Foi et modernisme : Représentations de la Vierge et de l’Enfant au 20e siècle
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Vierge et le Christ dans l’art (ISBN: 9781683254676) écrit par Kyra Belán et Ernest Renan, publié par Parkstone International.
Le XXe siècle fut une époque de changements radicaux : l’âge de la machine, la révolution industrielle et les deux guerres mondiales constituent les forces les plus importantes qui mirent fin aux anciens systèmes sociaux ainsi qu’à certaines formes de croyance. À cette époque, l’Église chrétienne perdit de son importance politique, et l’existence de la religion fut même rejetée par les pays du bloc communiste. Pour la première fois, les artistes quittèrent leurs idéaux réalistes ou naturalistes pour une variété de styles abstraits et même contraires à l’objectivité, faisant l’expérience de nouveaux concepts, matériaux et techniques. Quelques-uns parmi ceux qui décidèrent de représenter la Vierge Marie outrepassèrent toutes les conventions, mais d’autres s’en tinrent aux formules anciennes. La première vague du mouvement féministe élargit le domaine des droits de la femme, au sein d’une société à dominante patriarcale, mais qui commençait à adopter certaines coutumes matriarcales. Lentement, les femmes se frayaient un chemin dans le monde de la main-d’oeuvre et gagnaient des privilèges jusque-là réservés aux hommes. Un grand nombre de femmes, dont des artistes, choisirent d’ignorer Marie, car son nom demeurait le signe de l’oppression des siècles passés. D’autres la virent comme une femme à part entière, rejetant le concept de la naissance virginale, et d’autres enfin en firent leur source d’inspiration iconographique pour les portraits de mères avec leurs enfants.
Mary Cassatt fut la seule femme impressionniste des États-Unis d’Amérique. Comme c’en était l’usage à l’époque, elle resta célibataire toute sa vie afin de poursuivre sa carrière artistique. L’inspiration qu’elle puisa dans les Madones à l’Enfant qu’elle vit au Louvre ne fut pas une simple coïncidence, donnant lieu par la suite à la création de ses propres versions. Une de ses nombreuses variations sur ce thème est une peinture achevée en 1889, et intitulée La Mère et son enfant (Le Miroir Ovale). La mère tient la main de l’enfant nu, debout, et son profil recouvre en partie l’épaule et la joue de son fils. La relation entre les deux êtres semble très forte, et il est évident que l’enfant est le fruit de sa chair. C’est là une autre version de la Madone cachée, offerte en tribut à toutes les mères du monde.

L’Annonciation de Paula Modersohn-Becker, créée vers 1905, renonce de façon caractéristique à l’approche réaliste en faveur d’un style plus intuitif, émotionnel et abstrait, tout en préservant l’essence de la composition traditionnelle formulée pour ce thème par les artistes de la Renaissance. Marie et l’archange tiennent des roses – fleurs qui représentent la spiritualité féminine et l’essence divine.
Une peinture à l’huile intitulée Mère et fils allongés nus fut terminée par la même artiste en 1906. Ses oeuvres firent d’elle un des fondateurs du mouvement expressionniste ; elle s’inspira de l’élégance abstraite de l’art africain. Ici, la mère montre sa puissance, rappelant la Déesse Mère africaine ; l’enfant imite sa pose, et les deux personnages sont endormis, nus, dans une harmonie d’amour.

En 1907, Paula Modersohn-Becker peignit une oeuvre intitulée La Mère à genoux et son fils, dans laquelle, comme pour l’oeuvre précédente, la mère et l’enfant sont peints dans leur nudité. La mère, rappelant la Madone Noire, nourrit son enfant de son lait miraculeux ; Modersohn-Becker puisa dans le symbolisme du lait de la Vierge et de la Voie Lactée, le symbole céleste de la Reine des Cieux.
Notre-Dame de la paix, oeuvre d’Evelyn de Morgan exécutée en 1902, représente la Madone comme un être parfaitement divin, dont l’auréole dégage des rayons lumineux et dont le corps dispense une aura de lumière. Des anges l’accompagnent, sujets du monde céleste. À genoux devant elle se trouve un homme portant l’armure d’un chevalier médiéval. L’artiste fut clairement inspirée par l’époque des troubadours – les XIIe et XIIIe siècles européens – alors que le culte de Marie atteignait des proportions sans précédent. Marie et celles qui la précédèrent étaient généralement considérées comme des êtres aimants et attentifs, les gardiennes de la paix et protectrices du peuple. Cette version de Marie utilise au XXe siècle de vieux symboles médiévaux.

La figure en pied et en prière, vêtue de blanc et levant la tête vers les cieux, est une autre allusion moderne à la Vierge, pouvant être aussi interprétée comme la Grande Déesse Isis, ancêtre prototypique de Marie. Le personnage est entouré des eaux bouillonnantes d’un océan, empli de monstres marins. Terminée à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, et intitulée S.O.S., l’image représente une Marie symbolique, Intercesseur, Voie de Rédemption, ou encore figure de Marie-Sophie, dont l’existence se partage entre le royaume terrestre et le royaume céleste. Evelyn de Morgan puisa dans le riche héritage mythologique des civilisations occidentales afin de célébrer le principe divin féminin.
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