L'Art de la Chine, bois
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La sculpture sur bois chinoise : histoire, symbolisme et savoir-faire

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art de la Chine (ISBN: 9781783108558), écrit par Stephen W. Bushell, publié par Parkstone International.

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La sculpture sur bois est un des arts industriels importants de la Chine ; on y fait allusion dans certaines annales très reculées.

Elle remonte aux époques où les constructions étaient entièrement en bois. Les murs des édifices étaient faits de pierres et de briques, la décoration intérieure de la grande salle était toujours confiée au sculpteur sur bois. Il décore d’ornements délicats les extrémités des poutres et des piliers, fournit des paravents, sortes de cloisons mobiles en bois artistement sculpté, recouvre les murs et les plafonds de panneaux décoratifs et agrémente les portes et les fenêtres de motifs réticulés très caractéristiques.

Les sujets décoratifs dépendent du genre de l’édifice, mais le fond est toujours composé de fleurs stylisées empruntées à la nature. Dans les édifices impériaux, les fleurs sont accompagnées de bandes et de panneaux où l’on voit des dragons au milieu de nuages, des phénix volant par couples et d’autres animaux fantastiques ; l’essence employée est ce bois de tseu-tan, sombre, lourd et précieux, qui correspond à diverses espèces de pterocarpus et que les lois somptuaires imposent pour cet usage.

Pour les édifices communs, il existe un grand choix de bois au grain précieux et d’une beauté presque égale, tels que le houa-li, le bois de rose des Portugais, le t’ie-li, variété d’ébène, le hong-mou, « bois rouge », originaires des provinces du sud-ouest de l’empire et que l’on importe aussi d’Indochine. Sur les fonds de fleurs qui dominent se détachent des panneaux à personnages reproduisant des scènes historiques ou légendaires, des animaux, oiseaux, papillons et autres insectes, des symboles de richesse et de bonheur, ainsi que certains des nombreux motifs où se plaît le génie varié de l’artiste chinois.

Pot à pinceaux en forme de bambou, XVIIIe siècle, bois
Pot à pinceaux en forme de bambou, XVIIIe siècle. Bambou, 15,5 cm. Palace Museum, Pékin.

Dans les temples bouddhistes et taoïstes, les sculptures sur bois représentent des scènes sacrées ou des personnages parmi les emblèmes spéciaux à chacune des deux religions.

Le Bouddhisme, introduit en Chine peu après l’ère chrétienne, exerça une influence profonde sur la glyptique de cette contrée.

Les premiers pèlerins bouddhistes, venus de l’Inde par voie de terre, apportèrent avec eux, dit-on, des images du Bouddha et de ses disciples, en même temps que des manuscrits sanscrits ; les sculpteurs y puisèrent leurs inspirations, ainsi que dans les dessins des anciens canons religieux.

On doit à cette influence l’école de sculpture connue sous le nom d’école du Gandhâra, avec sa double empreinte persane et grecque. Les figures bouddhiques des Chinois en ont gardé jusqu’à nos jours un type occidental très prononcé et un arrangement des plis des draperies qui rappelle leur origine.

On les faisait en or, en bronze doré, en jade, en rubis, en corail et autres matières précieuses. Mais la légende veut que la première image bouddhique ait été sculptée en bois de santal blanc. En souvenir de cette tradition, et pour le même usage, la Chine fait encore venir de l’Inde le bois odorant du santal, dont l’ancien nom chinois tchan-tan, dérivé du sanscrit chandana, se contracte généralement en tan-hiang, « parfum de santal ». Ainsi, l’art de la sculpture en Chine naquit, grandit et se développa à l’ombre de la religion. Les autels bouddhiques et taoïstes sont encore décorés avec une prodigalité inouïe ; les commandes d’images religieuses, aussi bien pour les demeures privées que pour les temples, occupent toute une classe d’ouvriers.

La Chine est pourvue d’une flore riche et abondante dont les espèces, fleurs des champs ou fleurs de jardin, fournissent au sculpteur ses motifs favoris. Quelques-unes de ces fleurs sont choisies à cause des souvenirs religieux qu’elles évoquent. Le lotus, lien houa, variété du nelumbium speciosum, est particulier au Bouddhisme. C’est l’emblème de la pureté, car si ses délicieux rhizomes d’une blancheur de jade se développent dans la boue, il dresse ensuite dans les airs ses pétales roses et sans tâche. C’est sur son large calice que les bienheureux pénètrent au paradis, et il forme le lit de repos du Bouddha. Ses feuilles sont souvent parées de gouttes d’eau étincelantes, pareilles à des pierres précieuses, que les fidèles bouddhistes considèrent comme les joyaux emblématiques des lumières de leur foi. Un poète japonais objecte sur ce point dans les vers suivants :

Oh ! feuille de lotus, je rêvais que la terre entière ne possédait rien de plus pur que toi – rien de plus sincère ; pourquoi donc, lorsque roule sur toi une goutte de rosée, prétendre alors que c’est une pierre précieuse d’une inestimable valeur ?

HEUZEN, 835-856 après Jésus-Christ.

Reliquaire polychrome en bois de Soubashi, bois
Reliquaire polychrome en bois de Soubashi, datation inconnue. Bois. Musée des Arts Asiatiques-Guimet, Paris.

Le Taoïsme possède toute une série d’emblèmes de la longévité, empruntés au règne végétal. Le premier rang appartient au pêcher, arbre de vie du paradis Kouen-louen, et dont le fruit, qui mûrit seulement tous les trois mille ans, confère l’immortalité. Puis vient le champignon ling tche, polyporus lucidus des botanistes, qui se distingue par ses couleurs éclatantes et par sa résistance. Voici ensuite les trois arbres song, tchou, mei, le pin, le bambou et le prunier, les deux premiers parce qu’ils restent verts pendant l’hiver, le troisième parce que ses branches, même dépourvues de feuilles, portent jusqu’à un âge très avancé des brindilles couvertes de fleurs.

Ce magnifique paravent aurait été placé de façon bien visible dans la salle de réception d’une demeure chinoise. Son orientation a pu varié, possédant des motifs sur deux cotés, elle variait selon la nature de la réception. De tels pièces ostentatoires furent souvent des objets d’apparats.

Une célèbre scène est représentée celle de l’anniversaire de Xi Wang Mu (Reine mère d’Occident) a qui les Huit Génies donne la pêche de la vie éternelle. Cette technique est spécfique à la Chine et fut utilisée principalement au cours du XVIIe siècle mais très peu par la suite. Les éléments du dessin furent gravés à travers les couches de laques noirs sur chacun des panneaux de bois. De la laque et de la peinture à l’huile furent ensuite appliqués dessus pour produire un effet polychrome sur fond noir.

Le prunier sauvage, prunus mumei, est l’emblème ordinaire de l’hiver ; la pivoine arborescente, pæonia mutan, celui du printemps ; le lotus, nelumbium speciosum, celui de l’été ; et le chrysanthème, chrysanthemum indicum, celui de l’automne : ces fleurs s’associent dans le décor chinois pour former les seu che houa, « Fleurs des quatre saisons ».

Il en est de même pour les « Fleurs des douze mois ». Leur groupe varie avec les différentes régions de la Chine ; on en trouvera une série sur le bord inférieur du paravent laqué. Leur énumération en procédant de droite à gauche selon le mode chinois est la suivante : 1. Février. Fleur de pêcher. T’ao houa. Amygdalus persica. – 2. Mars. Pivoine arborescente. Mou tan. Paeonia mutan. – 3. Avril. Fleur double de cerisier. Ying t’ao. Prunus pseudocerasus. – 4. Mai. Magnolia. Yu lan. Magnolia Yulan.- 5. Juin. Fleur de grenadier. Che leou. Punica granatum. – 6. Juillet. Lotus. Lien houa. Nelumbium speciosum. – 7. Août. Fleur de poirier. Hai Vang. Pyrus spectabilis. – 8. Septembre. Mauve. Ts’iu K’ouei. Malva verticillata. – 9. Octobre. Chrysanthème. Kiu houa. Chrysanthemum indicum. – 10. Novembre. Gardenia. Tche houa. Gardenia florida. – 11. Décembre. Coquelicot. Ying sou. Papaver somnifenum. – 12. Janvier. Prunier. Mei houa. Prunus mumei. Une série de ces fleurs symboliques décore le revers du paravent.

Ecran de table, XVIIIe siècle, bois
Ecran de table, XVIIIe siècle. Laque, 49,3 x 58,2 cm. Palace Museum, Pékin.

Il existe deux panneaux similaires au British Museum, magnifique exemplaire de l’art décoratif chinois au XVIIIe siècle. Les deux sont en bois laqué, à douze feuilles, décoré à profusion des deux côtés de motifs en creux et en relief, peint de laques dorées et de couleurs, sur un fond d’un noir lumineux. Le reste de l’encadrement est rempli de vases et de paniers de fleurs et de fruits, séparés de loin en loin par des brûle-parfums, des cloches et des vases à sacrifices, reproductions de bronzes anciens. Une autre bande intérieure, alternativement décorée de phénix et de caractères cheou (longévité) laisserait croire que ce paravent fut destiné à une impératrice. Elle entoure le tableau central, qui représente un sujet bien connu : « Les génies taoïstes adorant le Dieu de la Longévité » (tchou sien king cheou).

Les deux panneaux centraux du paravent représente Cheou lao avec la protubérance caractéristique de son front. Déification de Lao-Tseu, fondateur du culte taoïste, il tient un sceptre jou-yi dont l’extrémité s’orne d’un bijou brillant. Trois jeunes serviteurs sont debout, tout près, tenant son bâton de pèlerin, un livre et un linge. Non loin, se trouvent un moulin à moudre « l’élixir de vie », un compotier de pèches, un vase avec du corail en branches, un groupe de champignons (polyporus lucidus) poussant sur des rochers ; on voit, en avant, un couple de cerfs et de cigognes, animaux familiers de Cheou lao. Les deux personnages en train de causer amicalement au milieu du panneau sont les fameux inséparables de la religion, les « Génies jumeaux de l’Union et de l’Harmonie » ; l’un d’eux tient une feuille de palmier, une gourde est attachée à sa ceinture ; l’autre porte un manuscrit enroulé et un balai. Au-dessous d’eux, le berger ermite Houang Tch’ou-p’ing enseigne à son frère, qui est en arrière appuyé sur son bâton, à changer des pierres en moutons avec l’aide d’une baguette magique.

Le groupe qui occupe la partie supérieure du panneau de droite, représente sans doute Lao-Tseu avec son bâton de pèlerin, le Bouddha tenant un livre, Confucius en avant ; un quatrième personnage se tient debout à côté, dans une pose interrogative. Nous trouvons, au-dessous, le groupe bien connu des huit génies, Pa sien, constamment associés dans l’art chinois et qui représentent les huit immortels taoïstes ; chacun se distingue par les attributs qui lui sont propres : l’éventail de plumes de Tchong-li k’iuan, l’épée de Lu Tong-pin, la gourde de Li « à la béquille de fer » et le panier de fleurs que tient en l’air Lan Ts’ai-ho.

Le revers du paravent est orné dans le même style d’une série de panneaux oblongs contenant des paysages, des scènes à personnages, des oiseaux, des fleurs et des fruits ; on y voit encore les quatre arts libéraux, l’écriture, la peinture, la musique et les échecs ; enfin les reliques sacrées et les emblèmes des religions taoïstes et bouddhistes.

The Taoist Genii Worshipping the God of Longevity, 1625-1650, wood carving
Les Génies du taoisme adorant le dieu de la longévité, 1625-1650. Bois, 250,4 x 587,5 cm. Victoria and Albert Museum, Londres.

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ISBN : 978-1-78160-958-3
145 x 162 mm; 5.7 x 6.4 in. | 256 pages
Couverture rigide/Souple

Explorons notre collection d’art asiatique :

De plus, vous pouvez admirer des œuvres d’art chinoises et asiatiques dans les expositions suivantes :

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