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Vigée-Lebrun et les origines du sourire ultra bright

Louise Élisabeth Vigée-Lebrun est célèbre pour avoir été le peintre officiel de Marie-Antoinette et son amie. Encore aujourd’hui, elle incarne la femme moderne du XVIIIe siècle, indépendante qui éleva seule sa fille, voyagea et visita de nombreux pays. Une modernité qui se ressent également à travers ses œuvres qui, si l’on y regarde de plus près, ne sont pas que de simples portraits. Vigée-Lebrun aurait pu peindre ses modèles de manière très classique comme il était de coutume à l’époque, c’est-à-dire de face ou de trois-quarts, sans aucune émotion apparente, mais elle innova. En plus de les embellir et d’y ajouter sa touche personnelle, elle les fit sourire, laissant apparaître leurs dents. Mais alors, les origines du sourire bright dateraient-elles du XVIIIe siècle ?

Bien entendu, à l’époque où l’on prône les dents blanches et où le sourire fait partie intégrante du quotidien – publicités, campagnes électorales ou encore selfies -, cela peut paraître banal et désuet, mais remontons le temps. Jusqu’au XVIIe siècle la dentition était objet de pudeur et le fait était établi que seuls les gens de la basse société (prostituées, poivrots, pauvres) et dépourvus d’éducation souriaient en public. Dévoiler ses sentiments était déconvenu, et sourire à pleine dents était considéré comme un manque d’étiquette. De plus, connaissant les conditions d’hygiène de l’époque, qui pouvait avoir envie de montrer ses chicots.

Madame Vigée-Lebrun et sa fille, Jeanne-Lucie, dite Julie, 1786. Huile sur toile, 105 x 84 cm. Musée du Louvre, Paris.
Madame Vigée-Lebrun et sa fille, Jeanne-Lucie, dite Julie, 1786.
Huile sur toile, 105 x 84 cm.
Musée du Louvre, Paris.

Si le sourire resta scandaleux et déplacé jusqu’au début du XVIIIe, ce n’est que dans la deuxième moitié du siècle que les émotions affleurent et deviennent sujets de peinture. Il faudra attendre le XXe siècle pour que le sourire devienne pleinement symbole de sociabilité et de beauté puis le XXIe siècle pour qu’il se transforme en duck face.

Madame Molé-Reymond, 1786. Huile sur toile, 104 x 76 cm. Musée du Louvre, Paris.
Madame Molé-Reymond, 1786.
Huile sur toile, 104 x 76 cm.
Musée du Louvre, Paris.

À l’époque où le libertinage battait son plein, Vigée-Lebrun bouscula les normes culturelles et ouvrit la porte à ses prédécesseurs qui n’hésitèrent pas à peindre leurs modèles souriant. Donc si La Joconde avait été réalisée au XXe siècle avec le même sourire narquois, mais laissant apparaître sa dentition, aurait-elle été considérée comme une traînée ? Probablement pas…

Pour en savoir davantage sur cette artiste moderne, il vous suffit de consulter l’ouvrage intitulé Vigée-Lebrun et publié par Parkstone International dans la collection Focus, de faire un saut sur youtube pour jeter un coup d’œil à notre vidéo ou encore mieux, de vous rendre au Grand Palais du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016 !

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