Arts décoratifs islamiques : L’orfèvrerie, les cristaux de roche et la mosaïque
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Arts d’Islam (ISBN: 9781783108640), écrit par Gaston Migeon et Henri Saladin, publié par Parkstone International.
L’orfèvrerie et les cristaux de roche
L’usage de graver sur les pierres l’expression de quelque pensée, ou la représentation de quelque sujet, remonte à la plus haute antiquité, et les Musulmans en cela ne différèrent pas des peuples qui les avaient précédés. Ils se sont servi des pierres qu’avaient employées les Anciens, le jaspe, l’agate, l’onyx, la sardoine, l’hyacinthe, la cornaline, l’améthyste, l’hématite, le jade ; mais, il semble, exclusivement pour leur cachets et sceaux, ou pour leurs bagues. Le cristal de roche seul semble leur avoir servi à composer de beaux objets d’art, coupes ou buires.
Il semble d’ailleurs qu’ils aient attribué aux véritables pierres des vertus particulières, auxquelles ils attachaient leurs préférences.

Des textes suffisamment précis affirment en quelle estime les voyageurs ou les écrivains contemporains tenaient les beaux objets de cristal de roche qu’ils pouvaient admirer alors. Voici, Nassiri Khosrau, au XIe siècle : « J’y ai remarqué aussi [au Caire] du cristal de roche de toute beauté, et artistement travaillé par des ouvriers pleins de goût… Il avait été apporté du Maghreb, mais on disait que récemment on en avait reçu de la mer Rouge, puis qu’on l’avait travaillé en Égypte ». Et dans l’inventaire des trésors de Al- Mostanser Billah, dressé par Makrisi, se trouvent mentionnés : « plusieurs coffres contenant un grand nombre de vases, de la forme de ceux où l’on met la bière encore aujourd’hui, tous du cristal le plus pur, uni ou ciselé. Deux coffres remplis de vases précieux de différentes matières, un bassin et une aiguière en cristal, un carafon et un bocal de cristal d’une transparence parfaite et d’un travail merveilleux, sur chacun desquels était gravé le nom d’Aziz Billah ; 1800 vases de cristal dont quelques-uns valaient jusqu’à 1000 dinars, beaucoup d’autres pièces de cristal, parmi lesquelles une boîte ornée de figures en relief du poids de 17 roks. »
Il y a donc de grandes probabilités pour que tous ces beaux cristaux de roche, dont nous a parlé abondamment Makrisi, datent de l’époque des Fatimides, et ici encore, je ne limite pas ce genre de travail à la seule Égypte, qu’ils gouvernèrent pendant tant d’années, et où ils donnèrent aux arts une protection si efficace, mais aussi peut-être à la Sicile, si prospère sous leur autorité.
La mosaïque
L’origine de la mosaïque remonte aux Romains qui la pratiquèrent pour les pavements des édifices, pour le revêtement des voûtes et des murs. Elle était constituée par la combinaison de petits cubes et de petits morceaux de marbre de différentes couleurs.
L’opus alexandrinum des Byzantins consistait en une combinaison de petits fragments de marbre, de porphyre et d’autres matériaux, taillés et disposés en dessins réguliers et géométriques. Les Byzantins vulgarisèrent sous le nom d’opus græcum ou græcanicum un genre de mosaïque composée de petits cubes en pâte et en verre colorés et dorés, qu’on retrouve en Italie au Ve et au VIe siècle (au mausolée de Galla Placidia et à Saint-Apollinaire de Ravenne), à Venise, en Sicile et en Lombardie.
Ce procédé dut être apporté à Cordoue, où la mosquée en présente de nombreux exemples. Edrisi, dans sa description de la mosquée, raconte que le revêtement qui couvre les murs du mihrab fut apporté de Constantinople par des ouvriers grecs, qu’Abd-er Rahman avait fait venir dans ce seul but. Les mosaïques y sont en outre souvent constituées par de petits cubes de verre sur lesquels est appliquée une feuille d’or, recouverte à son tour par un enduit vitreux, et sur ce fond éclatant se détachent des ornements, des fleurs, des guirlandes, des entrelacs, même des inscriptions. Ce furent peut-être là des travaux locaux, plusieurs fabriques d’Andalousie ayant été renommées pour un genre de mosaïque qu’on appelait « el-mofassas ». Il n’est pas douteux que les premières mosaïques exécutées dans les plus anciens monuments arabes le furent par des artistes grecs pénétrés des traditions de Byzance. Les chroniqueurs arabes les nomment « foseifosa », et s’accordent à les regarder comme des travaux byzantins. On ne peut considérer autrement les merveilleuses mosaïques qui revêtent d’une somptueuse parure les murs et les voûtes du Dôme du Rocher à Jérusalem.

Ibn Saïd nous apprend que quand le calife Walid voulut édifier la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, il s’adressa à l’Empereur de Byzance, qui lui fournit une certaine quantité de mosaïques, et un grand nombre d’artisans pour les placer. Ibn Batouta et Mukadassi nous disent que « la mosquée fut décorée de mosaïques d’une extraordinaire beauté et qu’au-dessus des lambris de marbre jusqu’au plafond brillaient des mosaïques d’or et de couleurs représentant des villes, des arbres mêlés d’inscriptions, du travail le plus somptueux ». De tout cela, de terribles incendies successifs n’ont rien épargné.
En Égypte, à l’époque arabe, la mosaïque se faisait de deux façons : elle consistait en de petits cubes de marbre appliqués dans un lit de mortier, ou en divers morceaux de marbre scellés dans une seule pièce formant le fond principal de l’ouvrage, procédé voisin de l’incrustation.
Parfois on préférait remplir les creux du dessin entaillé avec du mastic résineux, surtout les couleurs rouge et noir, ce qui simplifiait le travail.
Les marbres les plus communément employés dans les mosaïques du Caire sont rouges, noirs et blancs : les rouges sont d’un ton particulièrement admirable. On pense généralement que ces marbres étaient importés d’Italie, tout polis et prêts à être mis en place. Mais il est évident que cela souffrit des exceptions, et l’on dut faire emploi de quantités de matériaux provenant de monuments antiques et chrétiens.
Les mosaïques les plus remarquables de l’art de l’Islam se trouvent à la mosquée de Damas. La décoration date du IXe siècle. Il s’agit d’une oeuvre byzantine. On y lit deux thèmes : sur l’édifice en pierre, il y a une représentation du monde pacifié et islamisé ; sur les décors floraux, c’est une vision omeyyade de la ville idéale (pp. 157-159). La mosquée sera dorénavant une oeuvre religieuse mais aussi politique. La mosquée de Damas a subi des influences byzantines pour les travaux qui furent effectués par des architectes et des artistes byzantins. Les chapiteaux eux-mêmes, avec leur abaque en tronc de pyramide, étaient utilisés déjà à la période byzantine.

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