La Vierge Marie dans l’art de la Renaissance : foi, grâce et symbolisme
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Vierge dans l’art (ISBN: 9781683255932), écrit par Kyra Belán, publié par Parkstone International.
La période de la Renaissance dans l’histoire de l’art occidental s’étend sur environ deux siècles, le XVe et le XVIe siècle. Appelé Renaissance par les historiens français, ce mouvement très significatif s’étendit à toute l’Europe, et en fin de compte, par la conquête des autres continents, au monde entier. Initialement, le mouvement prit son origine en Italie, à l’époque où l’on redécouvrait les cultures du monde antique grec et romain, dans ce pays et dans d’autres régions méditerranéennes ayant des rapports avec la culture arabe. Pour les artistes, ce fut une période de changements stylistiques majeurs, car ils avaient reçu de l’Église la permission de s’inspirer du réalisme et du naturalisme idéalisés des productions artistiques grecques et romaines. Après avoir subi une longue période de destruction absurde, l’art antique gréco-romain fut restauré, nettoyé et exposé à l’admiration du public. Les commandes des artistes incluaient désormais des thèmes sacrés de l’ère chrétienne ainsi que de l’ère pré-chrétienne, et souvent on les autorisait à combiner les deux types d’iconographie en de nouvelles formes hybrides. Les thèmes auparavant utilisés pour l’art marial furent repris, développés, redéfinis et interprétés grâce à l’utilisation du style réaliste. Les images de la Madone créées pendant la Renaissance soulignaient souvent sa beauté physique et son humanité, en accord avec la spiritualité de son personnage.

Le rôle des femmes, à la Renaissance, fut marqué par un accroissement des restrictions et une diminution de leurs droits politiques, les reléguant sans autre issue au rôle de mère et de maîtresse de maison. Les femmes étaient surveillées par l’Église avec l’aide de l’Inquisition, qui fit périr des milliers, voire des millions de femmes. Celles qu’on épargnait vivaient dans la peur, poursuivies par l’ombre du bras cruel et vindicatif de l’Église. Dans le domaine artistique, un grand nombre d’entre elles travaillaient pour les hommes de la famille, assistant souvent leur mari, et développant leur créativité à l’abri de ces ateliers. Pourtant, quelques unes d’entre elles devinrent des artistes indépendantes, et accédèrent de leur vivant à une forme de reconnaissance. Les gens continuaient de vénérer Marie, et en dépit de la désapprobation dogmatique qui employait tous ses efforts à diminuer son rôle dans l’Église, le peuple l’assimilait souvent aux nombreuses déesses redécouvertes dans le passé gréco-romain. Les arts reflétaient le désir insatiable d’images de la Madone, et les églises s’y conformaient en commandant un grand nombre de ces images.

Chaque légende autour de la vie de Marie était explorée par les artistes, et de nouvelles variations sur des motifs anciens proliférèrent. Tous les artistes étaient avides de commandes religieuses, et des possibilités qu’elles offraient. De leur côté, les papes, les dirigeants, la noblesse et les nouveaux riches, tels que les marchands, tous recherchaient l’attention des artistes, leur commandant des portraits, des peintures de leurs personnages favoris issus des mythologies anciennes, et surtout des icônes de Marie et de l’enfant Jésus. L’idée médiévale qui faisait de Marie la nouvelle Ève, la pure et parfaite créature divine capable de guider le peuple jusqu’au salut et au bonheur dans le royaume des cieux, connut un nouvel essor, et le culte marial donna une importance considérable à son statut de Reine des Cieux. De fréquentes apparitions au peuple renforcèrent aussi les traditions populaires de la Madone, vue comme la voie menant au royaume céleste, et comme l’intercesseur principal en faveur du genre humain. Une illustration livresque datant du XVe siècle, effectuée par B. Furthmeyr en 1481 et intitulée Marie et Ève sous l’arbre de la Chute, dépeint la croyance populaire dans le respect dû à Marie comme « nouvelle Ève ».
Elle représente Marie et Ève se tenant de chaque côté d’un pommier, arbre tenu pour être la source de toute abondance dans la nature. Un gros serpent s’enroule autour du tronc. Le serpent est d’une part le symbole judéo-chrétien du mal et du démon, mais constitue d’autre part un élément bénéfique dans la symbolique liée à la Déesse Mère. L’arbre et le serpent sont en effet des symboles de la Déesse dans de nombreuses religions anciennes, et représentent sa capacité d’engendrer la nature en abondance. Étant donné que la sexualité et la sensualité étaient acceptées comme un élément bénéfique dans les vieilles religions qui célébraient la Déesse Mère, la nudité devenait alors acceptable. Cependant, dans le cas d’Ève, la nudité était associée à sa disgrâce auprès du Dieu divin patriarcal. C’est pourquoi, Ève peut être vue nue, tandis que Marie est représentée entièrement vêtue, étant donné que, au cours des siècles passés, la nudité était associée à la Chute de l’humanité et au dogme du Péché Originel. Cette approche allait changer dans l’art occidental, transformant alors les représentations de Marie. La forme de la Vierge, jamais visible dans sa nudité, devenait néanmoins plus sensuelle.

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