Un aperçu de l’univers mental extraordinaire de Salvador Dalí
Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Salvador Dalí (ISBN: 9781783102907), écrit par Eric Shanes, publié par Parkstone International.
En février 1921, la mère de Dalí, Felipa Domènech, mourut soudainement d’un cancer de l’utérus. Elle avait tout juste quarante-sept ans. Dalí fut extrêmement peiné par sa perte, exposant plus tard cela :
<< Avec mes dents serrées de chagrin, j’ai juré que J’extirperais ma mère de la mort et le destin avec les épées de lumière qui brilleraient un jour brutalement autour de mon nom glorieux. >>
En septembre 1922 Dalí partit pour Madrid avec son père et sa sflur pour se présenter à l’école d’art la plus réputée, l’Académie des beaux-arts San Fernando. Depuis longtemps, l’enfant voulait se vouer à l’art, et tout en émettant les habituelles réserves envers une carrière cachant tant d’incertitudes, son père était soulagé que son fils fantasque eût un but en tête. L’examen d’entrée à l’Académie comportait une épreuve de six jours, le dessin d’un moulage du Bacchus de Jacopo Sansovino et, bien que Dalí n’ait pas réussi à accomplir son dessin à l’échelle imposée, son talent était si évident que l’échelle de l’fluvre fut ignorée et que le garçon fut admis.

Dalí ne fut pas satisfait de l’enseignement reçu à l’Académie San Fernando, principalement parce que l’impressionnisme y était encore au goût du jour et que le jeune peintre avait déjà travaillé en profondeur et épuisé ce style. Il était davantage intéressé par une conception visuelle plus complexe comme le cubisme tout en restant également attiré par les techniques artistiques traditionnelles qui, hélas, étaient à peine enseignées à l’Académie où la préférence était donnée à l’impressionnisme. Mais si l’Académie San Fernando ne fournit qu’une contribution passagère au développement artistique de Dalí, le choix de son domicile à Madrid fut plus stimulant pour sa créativité. En effet, il habitait dans une résidence universitaire et son séjour coïncida avec celui de certains des esprits les plus brillants et les plus cultivés d’Espagne. Parmi eux, se trouvaient Luis Buñuel, alors étudiant en philosophie et qui allait devenir le cinéaste avec qui Dalí coopérerait ; et le plus grand poète et dramaturge moderne espagnol (il se peut même qu’il soit le plus grand poète du XXe siècle), Federico Garda Lorca. Au début, Dalí fut tenu à distance par ses camarades de la résidence plus avancés que lui, à cause de son arrogance et de son allure bohème, mais lorsqu’ils découvrirent ses sympathies pour les modernes, il fut aussitôt admis dans le cercle de Buñuel et de Lorca. Dès 1923, une solide amitié se noua entre eux.

L’insatisfaction de Dalí envers l’Académie San Fernando s’accrut pour une autre raison : à l’automne 1923, il fut renvoyé un an pour insubordination. Il avait soutenu la candidature d’un peintre progressiste au poste de professeur de peinture, mais son préféré n’ayant pas obtenu le poste, il avait exprimé sa désapprobation en quittant la réunion pendant laquelle la nouvelle avait été annoncée ; cette sortie fut suivie par une retentissante manifestation d’étudiants, dont Dalí pensait-on, avait donné l’alerte par sa sortie. Dalí retourna à Figueres. Peu de temps après, en mai 1924, il eut des ennuis avec les autorités, à cause des tendances politiques de certains membres de sa famille. Il fut jeté sans jugement en prison à Figueres, puis transféré à Gérone, capitale de la province, avant d’être relâché.
À cette époque, Dalí avait déjà essayé divers styles et subi l’influence d’abord de Picasso, puis de Derain. En 1923, il avait peint des groupes de nus en extérieur, manifestement marqués par le pointillisme et le style linéaire fluide de Matisse. Lorsqu’en automne 1924, il retourna à Madrid et à ses études, il avait aussi commencé à intégrer les développements plus récents du cubisme et du purisme. Parallèlement, il s’intéressait à un réalisme fouillé et, là encore, l’influence de Picasso (le style néoclassique de la fin des années 1910 et du début des années 1920) se reconnaissait, tout comme celle de peintres romantiques comme Caspar David Friedrich. De toute évidence, Dalí était à la recherche d’un style susceptible d’exprimer son moi le plus profond, mais il ne l’avait pas encore trouvé.

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