Comment Fra Angelico a façonné l’image de la Vierge Marie
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Fra Angelico (ISBN: 9781783108473), écrit par Etienne Beissel, publié par Parkstone International.
Lorsque Fra Giovanni Angelico habitait Cortone et Fiesole, il peignait déjà des madones, et à San Marco, nous avons également trouvé d’importantes peintures de la Mère de Dieu. Dans les Jugements derniers, elle apparaît avec le Précurseur aux côtés du Seigneur. Nous examinerons maintenant les autres peintures consacrées à la Vierge Marie.
Le tableau de l’hôpital Santa Maria Nuova, à Florence (Madone de l’Humilité) est une oeuvre traitée avec grande simplicité, sans prétention ; la peinture est bien conservée. Marie, tenant l’Enfant Jésus sur son giron, est assise sur un trône, entre deux anges. Dans un panneau de la Gemäldegalerie de Berlin, malheureusement fort restauré, le divin Enfant, habillé, est également assis sur les genoux de sa Mère ; à droite, saint Dominique, et à gauche, saint Pierre Martyr, sont en adoration (Vierge à l’Enfant avec saint Dominique et saint Pierre Martyr).

Dans une peinture de la Galleria Pitti (Vierge à l’Enfant trônant entourée des saints Dominique, Jean-Baptiste, Pierre Martyr et Thomas d’Aquin), la composition, plus riche, se présente encadrée d’une bordure somptueuse. Elle se trouvait autrefois au musée des Offices, où elle avait été transportée du couvent des Camaldules de Saint- Pierre Martyr de San Felice. Au milieu, on voit derechef Marie intronisée avec l’Enfant Jésus, habillé.
A droite et à gauche, séparées par des colonnes, se trouvent les figures debout des saints Jean-Baptiste, Dominique, Thomas d’Aquin et Pierre Martyr. En haut, dans les tympans, l’artiste a représenté, par des figures en buste, l’Annonciation, et dans le fond, d’autres petites scènes. La Galleria dell’Accademia de Florence possède, en outre, trois grands tableaux avec les figures de Marie et de l’Enfant Jésus, accompagnés chaque fois de six figures de saints. Ces panneaux ont été exécutés dans l’origine pour l’autel majeur de San Marco, pour les Dominicaines d’Annalena, et pour le couvent de Bosco ai Fratri (Vierge à l’Enfant accompagnée d’anges et de six saints : Antoine de Padoue, Louis de Toulouse, François d’Assise, Cosme, Damien et Pierre Martyr) près de Florence. Dans la dernière de ces peintures, l’Enfant Jésus est nu.

Indépendamment des six figures de saints, deux anges se tiennent aux côtés du trône de la Reine du ciel. Sur la prédelle, le Sauveur est représenté sortant du tombeau, également entouré de six saints. D’après Rio, ces peintures seraient de date postérieure au voyage que le maître fit à Rome en 1450. Le panneau provenant de San Marco (Vierge à l’Enfant accompagnée de huit anges, six saints et Cosme et Damien agenouillés) est disjoint, et a été légèrement repeint ; dans cette peinture (1438), Fra Angelico, en s’efforçant d’offrir les meilleurs fruits d’un génie en pleine possession de lui-même, s’écarte sensiblement de la manière de Giotto, pour suivre une voie nouvelle. Cette fois, il ne pose plus les figures des saints à côté du groupe principal, parallèlement les unes aux autres, semblables à des statues ; il les réunit en groupes. Dans son esprit, elles forment la suite de leur Souveraine ; il les traite avec plus de liberté et plus d’ampleur que la plupart de ses autres figures. En réalité, ce retable d’autel était destiné à l’église bâtie par les Médicis dans des intentions où l’ambition avait sa part tout autant que la piété ; il devait être exposé à la vue du grand public, à la critique des artistes nombreux qui alors habitaient la ville de l’Arno.
Saint Antoine, comme prieur du couvent, devait insister auprès de son frère, humblement subordonné mais dévoué de coeur aux désirs du supérieur, pour obtenir une oeuvre achevée et hors pair. Nous trouvons ici, aux deux côtés, les saints Dominique, François et Pierre Martyr ainsi que Laurent, Paul et Marc. Prosternés devant eux, on voit Cosme et Damien, entourés de plusieurs anges de petites proportions.

La prédelle reproduisait quelques-unes des scènes de la légende des saints Cosme et Damien. Des panneaux représentant deux de ces épisodes (La Guérison du diacre Justinien, et L’Inhumation de Cosme et Damien) se trouvent actuellement à la Galleria dell’Accademia ; deux autres sont conservés dans l’église de la Santissima Annunziata de Florence, et trois à la Pinakotheke de Munich. Un de ces fragments a été acquis par le musée de Dublin. Les peintures de Munich (nos 989 à 991) ont une hauteur de 0,43 m et une largeur de 0,36 m. Dans le n° 989, on voit Cosme et Damien et leurs trois compagnons devant le juge (Saint Cosme et saint Damien devant Lysias). L’architecture du fond a les formes de la Renaissance ; elle rappelle les peintures murales de la chapelle de Nicolas V à Rome, sur lesquelles nous aurons à revenir. Dans le no 990, les cinq martyrs, au premier plan, comparaissent devant le juge, et dans le fond ils sont précipités dans la mer (Saint Cosme et saint Damien sauvés de la noyade). Au no 991 (Saint Cosme et saint Damien crucifiés et lapidés en vain), deux des saints sont suspendus à la Croix, tandis que les trois autres sont debout devant eux. Les pierres et les flèches dirigées vers les crucifiés se retournent contre les bourreaux. La couleur parait un peu lourde, peut-être à cause des repeints.
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