Frida Kahlo
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Frida Kahlo : Quand l’innocence s’éteignit et que l’art vit le jour

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Frida Kahlo (ISBN: 9781783108336) écrit par Gerry Souter, publié par Parkstone International.

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On ne peut qu’imaginer la dévastation que subit le corps de Frida Kahlo, mais ses conséquences furent bien pires lorsqu’elle réalisa qu’elle y survivrait. Cette jeune fille pleine de vitalité, capable d’embrasser une multitude de carrières, avait été réduite au statut d’invalide clouée à son lit. Seules sa jeunesse et sa vitalité lui sauvèrent la vie, mais quel genre de vie allait-elle affronter ? La capacité de son père à gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille et payer les soins de Frida avait diminué avec l’économie mexicaine. Ceci obligea à prolonger d’un mois son séjour à l’hôpital surchargé et manquant de personnel de la Croix-Rouge.

« Il (l’Hôpital de la Croix-Rouge) était très pauvre. Nous étions stationnés dans une espèce de terrible quartier pour esclaves, et les repas étaient si abjects qu’on pouvait à peine les manger. Une seule infirmière avait la charge de vingt-cinq patients. »

Après avoir été clouée à son lit, enveloppée de plâtre et de bandages, on l’autorisa finalement à rentrer chez elle, à la Casa Azul. Loin de ses amis de Mexico, elle entretint une volumineuse correspondance avec eux et notamment avec Alejandro Gómez Arias. Leur relation sexuelle avait pris fin avant l’accident et ils s’étaient mis d’accord : chacun pouvait rencontrer d’autres personnes. Pourtant, lorsqu’ils se virent en tant qu’ « amis », Frida ignora les conquêtes féminines dont se vantait Alejandro. Mais il se renfrogna lorsqu’elle énuméra les hommes avec lesquels elle avait couché. Ils se ressemblaient trop.

Arbre de l’espérance, tiens-toi droit, 1946, Frida Kahlo
Arbre de l’espérance, tiens-toi droit, 1946. Huile sur masonite, 55,9 x 40,6 cm. Collection Isidore Ducasse, France.

Tandis qu’elle récupérait de son accident, les parents d’Alejandro décidèrent de l’envoyer en Europe, étudier à Berlin. La longue séparation et l’expérience du monde rafraîchirent considérablement ce qu’il lui restait d’ardeur pour la jeune provinciale mexicaine laissée derrière lui. En revanche, Frida, prisonnière de son plâtre, continua à lui écrire avec empressement des lettres pleines du pitoyable désir de le voir.

« Lorsque tu viendras, je ne serai pas en mesure de t’offrir ce que tu voudrais. Au lieu d’avoir les cheveux courts et de flirter, je n’aurai que les cheveux courts et ne serai d’aucun usage, ce qui est pire. Toutes ces choses sont un tourment constant. Toute la vie est en toi, mais je ne peux l’avoir… Je suis très sotte et je souffre bien plus que je ne le devrais. Je suis encore jeune et il est possible que je guérisse, seulement je n’arrive pas à y croire. Il vaut mieux que je n’y croie pas, non ? Tu viendras sûrement en novembre. »

Progressivement, sa volonté indomptable s’affirma et elle commença à prendre des décisions à l’intérieur du cadre restreint qu’elle contrôlait. En décembre 1925, elle recouvra l’usage de ses jambes. L’un de ses premiers douloureux déplacements la mena jusqu’à Mexico, à la demeure d’Alejandro Gómez Arias peu avant Noël. Elle attendit devant sa porte, mais il ne sortit jamais pour la rencontrer. Peu après, elle fut assaillie par des douleurs lancinantes dans le dos et un nouveau bataillon de médecins vint envahir sa vie. Ses trois fractures spinales furent découvertes et elle fut une nouvelle fois immédiatement enveloppée de plâtre. Piégée et immobilisée après ces brèves journées de liberté, elle commença à procéder à une réduction réaliste de ses possibilités. A la Escuela Preparatoria, elle avait entamé des études menant à une carrière dans la médecine. Ce rêve s’évanouit lorsqu’elle accepta ses limites physiques. Les jours d’introspection se succédant, elle passait son temps à peindre des tableaux de Coyoacán et des portraits des membres de sa famille ou d’amis qui lui rendaient visite.

Souvenir ou Le Coeur, 1937, Frida Kahlo
Souvenir ou Le Coeur, 1937. Huile sur métal, 40 x 28 cm. Collection privée, New York.

En tant qu’artiste, elle ne visita qu’une seule fois la scène de son accident, dans un dessin au crayon qui montrait son corps bandé à côté du petit bus et du tramway, tous deux écrasés contre l’angle du marché couvert. C’était un dessin cathartique, né de son imagination et du témoignage des autres. Combien de fois dans ses rêves nocturnes et ses rêves éveillés s’était-elle tenue devant ce terrible spectacle avant de le dessiner – et de le laisser ensuite inachevé ?

Les louanges que suscitaient ses peintures la surprenaient et elle commença à décider qui recevrait la peinture avant de l’entamer – écrivant souvent le nom du récipiendaire sur la toile. Elle les donnait en souvenir, ne leur attribuant aucune valeur, mise à part celle de la manifestation de ses sentiments. Parmi les fruits de ses premiers efforts, elle réalisa ses meilleurs portraits en allant puiser sous la peau du modèle, et en demeurant seule et authentique, sans recourir à des stratagèmes techniques ou à des sentiments de commande. C’est un autoportrait qui connut le plus grand succès, celui peint spécialement pour Alejandro Gómez Arias dans une nouvelle, mais vaine tentative de regagner son amour. Avec ce tableau, elle entamait la plus remarquable série de sa vie, constituée de réflexions sur Frida Kahlo pleinement abouties, à la fois introspectives et révélatrices, qui exploraient le monde derrière ses propres yeux et vu de l’intérieur du patchwork de son corps disloqué. Officiellement intitulé Autoportrait à la robe de velours, en 1926, elle nomma son cadeau pour Alejandro, « Ton Botticelli » (sic).

Diego et moi, 1949, Frida Kahlo
Diego et moi, 1949. Huile sur toile montée sur masonite, 29,5 x 22,4 cm. Collection privée, New York.

Alors en voyage à travers l’Europe, Arias avait mentionné ces filles italiennes « tellement exquises, qu’elles semblaient avoir été peintes par Botticelli ». Frida y ajouta quelques touches de l’élégant maniérisme du peintre du XVIe siècle, Bronzino (1503-1572), l’un de ses favoris. Dans le portrait, elle tend sa main ouverte à Arias, dans un possible désir de réconciliation. Sa peau a l’éclat de l’ivoire et de saines rougeurs colorent ses joues, rien à voir avec le visage blafard d’un malade résigné. Son regard est direct et provocateur sous son unique sourcil accentué. Ce qu’elle tend dans sa main ouverte à la manière Bronzino, elle le reprend avec l’énergie d’un survivant. Ce regard stoïque, scrutateur et dépourvu de sourire est la pose qu’elle adoptait dans la vie réelle. Comme pour ponctuer son message, elle écrivit dans le bas de la toile :

« Pour Alex, Frida Kahlo, à l’âge de dix-sept ans, septembre 1926 – Coyoacán – Heute ist immer noch (Aujourd’hui est comme toujours) ».

En d’autres termes, elle dit : « Si tu m’as jamais aimée, alors aujourd’hui est comme toujours et cet amour est toujours vivant. » Frida Kahlo entretint constamment une réalité propre et exigeante que personne, pas même Diego Rivera, ne parvint jamais à pénétrer totalement.

Autoportrait avec le portrait du Dr Farill, 1951, Frida Kahlo
Autoportrait avec le portrait du Dr Farill, 1951. Huile sur masonite, 41,5 x 50 cm. Collection privée.

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Frida Kahlo
185 x 230 mm | 408 pages | Relié avec jaquette ou broché | disponible en espagnol

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