William Blake
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William Blake: Milton et Jérusalem – Le Crépuscule d’un prophète

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre William Blake (ISBN : 9781783108749) écrit par Osbert Burdett, publié par Parkstone International.

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Vers la fin du mois de septembre 1803, Blake et sa femme quittèrent Felpham pour le 17 South Molton Street. Cependant, au cours des deux années qui suivirent, Blake était encore affairé à des commandes pour Hayley, dont les bons services lors du procès ne pouvaient plus être assombris par des conflits personnels. La distance affermit la paix entre les deux hommes et, excepté lorsque Blake assista au procès, ils n’eurent ensuite plus l’occasion de se rencontrer. La correspondance était, cependant, un devoir ardu, et lorsqu’on compare la politesse étudiée de Blake avec son exclamation en privé : « J’écrirai pour remercier cette fripouille / Jusqu’à ce que nous soyons tous deux à sec de remerciements et de compliments », on voit que la main de l’ermite pesait toujours sur lui. Il est étonnant de voir combien ils étaient peu capables de s’aider l’un l’autre dans leur travail. Hayley ne donnait jamais à Blake d’opportunité qu’il estimât, et lorsque Blake acceptait d’enrichir les dernières publications d’Hayley de ses gravures, celles-ci ne parvenaient pas à attirer l’attention du public sur ces ouvrages. L’avènement de l’étoile romantique dérobait à l’astre d’Hayley tout son éclat. Les goûts avaient changé. Blake était toujours debout, tandis qu’Hayley était tombé à la renverse.

Retournons maintenant à l’oeuvre qui a absorbé les énergies privées de Blake au cours de leur étrange association. C’est probablement en réaction au labeur du négoce, aux vers mièvres de Hayley, à l’art conventionnel et à la société sous plusieurs aspects, que Blake fut poussé dans l’excès inverse. Ce serait une ironie digne de la Muse si Hayley était à blâmer pour les particularités de Milton. Klopstock était le seul poète qui eût croisé son chemin à Felpham, et ses tendances étaient déjà fixées. Le « long poème décrivant les actes spirituels de mes trois années de sommeil sur les bords de l’océan », que Blake avait mentionné dans une lettre à Butts en avril 1803, fut finalement intitulé « Jérusalem : L’émanation du géant Albion, 1804. Imprimé par W. Blake, South Molton Street. » À l’instar de Milton, cette oeuvre fut achevée, ou du moins gravée et imprimée, après son retour à Londres. Des exemples de ces deux poèmes, datés par des filigranes sur le papier, apparaissent de temps en temps au cours des seize années suivantes. Jérusalem est un grand inquarto d’impressions aquarellées et contient une centaine de pages d’écrits et de dessins. Ceux-ci se trouvent uniquement sur un côté de chaque feuille. L’adresse au public que l’on trouve en exergue présente la défense de la mesure déjà citée dans cette oeuvre.

William Blake, Illustration pour La Divine Comédie de Dante, Enfer VI, 12-35, 1824-1827
Illustration pour La Divine Comédie de Dante, Enfer VI, 12-35, 1824-1827. Plume, encre et aquarelle sur crayon, 37,2 x 52,8 cm. Tate Gallery, Londres.

Ici, comme ailleurs dans les livres prophétiques, la prose que l’on trouve par endroits est aussi lucide et brûlante que les vers sont souvent sans mesure et obscurs. Bien qu’il soit impossible de croire, comme Blake l’affirmait, que « chaque mot, chaque lettre, est étudié et mis à la place qui lui revient », il ne fait aucun doute que la substance est authentique. La méthode n’a rien pour la recommander. Blake n’était pas un penseur systématique et, en tentant de créer un système, il créa la confusion. Il voulait être plus symbolique et plus systématique que ses prédécesseurs, et il s’est lui-même handicapé inutilement en tentant d’inventer symboles et systèmes. « Je dois, a-t-il déclaré, dans un moment de passion, créer un système, ou être l’esclave du système d’un autre homme. » Son système ne devait donc pas être moins original que son symbolisme. Il existe pourtant une différence radicale entre les deux éléments que Blake se proposait de conjuguer. Les symboles ont de la valeur car ils sont plus porteurs de sens qu’aucun système. Nous apprécions les symboles parce qu’ils ne sont pas systématiques, et les systèmes parce qu’ils sont plus ordonnés que ne peuvent être les symboles. On ne peut donner aux symboles un aspect de système que lorsqu’ils sont parfaitement familiers et qu’ils ont reçu, au cours des âges, une signification traditionnelle et largement fixée. Cette tentative de combiner les vertus de deux principes opposés eut pour effet d’en combiner les défauts.

En conséquence, tous les interprètes de Blake consacrent les trois-quarts de leurs efforts à sa méthode et, lorsqu’ils en ont déchiffré assez pour prouver qu’il y a une signification, se trouvent renvoyés à la suggestion que cela aurait pu être exprimé bien mieux d’une autre manière, plus traditionnelle. Ni les vers qu’il utilise, ni les symboles qu’il invente, ni le système qu’il tente de créer, ne sont des modèles. Ce sont les aberrations de son génie, non ses fruits, et s’il n’avait rien laissé d’autre, personne ne les lirait. Les livres prophétiques, en fait, ne peuvent être résumés. Pourtant, les commentaires ne cessent d’augmenter en nombre, car l’esprit d’enquête et les élans de curiosité sont, dans une certaine mesure, communs à tous les hommes. Ceux qui sont le mieux parvenus à déchiffrer le symbolisme ne nous ont pas apporté assez pour prouver que le jeu en vaut la chandelle. Il n’y a pas de développement de pensée.

William Blake, Illustration pour La Divine Comédie de Dante, Enfer XI, 44-64, 1824-1827
Illustration pour La Divine Comédie de Dante, Enfer XI, 44-64, 1824-1827. Plume, encre et aquarelle sur crayon, env. 37 x 52,5 cm. National Gallery of Victoria, Melbourne.

Le mécanisme pivote, les épithètes se répètent, le symbolisme prolifère, Blake devient aussi illisible qu’un écrivain peut l’être. Aucune analyse, aucune référence croisée, aucune méditation ne peut convaincre un littéraire impartial du fait que le système symbolique de Blake n’est pas arbitraire. Nous sentons que le thème est réel, la vision pénétrante, mais il n’y a aucune raison, si ce n’est le caprice mal avisé de Blake, pour qu’ils soient présentés de cette manière. Les défauts sont plus flagrants que les qualités. L’entendement est éclairé ou obscurci, les sentiments sont éveillés et repoussés, mais ni l’entendement ni les sentiments ne sont touchés au point de nous faire reconnaître qu’il était inévitable de traiter ce sujet de cette manière. Cette particularité oppose une réserve sans réponse aux commentateurs qui réclament que soit accordée aux prophéties de Blake une place égale à celle des plus grands écrits mythiques.

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