La Madone dans l’art des XVIIIe et XIXe siècles : La tradition rencontre la modernité
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre La Vierge dans l’art (ISBN: 9781683255932), écrit par Kyra Belán, publié par Parkstone International.

Au cours des deux siècles suivants, l’emprise qu’avait l’Église sur les esprits populaires diminua notablement, en raison, entre autres, de l’avènement de l’Âge de Raison et de la popularité des sciences. Pourtant, le culte de la Vierge persistait. Les artistes avaient la liberté d’explorer des thèmes séculiers, mais certains s’en tenaient encore à l’iconographie spirituelle, parmi laquelle la Madone était leur sujet chrétien favori. Cependant, Marie apparaissait souvent sous des traits éminemment humains, ou servait simplement d’inspiration pour certains thèmes liés à la maternité. Traitant d’un sujet autour d’une mère et de son enfant, par exemple, les artistes suivaient de près les compositions de base issues des Madones de la Renaissance ou de l’ère baroque. L’Église catholique, de son côté, était de nouveau prête à brandir l’image de la Mère suprême, ayant pour ambition de redonner une vie et une énergie nouvelles au troupeau de fidèles bientôt maigre, et le dogme de l’Immaculée Conception fut officiellement proclamé par le Vatican en 1854.
En Europe, le culte de Marie était en perdition, mais la dévotion qu’elle inspirait en Amérique n’avait jamais atteint une telle puissance. « Marie Immaculée » reçut le statut de protectrice des États-Unis en 1846, tandis qu’elle demeurait une source d’inspiration pour les peuples d’Amérique du Sud, qui faisaient d’elle leur intercesseur par excellence et leur sauveur syncrétique. Un grand nombre de visions et d’apparitions de Marie surgit avec une régularité stupéfiante dans différents endroits de l’Ancien et du Nouveau mondes.
Les artistes qui choisissaient de créer des images mariales étaient en mesure de suivre les formules établies par les siècles derniers, ou bien d’inventer de nouvelles variations sur ces thèmes. Par conséquent, certains reprirent les styles historiques traditionnels pour leurs images sacrées, tandis que d’autres incorporèrent les nouvelles approches techniques et stylistiques qui accompagnaient le renouveau de l’art de ce temps.
L’Immaculée Conception
Ce thème, très populaire au XVIIe siècle, était encore important aux yeux des croyants du XVIIIe siècle. Gian Battista Piazzetta peignit L’Immaculée dans la première partie de ce siècle. Sa jeune Madone, baignée d’un rayonnement lumineux, est vue lors de son ascension au ciel, accompagnée de plusieurs anges. L’artiste s’écarta ici de la formule traditionnelle, en laissant notamment de côté le croissant de lune afin de rendre Marie plus humaine.

La Naissance de Marie
Corrado Giaquinto représenta une somptueuse Naissance de la Vierge vers 1750, qui constituait peut-être une étude pour un retable de plus grande taille sur le même thème. Au milieu du décor architectural rococo, Marie nouveau-née est entourée de belles jeunes femmes. Sur un nuage au-dessus, des chérubins apportent une couronne d’étoiles à la petite Reine des Cieux.

L’Éducation de la Vierge
Marie et sa mère sainte Anne constituent le point central de la composition, dans L’ Éducation de la Vierge, peinte par Jean Jouvenet vers 1700. Sainte Anne montre un rouleau ouvert sur ses genoux, et la jeune Marie est absorbée dans sa lecture. Des chérubins, selon la tradition, planent au-dessus d’elles.
Dante Gabriel Rossetti peignit en 1849 une variante sur ce thème de l’enfance de Marie. Inspiré par les artistes de la Renaissance, ce membre de la compagnie pré-raphaëlite présente Marie travaillant une tapisserie avec sa mère qui raffole de l’enfant. Un ange, des lis, un ensemble de livres et une colombe constituent les symboles traditionnels utilisés par les artistes en allusion à la pureté parfaite et à la sainte sagesse de la Vierge.

L’Annonciation
Une approche traditionnelle peut être observée dans la peinture de Pierre Auguste Pichon. Intitulée L’Annonciation, elle fut exécutée en 1859. La Madone fait face au spectateur, croisant les mains sur sa poitrine en signe d’humilité, tandis que l’archange Gabriel apporte les lis symboliques. L’auréole de la Vierge, ornée de douze étoiles, et son manteau bleu, sont les attributs qui l’établissent comme Reine des Cieux. La colombe, allusion à la présence de l’Esprit Saint, jette des rayons dorés de lumière vers la Vierge.
Dante Gabriel Rossetti termina son Ecce Ancilla Domini (« Voici la servante du Seigneur ») entre 1849 et 1853. Cette oeuvre représente Marie, passive par humilité dans sa foi, sur un lit, dans un décor du XIXe siècle. Un archange sans ailes porte des lis blancs. Sans auréole ou radiations lumineuses, une petite colombe vole au-dessus des fleurs. L’auréole en or massif de Marie et de l’Ange rappelle leur statut céleste parmi ces éléments terrestres.
La Madone à l’Enfant
Les artistes qui illustrèrent ce thème au XVIIIe siècle s’inspirèrent souvent d’oeuvres antérieures, et en particulier de celles de la Renaissance. Pompeo Batoni peignit sa Madone à l’Enfant dans le style réaliste traditionnel. Le lien d’amour entre Marie et l’enfant Jésus est évident, la main de l’enfant caressant gentiment le menton de sa mère. Le visage classique de la Madone est gracieusement penché vers son fils. Il tient une pomme, en allusion au rôle de Marie comme nouvelle Ève et considérée depuis le Moyen-Âge comme la voie vers le salut de l’humanité.
Une icône russe du XVIIIe siècle, aujourd’hui en Ukraine, La Vierge de la Confrérie, représente la Madone comme la véritable Reine des Cieux. Le fond orné qui se déroule derrière la figure en pied de la Vierge, portant son enfant dans les bras, suggère l’opulence royale du monde céleste auquel les croyants espèrent accéder un jour.

Une autre Madone orthodoxe de Poltava (aujourd’hui en Ukraine), La Vierge du Signe, fut peinte en 1732 comme retable d’une église. La Reine des Cieux a les bras ouverts dans un geste de bénédiction. Les plis de son manteau forment un espace semblable à un ventre, dans lequel se blottit l’enfant Jésus, portant un globe. La ressemblance entre Mère et Fils rappelle aux fidèles le caractère divin des personnages et leur Immaculée Conception.
La peinture de Mikhail Vroubel, datant de 1885 et intitulée La Vierge à l’Enfant, représente au premier plan la sainte mère et son enfant. Ils semblent vivants et humains, même si la grande auréole qui entoure leur tête et l’environnement luxuriant attestent de l’envergure sacrée de la Madone et de l’enfant Jésus.
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