Arts d'Islam
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À la découverte de l’art islamique en Afrique du Nord et en Espagne

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Arts d’Islam (ISBN: 9781783108640), écrit par Gaston Migeon et Henri Saladin, publié par Parkstone International.

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Pendant les premiers siècles de l’hégire, Kairouan, capitale du royaume aghlabide, et Cordoue, capitale du califat omeyyade d’Occident, sont les centres du mouvement artistique maghrébin. Au IXe et au Xe siècle, le Maroc devient le berceau d’une puissance nouvelle, où l’élément berbère s’affirme brillamment presque sans influence étrangère. Fez est fondée en 807, et deux cents ans plus tard, Marrakech. La puissance musulmane de l’ouest extrême n’est pas l’Espagne, avec ses provinces divisées par l’ambition de petits souverains jaloux les uns des autres ; les Almoravides, les Almohades, puis les Mérinides affirment la puissance du Maroc. L’Espagne, conquise par le sultan du Maroc Abou au XIe siècle, ne paraît pas avoir subi l’influence artistique de ses conquérants, bien que ce soit à peu près à cette époque que le style arabe d’Espagne prit un caractère plus ferme. Ce caractère est dû en grande partie à l’évolution, conséquence naturelle de la prospérité matérielle de l’Espagne arabe et de la continuité de la transmission aux artisans des techniques de fabrication.

Les XIIe et XIIIe siècles voient l’épanouissement de cet art au Maroc, en Espagne, en Algérie, en Tunisie. Aux XIVe et XVe siècles, malgré la décadence politique, l’art maghrébin exécute ses plus merveilleuses créations. Lorsque les chrétiens chassent d’Espagne les Arabes, la civilisation andalouse se réfugie au Maroc, en Algérie, en Tunisie, où ses traditions littéraires et artistiques n’ont pas encore, malgré les événements, complètement disparu. Dans l’Espagne reconquise par les chrétiens, il subsista même pendant longtemps un art presque arabe, à l’usage des chrétiens, c’est l’art mudéjar.

Cour de la mosquée de Sousse, 1850, espagne, Arts d'Islam
Cour de la mosquée de Sousse, 1850. Sousse.

L’anarchie qui a déchiré longtemps l’Algérie n’a pas été sans nuire à la conservation des édifices. Au Maroc, une constitution politique un peu plus régulière et durable a permis au contraire à ces traditions de se conserver en partie. Enfin la Tunisie, malgré le singulier régime qui remplaça la dynastie déchue des Hafsides, a vu, du XVIe au XVIIIe siècle, fleurir un art musulman qui, s’il n’est pas d’une pureté absolue au point de vue des traditions, n’en a pas moins laissé des oeuvres charmantes.

Au Maghreb comme dans l’architecture syro-égyptienne, le principal monument est la mosquée ; d’abord à nefs parallèles, comme celles d’Amrou et de Touloun, les mosquées maghrébines présentent ensuite à Tlemcen, surtout à Mansoura, un type bien original. Les mosquées primitives de l’Algérie et de la Tunisie, de l’Espagne et du Maroc, sont des mosquées à nefs parallèles comme celles d’Amrou, d’lbn Touloun et d’al-Hakîm au Caire. Ce sont des mosquées typiques, car leur plan exprime la nécessité à laquelle elles doivent répondre. En effet, la prière du culte musulman se fait en direction du mihrab, qui est orienté vers La Mecque. Les croyants se rangent donc les uns à côté des autres, la face dirigée suivant le rite. Ils se rangent par conséquent en files parallèles au mur du mihrab. Il s’ensuit de là que le mur du mihrab doit être très long et que les nefs de la mosquée doivent lui être parallèles. Si au contraire, on ne dispose pas de place dans le sens de la profondeur, la mosquée s’agrandit latéralement, comme on le remarque à celles de Cordoue, de Tunis et de Sfax. La forme carrée, qui sera traditionnelle dans les minarets maghrébins apparaît dès cette époque. Pendant la première période, c’est-à-dire jusqu’au Xe siècle environ, les emprunts de matériaux antiques sont fréquents, colonnes, bases, chapiteaux antiques, byzantins ou même puniques, se retrouvent dans les mosquées tunisiennes, et dans la Grande Mosquée de Cordoue. Une distinction doit cependant être faite entre le plan de la mosquée maghrébine et le plan égyptien. Cette nef centrale que nous voyons plus large dans les mosquées aghlabides de Tunisie (où elle est si franchement accusée), nous la retrouvons à Cordoue, à Fez (mosquée Qarawiyin). Cependant, ce type de construction n’arrive en Égypte et en Syrie qu’à partir du Xe siècle.

Mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan, 836, espagne, Arts d'Islam
Mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan, 836. Kairouan.

Plus tard, bien que l’empire éphémère des Hammadides ait élevé à la Kalâa des Beni Hammad et à Bougie des monuments dont les historiens nous ont vanté les merveilles, c’est surtout au Maroc et en Espagne que l’architecture se développe avec un essor extraordinaire. Le plan de la mosquée y reste toujours le même. En Tunisie, où les Hafsides font régner la prospérité et protègent les arts, des artistes andalous embellissent la capitale et ses environs. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que le protectorat du grand Seigneur imposant aux régences d’Alger et de Tunis des gouverneurs d’origine turque, quelques-uns d’entre eux y font construire des mosquées suivant le rite hanéfite, à minarets octogonaux, comme les mosquées de Hamouda Pacha et de Sidi Ali Ben Ziyad à Tunis, ou à coupoles, comme la mosquée de Sidi Mahrez de la même ville. Presque toutes les grandes mosquées du Maghreb sont construites sur de grandes citernes où se réunissent les eaux pluviales des terrasses.

Nous ne trouvons pas dans le Maghreb ces mosquées collégiales, à plan cruciforme, comme les madrasas du Caire. Ici le rite malékite a toujours été en honneur à l’exclusion des trois autres, les hanéfites ne se comptant que dans les familles turques, peu nombreuses en Tunisie et en Algérie. L’école, ou madrasa, est donc réduite à une petite mosquée accompagnée d’une salle de cours et de chambres pour les étudiants. Si cette madrasa est adjointe à un tombeau vénéré, elle prend le nom de « zaouïa ». Elle peut être susceptible d’une extension plus ou moins grande, comme à la Kankah du Caire. Par extension, les madrasas où se réunissent les membres d’une même confrérie religieuse prennent le nom de zaouïa. Mais en somme, ces édifices, avec leurs cours à portiques ne sont qu’une sorte de maison arabe agrandie, donnant sur la cour de la mosquée, avec le tombeau du fondateur, et les salles d’enseignement au rezde- chaussée, tandis que sont au premier les chambres des étudiants. Les mosquées de ces petits couvents sont, comme les autres, construites sur plan à nefs parallèles. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle, quand les Beys se déclarent vassaux de la Porte, que certaines de ces petites mosquées prennent aussi le plan à coupoles multiples, mais elles sont relativement rares.

Salle des prières de la Grande Mosquée de Cordoue, 785-988, espagne, Arts d'Islam
Salle des prières de la Grande Mosquée de Cordoue, 785-988. Cordoue.

Les palais des souverains eurent certainement, dès les premiers siècles de l’hégire, une richesse très grande. Nous ne pouvons pour cela nous reporter qu’aux descriptions des historiens, car jusqu’ici rien de ceux de Madinat al-Zahra près de Cordoue, ceux des environs de Kairouan, ceux de Bougie et de la Kalaa ne nous est exactement connu. Mais ceux du XIIIe siècle et des époques suivantes nous sont connus par des monuments encore existants et dont le plus célèbre, celui des rois de Grenade à l’Alhambra, dépasse et de beaucoup, comme conception générale comme richesse et comme élégance, tout ce que nous pouvons voir encore de ce genre en Syrie, en Égypte et en Turquie. Ce n’est qu’aux Indes que les souverains musulmans ont dépassé la splendeur des palais andalous et encore surtout par la richesse des matériaux employés. La description que nous donne Ibn Khaldoun dans son Histoire des Berbères mentionne des pavillons isolés avec des coupoles élevées, des kiosques, des aqueducs, des fontaines, des bassins formant ces grands miroirs d’eau (tradition sassanide qui, par la Mésopotamie, a été apportée en Occident), des pavillons à colonnes de marbre et dont les murs sont revêtus de mosaïques de marbre ou de faïence. Des plafonds ornés d’arabesques et sculptés complétaient cette décoration merveilleuse.

Grande Mosquée de Cordoue, salle du Mihrab, 961-966, espagne, Arts d'Islam
Grande Mosquée de Cordoue, salle du Mihrab, 961-966. Cordoue.

Les historiens du Maroc nous ont laissé aussi de nombreuses descriptions de palais. Entre autres celle du palais El-Badi bâti à Marrakech par El-Mansour el-Dzehebi, où l’emploi de l’onyx, des marbres précieux, de l’or, de l’argent, des faïences, des plafonds ornés d’or, des stucs découpés et peints et des tentures précieuses avait donné à cette oeuvre une splendeur sans pareille. Des jardins décorés de fontaines, de vasques, de bassins et même de statues d’argent entouraient ce chef-d’oeuvre de l’architecture mauresque. Le luxe des réceptions égalait celui de l’architecture, et les mets y étaient servis dans la vaisselle dorée de Malaga (faïences hispano-arabes) ou de Valence, et dans la vaisselle de Turquie (faïences de Kutahia, de Damas), et dans les coupes d’or et d’argent. Ce luxe, les sultans le transportaient dans leurs campements mêmes ; ainsi al-Mansour el-Dzehebi (d’après l’auteur du Nozhat el-Hadi) emportait dans ses voyages un pavillon formé de planches qu’on clouait et qu’on reliait par des anneaux, des crampons et des plaques de métal argenté d’une superbe apparence. Autour de ce pavillon et formant comme une sorte de muraille se dressait une cloison de toile de lin dont les dessins apparaissaient comme un jardin ou comme une façade ornementée ; à l’intérieur de cette enceinte se trouvaient des coupoles de couleurs variées, rouges, noires, vertes et blanches, semblables en éclat aux fleurs d’un parterre ; les parois du pavillon étaient couvertes de magnifiques sculptures et de superbes tentures.

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ISBN: 978-1-78310-895-4
265 x 317 mm; 10.4 x 12.5 in. | 256 pages

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