L’essence de l’art indien à travers les âges
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art de l’Inde (ISBN: 9781783108800) écrit par Vincent Arthur Smith, publié par Parkstone International.

L’isolement de l’Inde, si apparent sur la carte, n’a jamais été absolu. Ses habitants, depuis les âges les plus reculés ont toujours été exposés à l’action d’idées étrangères transmises par un ou l’ensemble des trois chemins : par la mer, à travers les points de passage de la frontière du nord-est, ou à travers les points de passage plus ouverts du nord-ouest. Le seul art étranger qui aurait pu influencer l’Inde depuis le nord-est est celui de la Chine qui, cependant, ne produisit aucun effet majeur sur l’art indien avant la conquête islamique, l’entrée d’idées artistiques étrangères à travers les points de passage du nord-est restant tout à fait négligeable.
Depuis la plus haute Antiquité, les négociants de pays lointains apportèrent leurs marchandises aux ports de l’Inde, et selon toute probabilité introduisirent l’alphabet et l’art d’écrire. Mais à cette époque-là, la mer, bien qu’ouverte au passage de négociants aventureux, ne fut pas le trait d’union entre les pays éloignés qu’il devint plus tard avec la montée de la force navale, et l’influence exercée sur l’art par de petits groupes de négociants dans les ports dut être relativement insignifiante. Les invasions constantes et les immigrations en provenance du continent asiatique à travers les points de passage du nord-ouest eurent plus d’effet ; et l’immigration préhistorique, ou la série d’immigrations qui emmenèrent les Aryens védiques, détermina finalement l’avenir de toute l’Inde de manière définitive en posant les fondations d’un système complexe, exclusif, religieux et social connu sous le nom d’hindouisme.

Quand l’histoire ouvra l’Inde du Nord au VIe siècle avant J.-C., le pays fut, sans doute, déjà en grande partie hindouisé, et au IIIe siècle, lorsque les premiers monuments existants furent créés, le système hindou fut déjà fermement établi. En essayant d’estimer la nature et l’ampleur de l’influence étrangère sur l’art indien, véhiculé par la mer et à travers les passages du nord-ouest, nous devons présumer l’existence de l’hindouisme comme un fait accompli et nous reconnaissons que rien de positif est connu au sujet de l’art hindou avant l’âge d’Ashoka. La première influence étrangère dominante peut clairement être désignée comme persane, perceptible dans les colonnes monolithiques, dans les piliers des bâtiments structurels, et dans le décor architectural. Les chapiteaux, couronnés par des taureaux couchés ou d’autres animaux, se trouvent à Bharhut, à Sanchi et ailleurs, dans les reliefs de Gandhara, et à Eran en Inde centrale, jusqu’au Ve siècle de notre ère ; mais ceux-ci ne correspondent pas très exactement au véritable type d’Achaemenian.
Les chapiteaux des colonnes monolithiques, également couronnés d’animaux assis et debout, bien que distinctement évocateurs du style perse, diffèrent largement des modèles persans et sont artistiquement bien supérieurs à n’importe quelle production artistique du temps de la dynastie Achaemenian. Sir John Marshall, comme déjà observé, ne peut avoir raison en attribuant le beau dessin et l’exécution du centre bouddhique de Sarnath à des Grecs asiatiques au service d’Ashoka.

Nous sommes donc amenés à considérer le deuxième élément étranger dans les écoles les plus anciennes de l’art indien, c’est-à-dire, l’élément grec, exprimé dans les formes helléniques asiatiques. Pendant l’âge d’Ashoka, les écoles principales de sculpture grecque étaient en Asie mineure à Pergame, Éphèse et d’autres endroits, hors de Grèce, et les formes helléniques d’art grec furent en grande partie modifiées par des traditions asiatiques et africaines, en remontant à l’Assyrie et l’Égypte anciennes. Il est par conséquent difficile de démêler l’élément distinctement grec dans l’art indien ancien. Les feuilles d’acanthe, les palmettes, les centaures, les tritons et le reste, sont tous des facteurs communs de l’art hellénique et dérivent autant de l’art asiatique que de l’art grec.
L’art des monolithes d’Ashoka est essentiellement étranger ; rien n’est indien, sauf quelques détails, et le caractère fondamentalement étranger de son style est prouvé par le faible nombre d’essais tentant de le copier plus tard. Je pense que le brillant travail représenté par le chapiteau Sarnath aurait pu être conçu dans ses lignes principales par des artistes étrangers agissant sous les ordres d’Ashoka, tandis que tous les détails furent exécutés selon le goût des ouvriers indiens, tout à fait de la même façon que fut conçu longtemps après le Qutb Minar par un architecte islamique, construit par des maçons hindous sous les ordres du sultan Altamsh.

Notre connaissance de l’art de la fin du règne d’Ashoka (273-232 avant J.-C.) se restreint presque exclusivement aux colonnes monolithiques. Les autres sculptures de la période ancienne sont probablement toutes, ou presque toutes, de dates plus tardives. Elles présentent un grand contraste, étant essentiellement indiennes, sans influence étrangère sauf sur quelques détails, et elles présupposent probablement l’existence d’une longue évolution antérieure d’un art natif réalisé en matières périssables, et qui, par conséquent, n’est pas représenté parmi les vestiges actuels.
Faut-il regarder ces sculptures, et surtout les reliefs de Bharhut, Sanchi et Bodh Gaya, comme purement indien dans l’origine et dans l’inspiration, ou comme une adaptation intelligente de modèles étrangers ? L’apparition soudaine et simultanée de l’architecture en pierre, de la sculpture en pierre et des inscriptions sur pierre pendant le règne d’Ashoka, en les considérant en liaison avec les relations privilégies connues qui existèrent entre l’empire Maurya et les royaumes helléniques de l’Asie, l’Afrique et l’Europe, encourage la supposition raisonnable que les nouveautés introduites dans la structure ancienne de la civilisation indienne ont dû être suggérées par une influence extérieure. Cette présomption est renforcée par le style étranger des colonnes monolithiques qui étaient indubitablement une nouveauté apportée sur l’ordre d’un despote éclairé en relation étroite avec le monde extérieur. Cependant, il ne faut pas oublier que l’architecture indienne ancienne fut essentiellement en bois. Aucune transition brutale ne peut être tracée datant de l’âge d’Ashoka. Les petits temples carrés Gupta sont les premières véritables structures en pierre en Inde.
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