion est fausse : il faut au moins cinq ans de pratique pour être capable de « bomber » quelque chose qui soit beau. Et si la généralisation de ce médium était enfin la vraie révolution artistique ? Et si nous tenions là ce que tout le monde cherche depuis des années ? Relégué à un monde underground durant des années, nous avons assisté sans comprendre à la mondialisation du mouvement dès les années 1980. Il n’a pas existé de propagation d’un mouvement artistique à une telle échelle depuis l’Art nouveau et l’Art déco. À la différence que nous ne sommes pas en présence d’artistes « bourgeois » et de haut niveau social, comme pour les révolutions artistiques précédentes, mais d’artistes venant de la rue et s’exprimant dans un langage cru. Le mouvement vivra sa vie propre, en dehors du monde feutré des galeries et des musées, usant de ses propres clés de langage et de ses propres codes. Parti des États-Unis, celui-ci s’est propagé ensuite à l’Europe via la France et Paris, notamment Saint-Germain-des-Prés, où est née la première expérience Pressionniste européenne, avant de gagner le monde entier.

Le recul est aujourd’hui suffisant pour rendre à ces artistes méconnus et oubliés la place qu’ils méritent dans l’histoire des Arts. La Pinacothèque de Paris est fière de vous présenter la naissance du Pressionnisme et les oeuvres de Rammellzee, cet artiste génial, inventeur du rap, mort dans l’indifférence la plus complète il y a peu, et de tous ces comparses géniaux.

Seen, Psychotic Twirl work (OEuvre en spirale psychotique), 1984, artistes, Le pressionnisme
Un artiste peut changer de nom. Ici, Seen signe de son premier nom de scène, Psycho, cette oeuvre dans laquelle le nom se détache de son support pour envahir la toile.
Œuvres d’art: SEEN (Richard Mirando ; Américain, né en 1961), Psychotic Twirl work (Œuvre en spirale psychotique), 1984. Peinture aérosol sur toile. 120 x 173 cm. Collection privée, Paris.

Je tiens à remercier Alain-Dominique Gallizia, commissaire de l’exposition, pour son travail remarquable.

Que soient également remerciés tous les collectionneurs qui ont accepté d’ouvrir leur collection afin de render possible cette exposition.

Je remercie enfin tous ceux qui ont contribué à rendre possible cette exposition et en particulier l’équipe de la Pinacothèque de Paris qui n’a pas ménagé sa peine et dont je salue une fois de plus le remarquable travail.

Marc Restellini

Toxuc, 4 u all (Pour vous tous), 2009, artistes, Le pressionnisme
TOXIC (Torrick Ablack ; Américain, né en 1965), 4 u all (Pour vous tous), 2009. Peinture aérosol et acrylique sur toile. 212 x 200 cm. Mise à disposition pour l’hôtel Matignon, 2013. Collection privée, Paris.

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