Entrez dans l’histoire : Renaissance Chaussures dans l’art et la culture
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art de la Chaussure (ISBN: 9781783108237), écrit par Marie-Josèphe Bossan, publié par Parkstone International.

À la fin du XVe siècle, les Poulaines, victimes de leur succès, finissent par se vulgariser. Pour se distinguer du commun, sans la moindre transition, les bouts carrés très élargis succèdent aux bouts pointus. En effet, le roi Charles VIII a six doigts à chaque pied. C’est pourquoi les cordonniers fabriquent à son intention des Renaissance chaussures à large extrémité. Détail incongru s’il en est, cette mode n’a pas d’autre origine qu’une malformation congénitale ! Très vite, cette mode en réaction contre le passé tombe dans l’excès contraire. Ce soulier valois, porté durant tout le règne de Louis XII (1462-1515), atteint parfois trente-trois centimètres de largeur. Son extrémité, rembourrée ou ornée de petites cornes, évoque une tête de vache et lui vaut les sobriquets de « mufle de vache », « pied d’ours » ou encore « bec de cane ». Cette extravagance oblige à marcher les pieds écartés et provoque des propos railleurs.

À la même époque, les Vénitiennes portent des Chopines dites aussi « mules échasses » ou « pied de vache ». Ces étranges Renaissance chaussures, maintenues au pied par des rubans, présentent des socles d’une hauteur exagérée pouvant atteindre cinquantedeux centimètres. Ceux-ci sont en bois ou en liège, gainés de velours ou de cuir souvent richement orné. Cachés sous les jupes, ils restent à l’abri des regards inquisiteurs, mais donnent une démarche des plus cocasses. Hissées sur de tels souliers, les femmes de qualité doivent s’appuyer sur les épaules de deux servantes pour se déplacer sans péril. Cette mode excentrique a certainement son origine en Turquie, pays avec lequel la république des Doges entretient des relations commerciales. En effet, les femmes turques utilisent pour se rendre au bain des patins surélevés. Les Renaissance chaussures de harem pénètrent donc, sous la forme modifiée de Chopines, dans les palais des aristocrates vénitiens. En Espagne, l’archevêque de Talavera proscrit le port des Chopines et qualifie leurs propriétaires de « femmes dépravées et dissolues ». En revanche, l’Église italienne, beaucoup plus tolérante, ne met pas ce caprice vestimentaire à l’index. Bien au contraire, complice des maris jaloux, elle voit là le moyen de paralyser les épouses volages à la maison, entravant ainsi les liaisons illicites.
On parle de cette mode avec stupéfaction dans toutes les cours d’Europe, mais elle demeure très limitée. Elle fait son entrée tout de même en Angleterre, où Shakespeare fait dire à Hamlet : « Madame est plus près du ciel que lors de notre dernière rencontre par la hauteur d’une chopine » (Acte II, Scène II). La Pantoufle, mode beaucoup plus raisonnable importée d’Italie, est adoptée en France dès le début du XVIe siècle. Composée d’une épaisse semelle de liège sans quartier, sa légèreté en fait une chaussure d’appartement surtout utilisée par les femmes. De François 1er (1494-1547) à Henri III (1551-1589), hommes et femmes portent des Escarfignons appelés aussi Eschappins. Ce sont des souliers en satin ou en velours, plats, décolletés et tailladés sur l’empeigne. Ces crevés horizontaux ou verticaux dévoilent les bas en tissu précieux. Rabelais (1494-1553) nous en donne une exacte description dans son Gargantua, où il évoque le costume des dames de l’abbaye de Thélème : « Les souliers, eschappins et pantoufles de velours cramoisi rouge ou violet, étaient déchiquetés à barbe d’écrevisse ». À l’instar des modes germaniques, comme les autres parties du vêtement de cette époque, les Renaissance chaussures sont donc ornées de Crevés.

Toutefois, on attribue l’invention aux soldats de François 1er pendant les guerres d’Italie. Leurs pieds blessés par la marche et le combat sont pansés et nécessitent le port de chaussures adaptées. Le Patin est toujours usité à l’extérieur pour protéger ces délicates Renaissance chaussures de la saleté des rues. Le talon aurait été inventé par Léonard de Vinci, mais il apparaît seulement à la fin du XVIe siècle. Probablement inspiré par les chopines flattant la taille, il commence son ascension. À ses débuts, il est relié à la semelle par une pièce de cuir comme on peut le constater sur le tableau Bal à la cour des Valois de l’École française peint vers 1582 et conservé au musée des Beaux- Arts de Rennes.

Pour mieux connaître L’Art de la Chaussure, poursuivez cette passionnante aventure en cliquant sur :


