L’Art de l’Inde, peinture moghole
Art,  Français,  History

Splendeur sur papier, le monde de la peinture moghole

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art de l’Inde (ISBN: 9781783108800) écrit par Vincent Arthur Smith, publié par Parkstone International.

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L’histoire de la peinture moghole commence avec le nom de Mir Sayyid Ali. En 1525, Babur entreprit la conquête de l’Inde. La grande bataille eut lieu à Panipat le 21 avril 1526 et Babur se proclama alors Padshah Ghazi, empereur d’’Inde. Mais il décéda cinq années plus tard. En 1540, Humayun, son fils, perdit son empire, qui fut acquis par l’Afghan Sher Shah. Mais Humayun revint en Inde pour récupérer son trône. En 1554, il entra à Peshawar puis, en 1555, il occupa Lahore. En juillet de la même année, Humayun entra finalement dans Delhi, où il retrouva son trône après quinze ans d’exil. Pendant son exil, il passa une année à la cour safavide à Tabriz (Tauris) où le Shah Tahmasp gouverna. Bihzad, le grand maître de la miniature persane, était mort, mais le travail d’un jeune peintre, Sayyid Ali, attirait déjà l’attention. Son père, Mansur de Badakshan, qui fut également peintre, était un contemporain de Bihzad. Un autre peintre de réputation croissante, Abdul Samad, fut aussi remarqué par l’empereur exilé.

En 1550, ces deux artistes rejoignirent la cour de Humayun à Kaboul. Ce fut ici Mir Sayyid Ali qui fut accrédité pour la surveillance de l’illustration de la romance d’Amir Hamzah (Dastan-e Amir Hamza) en douze volumes de cent folios chacun. Soixante de ces illustrations peintes en tempera sur toile sont aujourd’hui à Vienne, et vingt-cinq autres dans la galerie indienne du Victoria & Albert Museum et au British Museum. Ils doivent probablement être attribués aux artistes de la cour impériale qui travaillèrent sous Mir Sayyid Ali, plutôt qu’à ce peintre lui-même. Après la mort de Humayun, Mir Sayyid Ali continua à travailler à la cour d’Akbar, et entreprit aussi un pèlerinage à La Mecque.

Portrait d’une dame moghole, vers 1630, peinture moghole
Portrait d’une dame moghole, vers 1630, dynastie moghole (Shah Jahan), Patan, Gujarat. Aquarelle opaque sur papier, 33,2 x 21 cm. Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, Virginie.

Le style de ces premiers tableaux moghols est bien sûr pour une grande part safavide, mais il est évident que des modifications et des développements avaient déjà eu lieu. On dit que Bihzad fit faire de grands progrès concernant l’art du portrait, qui connut d’autres avancées dans la peinture moghole. Parallèlement, on fit un plus grand usage de la sculpture en relief et la gamme de couleurs devint plus grande et plus frappante. Aussi, l’usage de fleurs et de feuillages se modifia pour devenir non persan et complètement indien. Une certaine simplicité et envergure de l’image remplace la richesse des détails ; l’interprétation microscopique des costumes, des suspensions textiles et des détails architecturaux sont d’autant plus charmants qu’ils ne sont jamais déplaisants.

De telles peintures préparées sur tissu furent habituels en Inde. En effet, le papier lui-même était rare, et les grandes feuilles de papier étaient, de toute façon, difficiles à obtenir.

En résumant la technique et la qualité de l’ancienne peinture moghole, on peut dire que c’est une ramification de l’école safavide, dont les ouvrages provenaient d’artistes formés à l’école de Bihzad. Cependant, comme il a été dit, le caractère local du détail, comme cela ressort sur le portrait de la campagne indienne, de ses fleurs et de son feuillage, est la preuve d’un acclimatement complet, promettant un développement vigoureux.

Radha languissante 1660, peinture moghole
Série de Rasikapriya, Radha languissante 1660, Raj Singh I, Mewar, Rajasthan. Aquarelle opaque et encre sur papier, 23,2 x 19,5 cm. Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, Virginie.

Akbar succéda sur le trône peu solide de son père lorsqu’il fut encore un garçonnet avec cette distinction : contrairement à Babur et Humayun qui régnaient sur des terres étrangères, lui était sur son sol natal. Le rayonnement de leur cour ne refléta pas simplement la splendeur de Boukhara et Samarkand à distance. La construction de Fatehpur Sikri, en 1569, annonça une nouvelle époque du règne indien. Et après que les architectes, les maçons, et les sculpteurs eurent terminé leur travail, les peintres furent appelés pour décorer les murs des couloirs publics et des appartements privés. Il a été dit que la peinture moghole de miniatures consistait en de petits tableaux muraux. Une telle déclaration peut créer la confusion, puisqu’aucune des branches de la peinture moghole n’a de point commun avec les anciennes écoles indiennes de peinture d’Ajanta et de Gujarat, excepté certaines inclinations à utiliser des couleurs claires et des traits de dessin fins qui paraissent psychologiquement inhérents aux artistes indiens.

En Perse et en Inde, comme en Chine, la calligraphie fut considérée comme un art entier, digne de l’étude la plus sérieuse, et ses maîtres connurent la célébrité partout en Asie comme celle des grands peintres en Europe. Ils prirent soin de signer et de dater leurs travaux qui furent passionnément collectionnés par les connaisseurs. Abul Fazl donne une liste d’experts calligraphiques, parmi lesquels figura à l’époque d’Akbar le plus éminent, à savoir Muhammad Husain du Cachemire, qui survécut à l’empereur de six années. Beaucoup d’albums dans les collections de Londres, qui contiennent des miniatures incluent des centaines de spécimens de belles écritures dans plusieurs styles et de différentes périodes, qui paraissent souvent avoir été surévalués par rapport aux dessins et tableaux associés.

Une Héroïne, pleine de désir pour son amoureux, sentant les douleurs de la séparation, contemple les pigeons s’accouplant, 1770-1780, peinture moghole
Une Héroïne, pleine de désir pour son amoureux, sentant les douleurs de la séparation, contemple les pigeons s’accouplant, 1770-1780, Ajit Singh / Raj britannique, Bundi, Rajasthan. Aquarelle opaque et encre sur papier, 34,4 x 26,5 cm. Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, Virginie.

Abul Fazl énumère huit systèmes calligraphiques comme étant courant au XVIe siècle en Iran (Perse), au Turkestan (Turan), en Inde et en Turquie, se distinguant l’un de l’autre par des différences dans la proportion relative de la ligne droite et courbée des lignes, variant de l’écriture kufique avec cinqsixièmes de lignes droites au nastaliq, l’écriture favorite d’Akbar, avec rien que des lignes courbées. Les formes de l’alphabet arabe utilisées pour écrire le persan, bien que n’étant pas distinctement évocateur de hiéroglyphes illustrés, comme les caractères chinois le sont, se prêtent aisément à un traitement artistique ; et même les Européens peuvent comprendre, dans une certaine mesure, la haute compétence technique des maîtres de l’art calligraphique et admirer la beauté de leurs productions. Mais un plaisir plein et une appréciation intégrale ne sont possibles que pour les personnes familières avec ces caractères depuis leur enfance et sensibilisées à toutes les idées associées.

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Et… Vous pouvez voir notre autre titre L’Art de l’Inde ci-dessous :

L’Art de l’Inde
ISBN: 978-1-78310-911-1
145 x 162 mm; 5.7 x 6.4 in.
256 pages, 120 illustrations en couleur
Relié sous jaquette/Souple

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